Le Paris d’une vie à Paris

2 octobre 2008

Voilà j’y suis. A Paris. La Capitale. La putain de Capitale. Cette ville dont on te parle depuis que tu comprends le langage. Cette ville qui existe dans les chansons, dans les films, les livres. Cette ville où est faite la télé et la radio que tu écoutes et où sont réunis tous les gens français célèbres que tu admires ou que tu détestes. Cette ville où les livres que tu étudiais à l’école ont principalement tous été écrit et pensé. Cette ville où, un jour, il y avait des allemands partout qui avait changé le nom des bâtiments pour que ça sonne plus germanique. Tu n’es jamais venu mais tu connais les quartiers, les bâtiments, les rues. Si on te dit le Père Lachaise, si on te dit la Défense, si on te dit Montmartre, si on te dit les Champs-Elysées, le sacré-coeur, Notre Dame de Paris, la Tour Eiffel, l’Arc-de-Triomphe, le Louvre, le Centre Pompidou. Tu connais tout ça. Tu ne sais pas précisément ce que sais mais tu sais que ça se rattache à Paris et que Paris c’est la Capitale. Et qu’en France il y a Paris et les Provinciaux. Rien d’autre.

 

Et bien voilà. Le provincial débarque à Paris avec toute sa candeur et sa naïveté de dauphinois. Il ignore déjà qu’à Paris un visiteur normal n’a pas le droit de laisser sa voiture sur un même emplacement plus de deux heures de suite. Deux heures qui lui auront quand même couté 2€. Et quand il a prévu de passer une semaine ou le temps qu’il faudra pour trouver un logement dans cette ville, il ne sait pas s’il doit véritablement déplacer sa voiture toute les deux heures avec ces 2 € qui lui reviennent donc à la fin de la journée à (sachant que c’est payant de 9h à 19h) 20 € plus un temps perdu absolument inquantifiable. Solution totalement surréaliste et grotesque. Il pense donc la mettre dans un parking souterrain dont le tarif est de 23 € par jour. Mais finalement il réalise que la solution la plus économique est de rester au même emplacement et de laisser s’empiler les amendes de 11 € qui s’avère beaucoup moins cher que les deux autres solutions alternatives. Mais encore mieux, il pensera prendre sa voiture hors de la ville (car la ville de Paris ne contient aucune, mais AUCUNE, rue de stationnement gratuit, chose que je n’avais jamais vu ailleurs…) la garer très loin où elle sera bien tranquille et revenir tranquillement en RER + Métro. Bref tout ce babillage monétaire de gros radin a seulement pour but de montrer à quel point tout de suite, le provincial que je suis a compris que Paris serait une ville à conquérir. Qu’elle (j’ai envie de lui attribuer le sexe féminin) ne va pas se laisser séduire et se laisser caresser lors du premier rendez-vous. Qu’il va falloir la connaître, la découvrir, l’explorer avant de pouvoir, disons, la sodomiser. Rien ne paraît facile ou accueillant au jeune type qui arrive et qui pense pouvoir s’installer là parce qu’il en a le désir et que ses ambitions professionnelles sont en parfaite adéquation avec ce désir et qu’en plus il est suffisament fortuné pour se payer son loyer pourant exhorbitant. Non. Ici tout ça n’est pas possible. J’ai comme cette impression que trop de gens ont le rêve parisien dans la tête mais qu’aux portes de la ville, une séléction naturelle s’effectue. Comme un casting de télé-réalité où les plus démunis, les plus moches, les plus cons n’auront certainement pas le privilège de faire « partie de l’aventure ». Le malheur des grandes villes est là. Dans l’injustice discriminative de la dialectique implacable de l’offre et de la demande. Il y aura toujours plus de monde à rentrer dans la ville qu’à en sortir. Et donc les critères seront toujours plus sévères, plus élevés et plus injustes et inhumains.

 

Je me plains pas mal, j’ai l’air cafardeux d’autant que Gin mon adorée est restée en Angleterre et que je me retrouve dans un espèce de célibat forcé assez désagréable mais je sais que d’ici quelques semaines, quelques mois quand enfin j’aurais réussi à glisser mes doigts dans l’intérieur moite des rues de cette ville, j’en serais le premier satisfait à me remplir les yeux et les oreilles de culture et à vider mon porte-monnaie pourtant pas bien épais deux fois plus vite qu’ailleurs. Mais en attendant quelle putain de grosse ville de merde remplis de connards suffisant et tellement fiers de leur Paris de mes couilles !!!!

