Lundi ou l’eternel recommencement.

17 novembre 2008

Bon ça y est on est lundi matin. Le lundi je me mets toujours pleins d’objectifs pour la semaine à venir. Des choses à commencer, d’autres à terminer, la plupart, simplement à continuer. Et je ressens presque toujours une excitation sous-jacente à l’idée de tous les possibles qui s’offrent à moi. Et précisement cette semaine je fonde beaucoup d’espoir sur ma volonté et mon sens des priorités pour me mettre sérieusement au travail. Ecriture, distribution du précédent, édition d’un DVD digne de ce nom pour l’équipe et les potes, c’est maintenant qu’il faut que je me sorte les doigts du cul comme on dit.

 

Mais je suis motivé donc pour l’instant tout va bien. Aujourd’hui j’attends la réponse pour le travail au Virgin. L’entretien s’est bien passé mais j’ignore tout de leur décision finale. De toute façon comme je n’ai pas eu les Assedics je ne sais toujours pas si ces 1000 € était une erreur ou un geste généreux (et totalement gratuit) de leur part, donc je suis toujours dans l’indécision et la peur de prendre la mauvaise décision.

 

Au fait j’ai découvert avec beaucoup d’amusement que le croupier qui m’a séparé de 190 € ne travaillait pas seul mais faisait partie d’une franchise. J’ai rencontré 4 de ses collègues aux abords des puces de Montreuil. Exactement la même chose. Les cartons, les trois pastilles et les mêmes cons qui se font plumer. J’ai regardé un moment (j’hésitais quand même à me faire confiance) et j’ai vu avec un plaisir coupable quelques personnes perdre quelques billets. Et malgré leurs supplications pour me faire jouer j’ai laissé mon argent dans mon portefeuille.

 

Pas folle la guêpe !

Putain de sa mère !

14 novembre 2008

Il y a des jours comme ça où tout arrive d’un coup et on se retrouve tout perdu, sans trop savoir quoi faire. Je me suis fait réveiller par le mec de Virgin Megastore qui devait me rappeler depuis un mois et dont j’avais perdu tout espoir. Il me donne rendez-vous cet après-midi à 17h. Donc je me lève tout joie, plein de confiance et d’énergie. J’avais également décidé de régulariser ma situation Assedic et de notifier mon changement d’adresse. C’est là que je m’aperçois avec une horreur délicieuse qu’ils m’ont payé quasiment 1000 € pour le mois d’octobre (somme virée hier sur mon compte) ! Je suis censé toucher 30€ par jour mais je pensais que c’était sur la base de jours ouvrables et non sur tout les jours. Donc apparement je vais toucher ces 1000 € pendant 7 mois ce qui est absolument parfait. Je peux même faire des économies ! Et là vient le gros problème. Je ne peux pas travailler sinon je perds mes avantages (à moins de gagner moins de 70 % du salaire brute que je touchais avant). Donc entre toucher 1000 € par mois en ayant 100 % de mon temps pour mes projets d’écriture et de développement jusqu’en avril ou travailler à mi-temps pour être payé moitié moins et perdre mes avantages le choix semble évident. Mais premièrement je ne devrais pas être indemnisé autant. J’avais un job à mi-temps auparavant et je gagnais dans les 600 € donc y’a t-il une erreur ? Vont-ils me demander de les rembourser dans trois mois ? Deuxièmement si je refuse ce job à Virgin je le perds pour toujours, je ne pense pas avoir une deuxième opportunité. Et c’est un job qui me plairait bien (vendre des DVD). Bon je ne suis pas encore engagé mais là je suis totalement perdu. Et ce que j’aime avec les Assedic c’est qu’ils ont un serveur vocal totalement automatisé pour tout type de questions mais qu’il est impossible d’avoir un conseiller au téléphone. C’est impossible d’avoir des précisions.
Bon là tout de suite maintenant j’ai un peu envie de m’arracher les cheveux. Je suis vraiment, sincèrement perdu. Je pense me rendre à l’entretien mais s’il me propose une embauche que faire ? Lui dire d’attendre qu’il faut que je vois avec les Assedic si je perds pas mes droits ? Lui dire oui tout de suite et gagner 500 € en bossant plutôt que 1000 € en étant libre ? Arg… Putain d’argent de merde !

