Les mèches rouges des flammes de ma tête.

6 août 2008

Gin me regarde avec les sourcils tout rouge car elle vient de se les épiler. Je me penche pour les embrasser. Moi comme toujours assis face à mon ordinateur, ne faisant « rien » de constructif et elle, comme toujours, gravitant autour de moi, hyperactive, toujours dans l’action, dans l’accomplissement d’un objectif. Il m’est un peu difficile de lui paraître ainsi, si inactif, si mou mais je crois qu’elle a fini par m’accepter ainsi et qu’elle ne se bat plus pour changer tout ça. Je ne sais pas si elle se rend compte que je l’admire au plus haut point et que secrètement j’aimerais être comme elle. Avoir cette chose qui l’a fait avancer chaque minute de sa vie, cette hiérarchisation et organisation des événements de sa vie qui font qu’elle a l’air toujours dans ce qu’elle fait. Et que moi je suis dans un désordre permanent, dans un entre-deux fatal et chaotique.

 

Mais cessons de se lamenter sur notre sort. S’il y a un seul responsable c’est bel et bien moi et mon incapacité chronique à transformer le temps en or. J’ai toujours été ainsi, celui qui faisait les choses aux derniers moments, celui qui passait sa journée à jouer à des jeux-vidéos alors que des potes lui avouent avoir révisés plus de 12 heures d’affilée. Mais j’ai toujours assuré par chance, par talent, par je ne sais quoi. Mais aujourd’hui qu’il ne s’agit plus de rendre un devoir, de réviser une leçon mais de poser les bases de ce que l’on veut que soit sa vie. Et cette culpabilité de l’inaction commence à me dévorer de l’intérieur. Et il y a cette maudite procrastination qui semble être une maladie de notre génération (non pas que je veuille me dédouaner de quoi que ce soit) et dont le principal responsable se nomme l’Internet. Dans mon cas en tout cas ça l’est. J’ai une seule et unique dépendance dans ma vie et c’est Internet. Que ce soit les forums de cinéma, les sites de news cinéma et toutes les infinies conneries gravitationnelles qui pullullent sur le web. Putain je hais cette incapacité que je peux avoir à rationner les choses et à me dire, je n’irais sur Internet qu’à 17h quand j’aurais fait tout ce que j’ai à faire. Mais bien sûr je vais juste regarder « vite fait » les forums et entre les trois nouvelles bandes-annonces, les messages débiles mais drôles, les critiques de films qu’on n’a pas vu et quelques vérifications IMDBiennes tentaculaires et interminables une heure et demie est passée et toute envie d’entreprendre quoi que ce soit semble s’être évaporée aussi rapidement que le temps. Sans parler de la facilité de l’accés aux films. Constamment en téléchargement j’accumule et me crée ma cinéphilie personnalisée et évolutive. D’où la tentation de s’enquiller quelques films vite fait…

 

Bref Internet est devenu un peu ma cocaïne et j’entrevois le fil reliant mon ordinateur comme une ligne de coke interminable que je sniffe avec tout le potentiel de mes poumons. J’ai vu hier (sur Internet, tiens) un épisode de South Park où l’Internet disparaîssait et où les gens devenaient de plus en plus fous. J’ai trouvé cette idée assez géniale car elle me paraît totalement vraie. On est devenu dépendant de cette source extraordinaire d’information, de divertissement, de base de données, de moyen de communication car on a réalisé que hors de l’Internet, la vie n’était pas capable d’atteindre ne serait-ce qu’un dixième de la potentialité exponentielle de ce monstre numérique.

 

Derrière moi Gin, fais ses quelques exercices de gym, qu’elle reproduit minutieusement chaque jour. Je la regarde lever la jambe et la baisser en rythme. Elle se relève et vient me poser un baiser dans le cou en me disant « et ben dis donc tu en as des choses à dire sur ton blog »… En la voyant s’éloigner vers la salle de bain, je réalise alors que la seule chose que j’ai à dire n’est d’autre que l’expression du néant. L’expression du vide qui m’envahit soudain devant cet écran d’ordinateur. Le vertige et la mélancolie de toutes ses vies que je ne vivrais jamais. Mais en pensant cela je reste là et mes doigts écrasent compulsivement les touches de ce clavier alors qu’à l’écran se déroule le fil de ma pensée. Je reste là… Je reste là…

Beau, Languissant, Ostentatoire, Génial : B.L.O.G

4 août 2008

Et bien voilà je m’y mets. Moi qui avais toujours milité contre les blogs parce que c’est pour les gens « qui pensent que leurs vies nous intéressent » et bien je retourne complètement et assez soudainement ma veste. Plusieurs raisons à cela. Le temps tout d’abord. Je suis dans une période de forte inactivité va-t-on dire. Je suis censé écrire un scénario que je ne parviens pas à finir alors je préfère écrire des choses sur ma vie (peut-être y mettrais-je un peu d’ordre après tout) plutôt que de glandouiller sur le net comme je sais si bien le faire. J’ai moins la sensation de perdre mon temps à vrai dire. Car même si tout ceci continue de m’apparaître totalement vain on y construit quelque chose. Des mots qui se pose les uns sur les autres exposant l’architecture d’un esprit. Un espace où les mots viennent nous décrire comme le coup de pinceau sur un portrait définit les traits d’un visage. C’est là qu’intervient la deuxième raison qui me pousse à ouvrir un blog. Car j’ai commencé à en lire. Je fréquente des forums de cinéma et je suis tombé sur plusieurs blogs de personnes différentes. Et je m’y suis intéressé. J’ai commencé à lire chaque nouvel ajout comme des nouvelles d’un ami. Et rapidement je me suis pris d’affection pour ces gens qui s’ouvrent comme ça et qui nous confient ce qu’ils sont et ce qu’ils ressentent. J’y ai trouvé une humanité qui faisait défaut dans ma vie quotidienne. Alors je désire moi aussi faire partie de cette vague, de cette enthousiasmante étoffe de vies qui sont liés les unes aux autres par des liens, des mots dans une signature sur un forum comme si peu à peu on s’installait de plus en plus profondément dans l’enchevêtrement tortueux des codes html qui constituent Internet. Comme si à force d’en être le spectateur on décidait d’en devenir l’acteur dans un geste de partage égocentrique paradoxal.

 

Escher

 

 

 

Je ne sais pas encore très bien ce que je vais raconter. Je ne sais pas si je serais lu. Et peu importe après tout. Je serais là. Pour le moment je serais là.

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