Les vacances sont vos amis, il faut les aimer aussi…

12 septembre 2008

Demain le déménagement final commence. Il va falloir mettre dans des boîtes et des sacs un an de notre vie. Comme si on emballait soigneusement des souvenirs que l’on ne voulait pas laisser derrière nous. Comme les artifices de notre future nostalgie.

 

Les vacances furent bonnes bien qu’un peu chaotiques. Entre différentes villes, différentes humeurs, différents sentiments. Grazalema d’abord où l’inconfort de la maison des parents de Gin a quelque peu entâché notre enthousiasme mais l’endroit est superbe alors je pardonne tout. Séville deux jours très intenses. Puis Cadix pour 4 jours trop pleins moments où je n’existais pas. Enfin Gibraltar et Malaga dans la même journée. Journée absolument mémorable où sur le rocher de Gibraltar, Gin s’est fait littéralement attaquée par un singe qui a voulu lui voler son sandwich alors que justement j’étais en train de lui décrire le scénario d’un mauvais film d’horreur où un groupe de jeunes américains se retrouvait coincé sur le rocher et attaqué par une colonie de singes génétiquement modifiés…

 

Les vacances sont vos amis, il faut les aimer aussi... dscf0170qw8
Séville fut une expérience mémorable. Notre premier hôtel quatre étoiles qui incluait piscine, jacuzzi, salle de sport, sauna. L’impression diffuse et maladroite du luxe dans nos vies de classe moyenne. Ce violent désir puéril et consommateur de vouloir tout essayer, très vite, à fond parce que c’est compris dans le prix et que cette opportunité de vivre comme un riche est bien trop brève pour être gâchée. Avec tout le superflu que cela suppose nous avons donc vécu cet hôtel comme la révélation de ce que la superficialité de l’argent pouvait quand même être délicieuse. Découverte intéressante mais ô combien frustrante puisque dès le lendemain, il a fallu traîner nos valises énormes dans les rues de Séville jusqu’à la voiture, garée deux kilomètres plus loin dans une zone de stationnement gratuit. Et oui cette société moderne te permet bien facilement de revêtir les habits de la richesse et de l’opulence mais seulement sur le mode de la location, tu ne peux jamais en devenir le propriétaire. Aujourd’hui on ne peut que goûter du bout des lèvres sans jamais pouvoir s’en remplir la bouche, laissant dans l’estomac un vide gargouillant aussi incommodant que dispensable.

 

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Alors qu’un paysan du XVéme Siècle ne pouvait envier ce qu’il ne connaissait pas et devait donc trouver les vertus du bonheur matériel dans le quotidien rude et laborieux qui était le sien, le jeune étudiant du XXIème Siècle ne fait que languir la vie qu’il pourrait avoir avec les richesses de ses concitoyens fortunés. Ne pas savoir est toujours mieux que connaître ce qui ne t’ai pas accessible. Tu échappes ainsi à la douleur de ce que tu rates. Or cette société ne te laisse pas l’opportunité de rester sagement, au chaud, dans la grotte à regarder les ombres danser sur le mur. On te balance dans tes yeux ébahis, la beauté, l’argent, l’oisiveté et toutes ces vertus stériles et réductrices pourtant présentées comme la panacée d’une vie réussie (quoique pour l’oisiveté ça se discute).

 

Il faut donc une certaine forme d’abnégation pour profiter pleinement de ce que l’on possède sans être rongé par la jalousie de ce que l’on n’a pas et qu’on aura jamais. Car même si on tend à nous faire rêver aujourd’hui à travers des mythes comme le self-made man ou dans l’illusion du loto et de l’euro-millions, on sait tous très bien que si progression sociale il y a, elle ne peut qu’être relative et n’apportera en aucun cas cet état de plénitude matérielle aussi vaine que fantasmée.

 

Mais ne nous plaignons pas, il y a du pain sur la planche et un toit sur notre tête. C’est cela sans doute qui doit primer sur tout les objets, gadgets et ustensiles de commodités dont on peut très bien se passer. Mais putain le dernier Iphone avec écran tactile et GPS dont je ne me servirais jamais a l’air de déchirer sa mère !!!