L’Art j’en sais rien… (calembour)

11 novembre 2008

Mon installation à Paris a été plus douce que je ne l’imaginais. Le déménagement s’est bien passé et mes parents ont été d’une aide salvatrice. Quand ils sont repartis vendredi matin, je me suis senti véritablement étrange. C’était la première fois que je ressentais cet espèce de vide intersidéral dont je n’apercevais pas le fond. Non pas que mes parents allaient me manquer et que l’éloignement de ma famille me ferait souffrir, j’ai depuis longtemps vécu loin de chez eux, mais plutôt cette sensation de vacuité soudaine et totale qui s’est emparée de moi m’a plongé dans une tétanie dont j’ai eu du mal à me défaire. Seul dans mon petit 14 mètres carré, je ne comprenais plus très bien pourquoi j’étais là, ce que je devais y faire et comment commencer. Je n’ai pas eu (ce que j’espérais) cette folle excitation d’une vie indépendante et totalement free style qui pourtant commençait à me manquer mais au contraire, j’avais devant moi un éventail de possible trop grand et inaccessible que j’ai vu se ratiociner jusqu’au néant. Le zéro et l’infini ne font qu’un. Après deux ans de vie de couple je crois avoir oublié les réflexes naturels, les systématismes quotidiens et une organisation du temps qui ne se construit pas en fonction du temps de l’autre. C’est incroyable comme je n’arrivais plus à me souvenir comment était ma vie lorsque je vivais seul. Qu’est-ce que je faisais de mes journées ? Comment je me faisais à manger ? Est-ce que j’avais un rythme sain (couché à heure raisonnable, trois repas par jour etc…) ? Est-ce que j’étais heureux ? Ces deux ans de vie en couple ont annihilé toute cette vie là, il y a eu formatage et réinstallation du système qui ne me laissait plus la possibilité de revenir en arrière.

 

Donc j’étais là dans cet appartement/chambre à me demander comment j’allais pouvoir occuper les quelques 16 heures que constituent une journée. J’irais au cinéma certes mais modérément. Il faut que j’écrive également mais bon il faut me laisser le temps de m’adapter, je ne peux m’y mettre immédiatement. Donc je me retrouve avec un trop plein de temps libre dont je ne sais que faire. Petit à petit je commence à l’utiliser, à voir la potentialité qu’il contient mais cela prend son temps et je sais que ça ne sera pas immédiat. La seule certitude absolue que m’a apporté ce premier week-end de solitude c’est la nécessité physique du travail. J’ai besoin de travailler. N’importe où, n’importe quoi mais mettre mon corps en mouvement, lui donner un objectif autre que de s’asseoir devant un écran. J’ai une fois de plus la violente nostalgie de Pomona, travail pénible s’il en est mais où le corps exultait dans toute sa puissance jusqu’au soir où une fatigue singulière et unique, que je n’ai ressenti depuis, l’enveloppait dans un linge de coton moelleux et lui offrait un relâchement total et gratifiant. Je sais que le jour où je retravaillerais je serais le premier à m’en plaindre mais je sais aussi, que ça m’est devenu nécessaire pour me sentir bien.

 