Gin

10 septembre 2008

L’amour, le vrai, c’est être passionné par ça :

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La fatale mise en branle des rouages du destin

1 septembre 2008

Ce week-end passé, c’est la mise en route du processus de changement définitif de vie qui commence. Une espèce de marche qui commence pour ne plus s’arrêter pendant quelques temps. Ça a l’avantage non négligeable d’avoir une sensation définitive de mouvement vers l’avant, accompagné de cette brise excitante de la nouveauté à venir tout en rompant tout concept de routine mais ça comporte également bon nombre de désagréments. C’est généralement une période financièrement rude avec beaucoup de dépenses inévitables concernant un changement de domiciles, un déplacement important, un déménagement etc. Et puis cela brise ma routine de mangeurs de culture. Plus de films pendant presque un mois c’est dur. Et impossible d’écrire non plus. C’est le désert, l’éponge reste sèche au bord de l’évier laissant une trace de calcaire blanche qui se traîne jusqu’au siphon. Et enfin et c’est le plus prégnant, malgré le parfum d’aventure qui chatouille les narines, il y a toujours une certaine tristesse et, dans mon cas, une nostalgie mélancolique profonde de la vie que l’on abandonne.

Mais ça y est nous avons pris les décisions que nous devions prendre et tout est prêt pour être enclenché. Pour que cette roue commence à tourner et à nous emmener ailleurs, où elle voudra bien s’arrêter. Gin, part en Angleterre et moi j’ai décidé de tenter ma chance d’artiste de mes couilles à Paris, comme tout provincial naïf et idéaliste. Enfin bref, demain nous partons en « vacances » à Séville pour deux jours, ensuite nous allons chez Mané & Concha (les parents de Gin), puis retour ici, préparation du déménagement, 1500 km jusqu’à chez mes parents, deux semaines là-bas qui va multiplier aller/retour à Lyon et redépart pour l’Angleterre avec un arrêt au retour qui se prétend définitif : Paris.

Pas grand chose à raconter finalement si ce n’est l’étalage et le partage de cette tension étrange qui me sous-tend à l’approche de cette révolution sociale. Je serais donc absent quelque temps ici (au moins une semaine). Non pas que je risque de manquer à qui que ce soit (à part à moi même) mais je préfère mettre ma vie en perspective. Je serais absent, bientôt une nouvelle vie etc… Comme une réflexion permanente sur mon propre devenir qui m’aide à le façonner et lui donner la forme et les contours que je désire.

Bon allez bientôt j’arrêterais de parler de moi, de moi et de moi pour un peu parler des choses qui me passent à travers tout en y laissant des traces durables et indélébiles. Je vois beaucoup de films en général et je ne m’exprime pas sur chacun d’eux. Pourtant je vois des choses dignes d’être mentionnées et louées ici. Mais voilà toute ma vie est résumée ici. Je préfère parler de moi que des films, donc tout cinéphile que je sois, je préfère faire des films (sur moi bien évidemment) que de parler de ceux que je vois… Et oui c’est le fatale cercle vicieux du boomerang que je lance et qui finit toujours pas retomber dans mes mains. Alors je le lance encore.

Hasta luego et on verra dans quelques temps si le reflet est toujours aussi vain où si je parviens à y trouver des contours harmonieux.

Coucher pour réussir ou l’hypocrisie intéressée.

29 août 2008

Aujourd’hui j’ai envoyé à une célèbre université un dossier de candidature pour un MasterPro en réalisation. Pourtant je ne crois absolument pas en l’enseignement artistique. En tout cas dans mon cas, ça me semble parfaitement inutile. Non pas que je n’ai rien à apprendre mais j’ai la prétention de croire que ce que j’ai à apprendre personne ne peut le faire et que cela doit nécessairement passer par l’autodidactisme. Cependant, je m’apprête à entamer une nouvelle vie dans la capitale dans l’espoir de faire du cinéma. Je ne connais personne de ce milieu et je n’est aucun contact préalable. J’arrive totalement vierge et ma lâcheté d’être humain m’a fait sauter sur cette opportunité pour intégrer une université préstigieuse dont les élèves auront, je suppose, du crédit. Je ne pense pas que ça m’aidera tellement professionnellement car pour connaître bien le milieu universitaire, je sais pertinemment qu’il n’est pas formateur, toutefois j’ai l’espoir que cette année soit plus douce et introductrice et qu’elle contienne, d’emblée, un objectif. Alors voilà j’ai dû être hypocrite. Ecrire une lettre de motivation où je mentais du début à la fin car mes motivations de futur élève sont bien peu compatibles avec les leurs d’enseignants. J’ai toujours été doué pour cela. Construire de jolies phrases dans lesquelles je ne croyais à rien mais qui par leurs apparentes enjolivures faisaient illusion. Je me souviens que lorsque j’étais en Terminale, je faisais des devoirs de philosophie dans lesquels la forme, la longueur et la complexité de mes phrases étaient largement prégnants sur le sens supposé qu’elles devaient avoir.
Au fond, je suis sans doute quelqu’un d’assez superficiel.

Toujours est-il que me voilà de nouveau dans l’attente fébrile d’une réponse, d’une convocation à un oral que je mentalise déjà flamboyant et exubérant. Pour être honnête j’ai assez peu d’illusion concernant ma potentielle sélection. Si j’ai de bonnes notes et un dossier décent, j’ai envoyé mes courts-métrages ce qui pourrait anéantir immédiatement mes maigres chances d’intégrer cette élite. Surtout mon dernier court-métrage, Entre la Lune et le Soleil, tellement anti-académique avec son romantisme acharné et sa poèsie surranée. Je pense que ça ne plaira pas. Enfin, dans tout les cas je survivrais. J’aime à penser que ma vie sera totalement différente en fonction de la réussite ou de l’echec de cette tentative. Je ne rencontrerais pas les mêmes personnes, je n’aurais pas les mêmes activités, je ne travaillerais pas sur la même chose. Des fois, masochistement, j’apprécie d’être le jouet de cette roue du destin. Qu’un connard quelconque dans un bureau décide ce qu’il adviendra de moi. Comme si on se jouait soi-même à la loterie. Et la roue est lancée, les boules rebondissent de part en part, s’entrechoquant l’une l’autre alors que, fasciné, je les regarde évoluer selon des lois physiques et gravitationnelles qui me sont totalement étrangères. Là mes yeux rivés sur leurs parcours chaotique j’attends que l’une d’elle prenne le chemin du petit trou, situé au bas de la roue et qu’elle roule jusqu’au bout de la rampe de métal pour laisser apparaître son numéro. Là, patiemment, inconscient, immobile, la lèvre molle et tremblotante, j’attends.

L’impulsion viscérale du rien

26 août 2008

Aujourd’hui j’ai ressenti en moi comme une poussée exponentielle prenant source dans ma poitrine qui semblait vouloir sortir par les pores même de ma peau. Comme une impulsion soudaine et incontrôlée vers quelque chose. Une envie fulgurante de TOUT, du monde, de l’univers, de la globalité des choses et de la matière. J’ai déjà ressenti ce genre de choses auparavant et le résultat a quasiment toujours été une furie créatrice qui s’est avérée grandiose. Or, aujourd’hui, le premier assouvissement de ce violent désir a été de venir ici. Triste, isn’t it ? Comme si mon seul espace de création actuelle était devenue ce blog finalement un peu stérile. Et voilà que ce don du ciel, cette envie qui m’étreignit ce matin n’est plus qu’une éjaculation sans orgasme. Un processus gâché. Tout cela est lié à la situation dans laquelle je me trouve actuellement où je n’ai pas de projet immédiat et que travailler me paraît vain. Alors que je sais pertinemment que pour avoir un projet, il faut avoir un scénario et avoir préparé certaines choses. Mais dernièrement ma conscience se fait battre par mon inconscient tranquillement avachi sur un hamac reliant deux connecteurs neuronaux, un joint au coin des lèvres. Pourtant j’ai tellement envie. Cette impulsion que j’ai ressenti est finalement toujours présente en moi, elle m’accompagne et se réveille quand je me fais trop mou, trop absent à moi-même. Elle représente le système de sécurité de ma personne, comme une sonnette d’alarme retentissant à l’approche du point de non-retour. Nous l’avons tous je pense. C’est peut-être simplement la manifestation primitive d’un instant de survie transformé par des millénaires d’évolution. La survie pour le bonheur.