Mon installation ici, toute douce qu’elle fut, a été cependant marquée par un événement que je ne qualifierais pas d’étrange sinon de surréaliste. C’était samedi matin. Je me suis rendu au magasin Tati de Barbès, espèce de bazar géant où l’on trouve de tout pour des prix dérisoires. Après y avoir fait mes achats pratiques (un balai, des pantoufles, un pantalon) je me promenait tranquillement en remontant vers Pigalle. Soudain je croise sur ma droite un homme qui joue à faire tourner trois petites soucoupes noires sur deux gros cartons. En dessous de l’une des soucoupes une pastille blanche. L’homme, jeune, lunettes noires, tient dans sa main une liasse de billet où domine le orange des billets de 50 €, parsemée ça et là du vert des 100 €. Les paris sont ouverts. Il suffit de mettre son doigt sur la soucoupe où l’on pense qu’il y a la pastille, de mettre la mise et d’en empocher le double. Je regarde sincèrement fasciné de voir ce stand de jeu clandestin en plein milieu de la rue, m’étonnant de la véracité d’une telle chose vue dans les films. Atour du croupier, une jeune femme et un homme d’une cinquantaine d’année jouent, les yeux rivés sur les pastilles qui se mélangent, passent l’une sur l’autre, se retournent et s’emmêlent. Je les vois sortir de leurs poches des billets de 50 ou 100 €, jouer, gagner, perdre à une vitesse dépassant l’entendement. Je reste un moment sans bouger à regarder le spectacle et je réalise que je trouve la pastille blanche à chaque fois. Que potentiellement j’ai déjà gagné. Mû par un étrange phénomène physique, moi qui ne suis absolument pas joueur, je sors mon portefeuille et sort 20 €. Le croupier me dit qu’il faut mettre 50 € minimum, argent que je n’ai pas sur moi. Je sors donc un deuxième billet de 20 dans l’espoir qu’il accepte ma mise. Conciliant, il prend mes billets et commence à faire tourner les soucoupes. Quand les trois soucoupes s’arrêtent je pointe immédiatement celle qui a la pastille blanche sans aucune once d’hésitation. Il la retourne et bien évidemment, je perds. Un peu sonné je cherche à comprendre. Comment, premièrement, ai-je été aussi con pour jouer 40 € comme ça dans la rue et comment, deuxièmement, ai-je pu perdre alors que l’instant d’avant je faisais un sans faute ? Avant que j’ai pu reprendre mes esprits le croupier, ramasse soudain ses soucoupes et se barre en courant ayant visiblement aperçu la police. Dégoûté, je me dirige vers le métro, tentant d’avaler ma stupide défaite quand le quinquagénaire joueur me rattrape et me dit d’attendre « qu’il va revenir« . Je lui explique que j’ai suffisamment perdu d’argent. Que de toutes façons je n’ai plus rien dans mon portefeuille et que c’est pas pour moi ces trucs là. On parle un moment, il me dit qu’il est commerçant dans le coin, qu’il est joueur, que tout ça l’amuse. Le mec est marrant, il a la gouaille et un détachement par rapport à tout ça que j’admire sincèrement. Alors qu’on parle on aperçoit le tourne la soucoupe et elle désespérément noire. Le choc que me procure cette sinistre déconvenue est assez inimaginable. Bouché bée, au milieu de la rue, avec mes sacs Tati contenant des pantoufles et surtout un balai encombrant et ridicule, j’ai l’impression que tout ça n’est pas vraiment réel, que je rêve. Une espèce de rage terrible contre moi-même se met à gronder et je ne peux décemment pas partir comme ça. Je retourne donc au distributeur où, grâce à Dieu, ma pauvreté ne me laisse retirer que 50 €. Je fais dans ma tête des calculs improbables sur la façon que je vais avoir de récupérer mon argent, la mise à mettre. Pensant me refaire j’arrive très confiant devant le croupier avec mes derniers 50 € sur lesquels je fonde absolument tout mes espoirs. Une fois de plus je laisse quelques rounds d’observation pendant lesquels mon ami quinqua perd puis gagne alternativement quelques centaines d’euros et où la jeune fille du début, l’air un peu camée mais les poches bien garnies, joue dans une exaltation extrême mais toujours avec le sourire comme si tout ça n’avait aucune importance. Et moi, pour la troisième fois, je jette mon dévolu sur une petite soucoupe noire, celle du milieu. L’espèce de tension que j’ai ressenti entre le moment où je l’ai pointé du doigt et où il l’a retourné avait quelque chose d’incroyable, c’était quasiment une question de vie ou de mort. Evidemment je perds. Point de pastille blanche. Que dalle. Je ne me vois pas dans un miroir mais je me sens d’une pâleur quasi transparente. Dans ma tête ronfle un énorme bourdonnement qui me donne l’impression de ne pas être vraiment là. Mes yeux regardent dans le vide. Je sors de ma torpeur quand une fois de plus le croupier part en courant enfilant dans sa poche sa liasse de billets dans laquelle se perde mes 190 €. Mon ami quinqua me dit de ne pas rester là, « on sait jamais« . Alors je m’insère dans la foule chaotique du trottoir et me dirige tel un zombie vers le métro. Il me dit qu’il a perdu 140 € mais qu’il s’en fout, qu’il est joueur. Ces paroles anodines me résonnent violemment dans la tête. Je le quitte un peu vaseux et m’enfonce dans le métro bondé, absent de moi-même.