Tout ça est une fois de plus, un bafouillage sans grand intérêt. Mais je crois qu’il me fait du bien, qu’il m’aide à m’épurer. A évacuer certaines toxines qui s’accrochent vicieusement à mes artères et à mes veines. Et la stérilité que je loue souvent sur ces pages me semble finalement plus porteuse de sens que la plupart des actions qui prétendent me définir hors d’ici. Car ici j’ouvre tout, totalement, sans recul, sans relecture, sans garde-fou. Et ça fait du bien des fois de, dirons-nous, lâcher la purée.

Une boîte de 200 cotons-tiges…

25 août 2008

Hier soir en prenant ma douche (je suis de ceux qui se douchent le soir) je me suis aperçu que la boîte de cotons-tiges était presque vide. Il en restait un seul, perdu dans ce vide de plastique transparent, attendant mollement d’être introduit dans mon conduit auriculaire pour y déloger la crasse qui s’y dépose chaque jour. Une boîte de 200 cotons-tiges. Voilà ce qu’a duré mon année ici, en Espagne. Je me souviens qu’on l’avait acheté lors de nos premières courses où l’on était tout pétri de l’excitation de cette nouvelle vie qui s’annonçait. Et aujourd’hui alors que je me ramone l’oreille avec ce coton-tige qu’en reste-t-il de cette excitation. J’ai quelques déceptions et pas des moindres. Je n’ai pas fait de film ici. Ç’aurait été une immense fierté que de rentrer en France en ayant tourné un film en Espagne. Je l’aurais ramené chez moi et offert aux miens tel le torero qui offre la paire d’oreilles du taureau qu’il vient lâchement d’abattre à sa plus fervente admiratrice. Et bien non, je devrais me contenter de mon joli bronzage qui s’estompera en quelque semaines mais surtout du tatouage que je me suis fait, seul oripeau intemporel qui me restera de cette année précise. La deuxième chose que je regrette c’est le travail. J’aurais aimé travailler. N’importe où, n’importe quoi, je ne suis pas difficile. J’ai cherché. Beaucoup. Mais jamais rien trouvé. Tout les MacDo, les Pizza Hut, les TelePizza, les Burger King de la ville n’ont pas voulu de moi. J’ai mal cherché peut-être, pas aux bons endroits, pas aux bons moments. Financièrement ce fut difficile. Heureusement Gin a travaillé et a donc pu ramener à la maison l’argent dont nous avions besoin et ainsi asseoir encore plus ma honte d’être sans emploi, de la voir partir et de la voir revenir sans que moi je n’aie bougé d’un pouce. On n’échappe pas aussi facilement à plusieurs millénaires d’une société patriarcale. Ceci dit je n’ai pas été inactif, loin de là. J’ai déjà dû finir mon film et ce fut un travail long et éprouvant. J’ai écrit également. Mais dans le fond je sais que j’ai aussi perdu un temps précieux que je ne rattraperais jamais.

Une boîte de 200 cotons-tiges... cotontig

Enfin bref, ces deux grosses déconvenues ne suffisent pas à gâcher tout le bonheur que j’ai ressenti, ici, en Andalousie. Rarement je ne m’étais senti aussi bien et aussi confortable. Je me suis vraiment découvert une passion pour cette province. Le fait que Gin soit andalouse, gaditana, de Càdiz, pour être plus précis (ici ça compte) y a sans doute joué pour beaucoup. Je me sens chez moi ici, comme je me sens chez moi dans ses bras. Il y a un parfum ambiant qui hume l’odeur rassurante du foyer les soirées d’hiver alors que crépite le feu dans la cheminée. Et si seulement je pouvais accomplir ce que je veux accomplir ici (devenir cinéaste), je m’y installerais avec un plaisir total et sans regret. Peu importe la pauvreté culturelle de la région. Je m’y accommoderais.

Mais ce n’est pas possible. Et donc nous partons. Gin en Angleterre et moi, comme tout con idéaliste provincial, à Paris. J’ai dans l’idée que m’installer à Paris m’aidera à percer les mystères de l’industrie du cinéma. Je vais me battre en tout cas pour essayer de pénétrer, par la force s’il le faut, dans ce monde autre. Putain je brûle déjà de l’intérieur de ne pas être en train de préparer un film, de faire des repérages, des castings, d’imaginer un découpage technique. D’avoir des images, des émotions et des envies plein la tête qui me tirent vers le haut, vers la surface. Là les envies sont là, j’ai beaucoup d’idées mais elles sont inorganisées et elles dorment paisiblement sur le fond, se faisant peut à peu recouvrir de corail.

Je pars vers de nouvelles aventures et ça c’est une chance certaine. Je ne sais pas où je serais dans trois mois, ni ce que je ferais. Un travail en intérim sans doute, quelque chose d’alimentaire comme d’habitude avec pour tout temps libre la volonté d’aller chez les producteurs et de leur dire « je suis là, j’existe, je suis la future révélation du cinéma français ». Ils ne me croiront pas, personne ne me croira d’ailleurs, vous en premier, mais peu importe parce que tant que moi j’y crois je pense que j’ai une chance.

Une chance c’est peu, alors je ne vais certainement pas la lâcher.

Widget Jones

20 août 2008

Par un dédale labyrinthique de liens hypertexte en tout genres, j’ai fini malencontreusement par me retrouver sur le blog d’une fille qui nous racontait avec un enthousiasme certain les dernières mésaventures de sa vie. Curieux comme je suis j’ai commencé à divaguer d’articles en articles en essayant de reconstituer fragments après fragments un croquis général. Mais au fils des billets j’ai eu l’impression de me faire flouer et de ne plus être en train de partager l’intimité virtuelle de la demoiselle mais plutôt d’assister, impuissant, à l’expression de sa vacuité. Que ce soit dans la description méticuleuse des différentes crèmes et ustensiles de beauté au catalogage de ses recettes préférés avant de finir avec un descriptif précis des derniers articles de mode qu’elle avait pu s’acheter.  Outre son goût immonde en matière de vêtements qui suffirait à me la faire détester, j’ai été particulièrement surpris par cet espèce de cliché vivant que j’avais sous les yeux. Je savais qu’une certaine image de la femme moderne correspondait à ça. Un concentré  urbain de modernité, de frivolités,  et de délires shopping-beauty… Mais être confronté ainsi à cette image comme l’évidence même de sa réalité m’a fait un peu mal. D’autant que j’ai pu m’apercevoir avec une horreur non dissimulée que ce blog jouissait d’un succès considérable. Chaque article était agrémenté de quelques dizaines de commentaires où différentes bloggeuses, en tout point identiques à mon spécimen, venaient ajouter leurs précisions ou simplement donner leurs encouragements, sans oublier de préciser l’adresse de leur propre égomagazine féminin virtuel. 

Mais ce blog m’a permis d’atterrir, en m’extirpant miraculeusement d’entre le récit de l’acquisition d’un sac Chanel sur eBay, la description minutieuse de son dressing Ikea et des photos de son chat sur un forum assez surréaliste uniquement réservé aux filles de la blogosphère (dixit l’en-tête du site). Donc uniquement réservé aux filles qui ont leur blog et qui en sont toutes fières. J’allais scruter quelques sujets sur la création des blogs, les astuces etc… et je voyais défiler des noms, des avatars et des adresses de blogs sur lesquelles je cliquais aléatoirement. Et je me retrouvais à chaque fois devant l’EXACTE réplique du blog duquel je venais avec les mêmes aphorismes sur les soins beauté, sur le shopping, sur la cuisine, sur la déco, sur le jardinage etc… les mêmes photos de chat, la même propension à la vacuité et cette même sensation de tristesse face à l’aberration d’une telle démarche. Quelquefois des critiques cinéma, des impressions sur un album mais globalement la culture n’y avait que bien peu sa place. Il m’a suffit de voir une dizaine de ces blogs pour définir un profil social de ces jeunes filles. Des bobos vivant toutes dans des grandes villes, toutes ayant effectuées des études supérieures, la plupart vivent ou ont vécu à l’étranger (pays anglophone pour la plupart) et ne cachent pas le plaisir qu’elles ont à l’étaler un peu partout, toutes adeptes des séries télévisées récentes (de Prison Break à Dead Like Me en passant par Lost et Weeds) et des gros blockbusters américains. Leurs références littéraires vont d’Harry Potter à Marc Lévy en passant par tout ce qu’on appelle la Chick-Lit dont la figure de proue est Helen Fielding, la maman de Bridget Jones. Elles ont souvent un animal domestique, comme personnage comique récurrent de leurs vies, l’équivalent du sidekick adorable et joueur des films d’animation américain. A défaut de l’animal domestique ce personnage est incarné pare leur petit copain/marie. Bref il est très réducteur d’édifier ainsi un moule caricatural dans lequel elle pourrait toutes se mouler mais c’est pourtant ce que laisse transparaître tout ces blogs disparates. Elles ne laissent jamais s’échapper un mot, une attitude, une sensation qui pourrait leur rendre leur singularité, leur spécificité d’être humain pensant et agissant. Toutes me semblent conforter, polir et faire briller bien soigneusement cette archétype péjoratif qu’elles représentent.