 

Sans vraiment exagérer cet évènement m’a littéralement traumatisé. J’ai toujours la prétention de connaître la valeur de l’argent. Cela vient de mon éducation. Mon père m’a appris très tôt ce que représentait 10 francs, 100 francs et comment l’argent était difficile à gagner. Or je venais, en l’espace de quelques minutes, de jeter à la poubelle toute cette éthique qui m’a toujours guidée dans la gestion financière de ma vie et plus profondément dans la conception même du travail et de la valeur des choses. Je venais de me trahir moi-même et surtout de le trahir lui. Et ça m’était insupportable. Je repensais sans arrêt à ce que m’avait dit le commerçant, qu’il s’en fout, qu’il est joueur. Ce profond détachement par rapport à l’argent me fascinait et je l’enviais véritablement. Mais l’instant d’après je pensais à la vie d’un smicard qui gagne ses 1000 € par mois et dont je venais de perdre quasiment une semaine de travail pour rien et ça me mettait dans une colère sinistre.

 

Au delà du fait que je vais devoir vivre avec 190 € en moins et que mon compte a dû être renfloué par des comptes annexes que je m’étais juré de ne toucher qu’en cas de nécessité absolue, quelle ironie, c’est véritablement un conflit moral quasiment philosophique qui s’est posé à moi. J’ai réalisé à quel point l’argent était devenu impérieux dans ma vie. A quel point chaque euro, cette valeur numéraire parfaitement abstraite constituait quelque chose d’important alors qu’effectivement son abstraite valeur ne devrait en aucun cas supplanter ce qui constitue les fondements de la vie humaine. Mais j’ai passé le week-end à m’imaginer ce que j’aurais pu m’offrir avec 190 € dans un pur esprit consumériste et possessif totalement vain. En même temps je dis ça parce que j’ai la chance d’avoir un peu d’argent à côté qui a pu immédiatement boucher le trou mais je me rends compte comment l’argent nous tient tous par les couilles et c’est assez répugnant d’imaginer que dans le top 3 des aspirations des gens, « gagner beaucoup d’argent » doit monter ou descendre entre « l’amour, la famille » et « la santé ». J’aimerais bien retrouver le con qui a inventé ce concept et lui montrer jusqu’où on en est arrivé. Il paraît que tout a commencé le jour où un type a tracé un carré sur le sol pour délimiter sa propriété.

 

Alors je ne dirais pas que je suis content de cette expérience parce que putain il va falloir réparer les dégâts et faire pas mal de concessions durant les mois à venir mais je crois qu’au final elle aura été empiriquement bénéfique et formatrice. Dans tout les cas, je risque de m’en souvenir longtemps comme de l’élément fondateur de mon arrivée à Paris.

 

Il va sans dire que si mon père lit ça, il me décapite. Et j’ai dit à Gin que j’avais perdu 150 €, pas eu le courage de tout lui avouer. Si elle passe par là, qu’elle pardonne cette faiblesse un peu honteuse.

 

Bon il ne faut pas que je m’étonne si personne ne me lit, vu la longueur de mes textes… Mais bon je ne vais pas me mettre à faire des compromis ici aussi !

 

 

Enfin bref, je suis pas joueur mais je m’en fous…

L’irrésistible attirance du vide

5 novembre 2008

 

 

 

 

 

 

 

Demain je pars m’installer à Paris. Ca y’est. Ca fait quand même plusieurs années que ça me trotte dans la tête et que c’est un objectif « à long terme » et je passe enfin le pas. C’est assez étrange d’arriver à cette étape qui, il y a quelques temps, me paraissait comme définitive alors qu’aujourd’hui elle se révèle clairement comme la genèse de ma vie future et le pas introductif dans ma vie « adulte ». C’est assez horrible dit comme ça. Mais j’ai indéniablement ce sentiment que demain j’arrête d’être ce jeune homme tranquille qui prend le temps de vivre. Que demain commence le combat, celui qui décidera de ma vie ou de ma mort artistiquement parlant. J’ai donc peur. Car l’échec n’est pas envisageable. Mais il est potentiel. Je garde espoir comme toujours car sinon j’arrêterais tout mais la peur m’étreint et je commence à ressentir l’étrange présence du temps courant derrière moi et me caressant les talons. Je ne vais pas me relancer dans la description vaine et sentencieuse des mes aspirations cinématographiques et de leurs fondamentales nécessités dans ma vie, cependant je constate chaque jour plus leurs impérieuses manifestations hurlant pour sortir de mon être. Ne pas les accomplir, leur donner leur pleine expansion hors de leurs concepts serait un crime éthique contre moi-même. Hors je suis le premier à savoir que cela ne dépend pas (uniquement) de moi.

Pour les proches l’au revoir n’est que temporaire et enjoué. La petitesse de mon futur logement prête à sourire et de toute façon on se reverra à Noël. Pour moi c’est tout autre chose, ces au revoir ferme la porte de mon adolescence, de ma jeunesse, de mon insouciance. Ils sont les éléments conclusifs de toute une partie de ma vie. Dorénavant plus rien ne sera pareil. J’avais l’habitude d’avoir plutôt confiance en moi. Dernièrement j’ai semble-t-il un peu perdu de ma superbe et de mon assurance. Or c’est maintenant que je vais en avoir le plus besoin. Bad timing.

Tout n’est pas perdu, mon père m’a acheté un pâté en croûte et un saucisson brioché. Et puis je commence une orgie de cinéma dans deux jours donc je ne me plains pas. Je vais sûrement faire le boulimique durant quelques semaines et aller voir tout ce qui sort ou presque tellement j’ai cette pulsion (mon éternel et déchirant dilemme entre cinéphile et cinéaste) de voir et de découvrir de nouvelles choses.

J’ai pas fini le scénar que je voulais finir avant de repartir. A vrai dire je l’ai à peine commencé… Mais les idées sont là donc ça devrait venir rapidement.

 

 

Gin me manque énormément. Parfois j’ai juste envie de la rendre heureuse. De travailler n’importe où pour lui offrir la vie dont elle a toujours rêvé. De la voir sourire chaque matin, chaque midi, chaque soir. Elle est sans doute là la vraie réussite.

 

 

See you in Paris.

L’émotion, la note, la lettre, l’image, la larme

24 octobre 2008

Je suis en plein processus créatif. Ca peut paraître prétentieux car cela suppose que je suis un artiste et que ça implique que j’ai des périodes de « processus créatifs » mais c’est pourtant vrai. Une autre petite bulle vient d’éclater dans ma tête éclaboussant mon cerveau de pleins de gouttelettes d’idées qu’il me faut saisir le plus vite possible pour ne pas qu’elles soient absorbés par mon inconscient et qu’elles disparaissent. Il me faut les prendre une à une et les remettre en ordre, les organiser, les clarifier, leur donner une cohérence globale et surtout une cohérence émotionnelle. Que le scénario qui sorte de cette intense poussée de sève créatrice ait une ligne émotionnelle claire et identifiable qui permette de construire par-dessus. Cette ligne se doit d’être le tempo du film en devenir. Et si le tempo se dérègle tout s’écroule. Ce tempo c’est pour moi, et appliqué à ma manière de concevoir le cinéma, une émotion. Un ressenti profond qui traverse un film de part en part. Un mood unique. C’est ce que j’essaie d’atteindre.

 

Je réalise également aujourd’hui à quel point ma création est lié à la musique. J’avais toujours eu ce sentiment là mais c’était plus vague, plus incertain. Je me rends compte maintenant que c’est beaucoup plus enraciné en moi que je ne le croyais. Chaque film aura eu ses chansons. Les chansons qui l’ont bercé et qui l’ont vu naître. Parce que lorsque je suis en train d’écrire un film, je peux écouter diverses chansons mais inconsciemment je vais en rejouer plusieurs d’entre elles un nombre incalculables de fois. Et je viens de comprendre que ces chansons en particulier portent en elles ce tempo, ce mood que je veux imprimer au film. Et ces chansons finissent par littéralement m’obséder car je pressens de manière inconsciente qu’en elles se situe la solution du scénario. Alors je les réécoute et les réécoute encore et encore en essayant de les décortiquer, d’en extraire la substantifique moelle propice à me donner le secret qui me permettra de toucher à ma propre essence intérieur d’où je pourrais véritablement donner à ce futur film tout ce que je suis et que je représente. C’est là, précisément là que la création cesse d’être une construction mentale, intellectuelle et cérébrale pour venir chercher sa source dans la poitrine et de descendre vers les tripes et puis vers les couilles. Je sais que de là et uniquement de ces parties de mon anatomie que ne pourra jaillir le plus conforme à ce que je désire. Il me faut parvenir à cette éjaculation intérieure où après être venue se loger dans les testicules, ce germe de la création explose et remonte vers le plexus solaire pour venir irradier le corps entier et venir me donner la clef de cet acte créatif, sa définitive finalité. Et la musique est la nourriture, au sens premier du terme, de tout ça. En l’occurence dans mon assiette en ce moment il y a cette chanson n°4 de la BO de Matrixque j’ai découvert recemment. Un morceau au piano absolument sublime qui m’est apparu inopinément et qui depuis ne cesse de tourner dans ma tête, se heurtant au paroi de mon crâne.