Bridget et son journal

De retour sur le forum je m’aperçois que certaines de ses filles sont devenues la proie de certaines marques qui leur envoient des produits gratuits à essayer pour qu’elles en fassent la promotion. Signe qui ne trompe d’une assimilation par le système de consommation de ses coeurs de cible ambulantes. Elles deviennent elles-mêmes les pages de pub de leurs magazines préférés. Des véhicules marketing qui s’ignorent. Les jouets des grands groupes qui attaquent dorénavant de l’intérieur en économisant de fait des frais de pubs dont ils peuvent aisément se passer puisque la consommatrice elle-même va en être l’émissaire la plus parfaite. Effrayant et aliénant.

Et moi bien au chaud derrière mon écran je reviens ici bien lâchement leur cracher mon fiel. Je peux juste m’estimer heureux de me retourner et de voir Gin assise sur le canapé, téléphoner à son amie et de réaliser à quel point je ne voudrais pas qu’elle devienne cet artefact de Bridget Jones tristement banal mais au contraire, combien j’admire alors qu’elle lève la tête vers moi et m’esquisse un baiser du bout des lèvres, cette unicité qui la traverse de part en part et qui la rend si précieuse. Je prie, en lui renvoyant son baiser, que jamais elle ne vienne perdre dans les limbes inutiles de l’Internet ce qui me rend la vision de son visage penché vers le combiné d’une douceur saisissante dans une image à la puissance picturale m’apparaissant soudain étrangement frappante. On n’a pas besoin de tous ces étalages inutiles, je préférais quand les gens n’existaient pas autrement que par ce qu’ils sont physiquement, quand leurs blogs étaient leurs visages. Allez j’éteins tout ça, je vais essayer de rattraper au vol le baiser envoyé à Gin pour aller lui donner en vrai. Voice out ! 

Enfin, au moins jusqu’à demain…

Western & Co

19 août 2008

Alors j’ai plusieurs projets sur le feu. Je suis lancé dans l’écriture de pas moins de trois longs-métrages. Je n’en ai fini aucun même si je crois que deux d’entre eux sont déjà très bien avancés et qu’ils seraient terminés rapidement si je décidais de le faire. Le problème c’est de savoir qu’ils ne seront peut-être jamais réalisés me rend la tâche plus ardue. Mais je me suis juré que d’ici la fin de l’année il fallait que j’en ai fini (au moins) un. Pour le troisième c’est une co-écriture avec Gin. Ce n’est pas forcément facile de travailler à deux surtout avec sa compagne car on ne prend pas de gants pour dire les choses du coup les conflits explosent beaucoup plus facilement. Mais le projet est passionnant et très beau et je veux vraiment aboutir à quelque chose.

Mais plus prosaïquement j’ai tenté toute l’année de développer un projet de western. En effet j’habite actuellement à Grenade, province andalouse proche de celle de Alméria qui est l’antre du western moderne depuis Leone. Je ne pouvais pas partir d’ici sans profiter de ces décors qui sont à ma disposition. Et bien il va s’avérer que si. Le retard pris par la post-production de mon dernier film et, il faut bien le dire, un blocage certain à l’écriture dudit western ont tout décalé et finalement je pars dans un mois sans avoir pu réaliser ce  rêve. Je continue d’écrire le court et je ne suis pas loin d’avoir une première version complète et satisfaisante mais j’essaierais de produire ça de France, ce qui me semble tout bonnement impossible. Mais bon, je garde espoir, le projet en vaut vraiment la peine je crois.

Voilà où j’en suis pour le moment. Tout n’est qu’écriture alors que je voulais déjà être dans la pré-production de quelque chose. Mais il faut savoir être patient dans ce métier.  Je rentre en France et m’installe à Paris à la rentrée. Cette révolution personnelle va certainement retarder encore un peu tout ces différents projets mais tout arrivera à point à qui sait attendre.