 

J’ai comme le besoin d’être en transe. J’ai cette sensation de stress qui s’empare de moi alors que j’écoute cette même chanson indéfiniment. En moi tout s’accélère et un tremblement intérieur sourd s’élève progressivement. Mais il arrive à une limite qui me laisse hautement insatisfait. J’ai besoin de briser cette barrière, d’exploser, que ce tremblement sourd s’empare de mon corps tout entier et le fasse vibrer avec toute la violence qui lui sera nécessaire.

 

Mais pour l’instant la seule transe est dans mes doigts qui tapent sans discontinuer cette confuse description d’un sentiment difficile à cerner. Toujours est-il que j’aime ce nouveau projet, que j’y crois beaucoup (ça me semble financièrement beaucoup plus viable que tout ce que j’avais pu écrire jusqu’à présent et en particulier mon projet de western métafilmique) et que je veux que ce soit sublime (comme toujours en fait). J’espère avoir fini une première ébauche de scénario avant de repartir à Paris.

 

Tout à l’heure arrive Gin. Je prépare mentalement son arrivée depuis une semaine. J’ai hâte. Je me sens comme lorsque l’on ne se voyait que quelques semaines par an alors que je viens de vivre plus de deux ans avec elle. J’ai cette petite démangeaison à l’intérieur du corps.  C’est étrange. Mais agréable.

 

Hier matin je me suis acheté une pâte rose fluo qui ressemble à un liquide épais qui en fait de couler reste en un seul et même morceau. C’est parfaitement inutile mais parfaitement jouissif. Ca ira bien avec mon sein géant anti-stress…

How GTA saved my life…

21 octobre 2008

Nous y voilà, de retour dans l’étable qui m’a vu naître. Rien n’a changé, rien ne change jamais vraiment ici. Il y aura toujours une base unique et immuable qui me fera sentir chez moi, à l’aise comme dans une espèce de douce couverture chauffante. On emploie souvent le terme de cocon pour parler de la maison familiale. Cette métaphore élevée au range de poncif est pourtant suffisamment riche dans sa polysémie. Tout d’abord on parle de cocon pour symboliser la prise d’indépendance lorsqu’on décide de le quitter. Le cocon étant cet environnement protégé où l’on a grandi et qui au seuil de l’âge adulte nous enjoint à le quitter pour aller vivre notre vie, hors de la protection de ses murs. Deuxièmement le cocon a le sens physique de la gestation. Le cocon est cet espace où le corps est nourri, choyé, imbibé de liquide amniotique par la mère et par extension par les parents dont la responsabilité de notre intégrité et notre vie leur incombent totalement. Je vois donc dans cette métaphore l’émancipation sociale associée à la relation intime et inhérente entre une progéniture et ses créateurs.

 

Si pour beaucoup quitter le cocon s’avère un acte ferme et définitif, il s’avère pour moi beaucoup plus flou. J’ai d’abord quitté le cocon quand j’ai commencé l’université où il a fallu que je prenne un appartement. Mais ce n’était que temporaire et, j’ai envie de dire, pas totalement volontaire. De fait, je rentrais tout les week-ends, toutes les vacances, je téléphonais souvent (il faut dire que j’avais une petite amie proche de ce cocon, ce qui rendait la chose encore plus compliquée). Ces appartements que je louais durant ces trois premières années de fac n’étaient que des chambres dans lesquelles je ne faisais que passer dormir et regarder des films. D’ailleurs je n’y invitais presque personne et je vivais dans une solitude quasi-religieuse. Je ne m’y installais pas. La première vraie tentative de déroger à cet immuable mouvement du cocon à l’université à été lorsque je décidais de rester un été entier à Lyon (ville de mes études) pour y travailler au lieu de revenir chez mes parents où, objectivement, j’avais moins de chance de trouver du travail. J’y passais les meilleurs deux mois de ma vie (à l’époque). Parce que pour la première fois, je me sentais parfaitement indépendant. Comme si le travail, à la différence des études, m’apportait une véritable attache à mon lieu de vie et me donnait la sensation d’être légitime hors de chez moi. Je profitais vraiment de mes moments libres. Je fumais un peu après le travail, faisait du sport, regardait des films, allait au ciné, à la bibliothèque. Je vivais dans cette même solitude que je chéris tant mais j’y trouvais une plénitude totale (le récent célibat qui m’étreignait n’y était sans doute pas étranger).

 

Puis il y eu cette année Erasmus en Angleterre où tout les repaires se trouvent brouillés. J’étais si loin du cocon que finalement je m’en sentais plus proche. Et puis c’est une année où j’ai vécu avec cette incroyable sensation de parenthèse, comme si ma vie s’était littéralement stoppée pour quelques mois avant de reprendre son cours normale. Je me rends compte avec le recul combien j’avais tort et combien j’ai évolué et me suis enrichi durant cette année (j’y ai ramené le plus beau de tout les trésors, ma Gin adorée) mais du point de vue de l’indépendance, il y avait quelque chose de puéril, comme l’insouciance d’une longue colonie de vacances.

 

Ensuite il y a eu cette période où Gin est venu vivre avec moi. Et là ce fut les meilleurs moments de ma vie. Que ce soit notre année à Lyon, puis notre année en Espagne. Enfin j’avais un chez moi et enfin le cocon familial n’était plus qu’un lieu où l’on vient rendre visite à ceux qui y sont resté mais qui ne porte plus en lui cette nécessité de retour. On pourrait dire à me lire que ma mère a été remplacée par ma femme mais même s’il y a certainement un peu de vrai là-dedans je pense que c’est beaucoup plus profond et plus riche que cela. J’avais à coeur de créer pour Gin et moi un univers à part entière. De nous isoler du monde en nous confectionnant notre propre cocon dans lequel nous pourrions nous y épanouir clairement (car pour avoir essayer son cocon – ses parents à Cadix- et mon cocon – mes parents à St Blaise-, il était évident que nous ne pouvions y déployer nos ailes). Et je crois que nous avons vraiment profondément réussi. Et c’est d’ailleurs à partir de là que mes relations avec le cocon d’origine se sont améliorés car je prenais du recul par rapport à lui et arriver à l’envisager sans l’incidence trop profonde de mes propres sentiments.

 

Et là à quelques moi d’intervalles les choses ont changé. Je suis venu il y a quelques temps seul, pour terminer mon film que je n’arrivais pas à finir depuis l’Espagne. J’ai passé 5 semaines ici, à Saint Blaise du Buis, sans Gin. C’est d’autant plus déstabilisant que je n’avais pas de travail, hormis mon film où je dépendais de tout les intervenants et donc pour lequel je ne travaillais que très irrégulièrement (ce qui explique les 5 semaines). Je me suis donc retrouvé comme pendant mes vacances scolaires, à être là, sans rien avoir à faire, à 25 ans. J’ai donc subi une espèce de régression violente assez particulière et déstabilisante où j’étais partagé entre un sentiment de privilège (putain j’ai la vie d’un gosse de 10 ans) et un sentiment terrible de stagnation régressive et abrutissante.

 

Aujourd’hui je dois revenir pour trois nouvelles semaines à l’image des précédentes. Une semaine s’intercalera avec Gin au milieu mais le reste n’est que stagnation dans ce décors de campagne parfois horriblement immobile. A peine arrivé, je suis déjà tombé malade comme une vengeance de cet environnement que j’ai quitté brutalement et où je reviens par défaut. La sensation est étrange. Je regarde autour de moi et les gens commencent à avoir des vies organisées. La mienne j’ai parfois l’impression qu’elle ne ressemble à rien. Qu’elle n’a pas de ligne directrice, de squelette cohérent. J’hésite entre me sentir privilégié et me sentir déprimé. Enfin bref. Me voilà là, face à cet ordinateur ancestral utilisant un Internet ultra bas débit (26,4 kbits/s) à côté d’une fenêtre qui me laisse entrevoir un décors que je connais par coeur et qui me réconforte en même temps qu’il m’horrifie mais dont je ne peux nier la beauté. Me voilà trop grand pour le cocon, mes pieds dépassant du bord et mes grands membres maladroits ayant du mal à s’y mouvoir.

 

Depuis la fenêtre de ma chambre

 

Heureusement je me suis acheté un vieux GTA qui va m’aider à passer rapidement de longues heures de rien. Et puis je dois écrire. J’ai un nouveau projet de court-métrage qui me trotte dans la tête et je dois mettre tout ça à plat.