Keep in touch !

Cette planète étrange que l’on nomme Oeil

19 août 2008

Rien à dire. C’est la conclusion qui me frappe en premier quand je décide de venir écrire ici. Finalement je n’ai rien à dire. Je ne veux pas parler de ce que j’ai mangé à midi ou de comment se déroule ma vie sentimentale ou même comment se noue horriblement ma vie professionnelle. Je n’en ressens pas le besoin. Que ce soit dans le rapport extatique et hagiographique d’une histoire d’amour qui paraîtrait surfaite ou que ce soit dans l’aigreur colérique pleine de frustration de mon statut précaire de réalisateur de cinéma condamné à rester à la porte d’un système qui ne le laisse pas rentrer.

 

Donc de quoi vais-je bien pouvoir remplir ces lignes ? Comment vais-je pouvoir gonfler mon autosatisfaction par l’enjolivure de la langue sur laquelle il faut que j’applique du sens ? J’ai pour habitude de créer des fictions en permanence. De regarder Gin faire la cuisine et de commencer à lui raconter ce qu’elle fait comme si elle était l’héroïne d’un roman, de lui décrire ses pensées, ses ambitions, de dérouler des paroles jusqu’à son acmé de personnage de fiction. On peut lier cela au fait que je veuille devenir cinéaste, créateur de fiction et désir d’inscription du réel dans le monde diégétique d’un film mais c’est également l’expression de la tentation inverse. De voir dans le réel, un bouillonnement permanent de fiction. D’y chercher ce qui le rendra attrayant, excitant, qui mettra en jeu autre chose que sa réalité simple. Une chose prétendument abstraite, erronée, virtuelle, une histoire que je me créerais moi et que je ne partagerais avec personne mais trouver dans ce monde devant moi le coeur, le noyau, la quintessencielle matière qui me nourrit et me maintient vivant.

 

Je crois donc que ma vraie vocation est là et qu’elle est inébranlable. Elle ne consiste pas nécessairement à devenir un cinéaste, même si je pense sincèrement que c’est dans cette activité que je me réaliserais (no pun intended) le mieux, mais elle est la recréation permanente du monde à travers le prisme de la fiction. C’est une vocation non pas professionnelle mais avant tout humaine qui touche aux fondements de ma personne et à l’architecture complexe de mes os et mes veines. J’ignore si c’est voué à devenir mon métier, si c’est positif ou négatif, si cela me tire en arrière dans mon développement personnel mais tout ce que je sais, c’est que je suis dans la création permanente d’un monde diégétique faits de héros divers et quotidiens, faits de petits gestes, de petites attentions, de regards, de tendresse, de dureté également. Et cette recréation se traduit par une curiosité extrême des gens et des choses, moi qui me retourne dans la rue pour suivre la démarche de cette vieille dame qui peine à soulever son déambulateur ou qui m’arrête un instant prétendant refaire mon lacet pour écouter les fragments de cette conversation animée entre un homme et sa femme ou qui encore me penche entre les sièges de l’autobus pour essayer de lire le SMS qu’envoie cette jeune fille qui ronge ses ongles compulsivement. J’ai violemment envie et besoin de faire partie de leurs souffrances et de leurs joies. D’en être le témoin, l’émissaire. Que comme ce long baiser de cinéma sur lequel apparaît le mot fin, je veux que ce moment soit immortalisé par moi, spectateur unique et tout entier tendu vers l’émotion que leurs vies m’inspirent. Et chaque bribes de moments de vie, de morceaux de films vus aléatoirement en zappant sur l’écran du réel me remplit intérieurement. Il me donne la sensation que mon regard seul est vecteur de fiction et que dans cette fiction s’exprime la vie entière.

 

Je me souviens avoir écrit quand j’avais quinze ans : « Nos yeux sont les caméras d’un film dont nous sommes le héros ». Mais je n’avais pas compris que nous ne pouvons être héros d’un monde où nous n’existons pas physiquement. Nos yeux sont témoins d’un film dont l’humanité est le héros. Voilà qui me paraît plus juste. Et qui fait de chacun de nous des cinéastes en puissance.

 

Il suffit pour cela de détourner les yeux de l’écran…

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