 

 

La délivrance…

16 octobre 2008

Voilà ça y est, j’ai un appartement à Paris. Enfin j’ai potentiellement un appartement à Paris. Rien n’est signé et tout va être compliqué mais bon je peux arrêter net cette routine de se lever, éplucher toutes les annonces du net pour aller courir aux quatre coins de la ville visiter des chambres miteuses et autres studios moisis… Donc je suis virtuellement content.

 

Mais il va falloir que j’attende le 10 novembre pour emménager. Je vais donc devoir retourner chez mes parents trois semaines pour… attendre. Je le vois avec une certaine horreur teinté il faut bien le reconnaître d’une forme de contentement inavoué de retrouver le confort doux et chaleureux du foyer familial. Mais bon je vais certainement m’y emmerder comme jamais. Je vais écrire. Je me le promets. Je n’aurais rien d’autre à faire.

 

La deuxième mauvaise nouvelle est que les vacances de Gin vont devoir se faire chez mes parents. Au revoir semaine ultra romantique et passionnée et bonjour l’embrassement de la routine familiale tue l’amour avec ses à table, la douche qu’il ne faut pas prendre trop tard pour ne pas déranger mon père et cette impossibilité de traîner au lit au delà de 10 heures parce qu’on est pas à l’hôtel et qu’il faut donner l’impression d’être occupé… Enfin bref on arrivera à trouver nos moments, on s’échappera aussi souvent que possible mais ça ne sera pas pareil. Tant pis, j’aurais essayé. Je me sens coupable tout en sachant que ce n’est pas (véritablement) ma faute.

 

Par contre durant sa semaine de vacances il va falloir que je revienne à Paris pour signer le putain de bail, qu’on ne peut pas signer le jour où elle me remets les clefs. Donc le 30 octobre il va falloir que l’on se tape deux fois 5 heures de voiture juste pour signer ce putain de papier. Et la grosse conne de l’agence, alors que je lui demande si on ne peut pas tout faire le 10 Novembre, de me dire « on s’est beaucoup battu pour votre dossier alors c’est à vous de voir, si vous êtes trop difficile on ira voir ailleurs« . Comme si ils me en une fleur en me laissant le droit de payer pour leur appartement pourri. Tout ça me dégoute pas mal à vrai dire mais bon, je fais avec. Ca me fait juste chier de savoir que cet aller-retour va certainement me coûter 150 € et que l’argent en ce moment c’est pas ça donc j’aurais préféré faire sans.

 

Voilà pour le récit détaillé et inintéressant de mes pérégrinations parisiennes. Je repars demain soir avec Cyriaque que je dépose à Lyon. Donc me voilà avec deux jours pour glander et profiter de ce Paris qui n’est pas encore tout à fait mien.

 

Le prochain message sera certainement en live from Saint Blaise du Buis.

Jusqu’ici rien ne va bien…

15 octobre 2008

Attention article de style Burroughsien qui ne suit aucune logique si ce n’est celle du fil de ma pensée immédiate : 

Cela fait presque dix jours que j’ai écrit le dernier article du blog et je n’ai rien écrit depuis car ma vie est étrangement la même depuis que je suis arrivé ici, à Paris. Je passe mes journées à chercher un appartement. A essayer de justifier mon droit légitime de vivre dans cette ville alors que ma situation personnelle apparaît insuffisante (sans emploi, un garant ne gagnant pas assez…) pour répondre aux exigences de standing appliquées ici. Bref rien d’intéressant. Au moment où j’écris ces lignes j’attends la réponse de deux appartements différents qui doivent simplement valider mon dossier, c’est-à-dire considérer que je ne leur ferais pas faux bond au moment de payer mon loyer. Le plus rageant de l’histoire est de savoir que jamais, au grand jamais, je n’aurais un seul retard de loyer (je sais qu’en cas de coup dur mon père pourra m’aider) mais qu’eux n’en sont pas convaincus. Le pire a été cet homme qui, hier, me dit qu’il va essayer « de faire une entorse à ses règles pour faire passer mon dossier en force », comme si il me faisait une fleur. Ce sentiment d’insuffisance sociale est assez avilissant et répugnant.

Mais je suis quelqu‘un de plutôt optimiste (qualité que je me découvre de plus en plus alors que je me suis toujours autocaricaturé comme un artiste engoncé dans sa mélancolie dépressive) et je ne perds pas espoir de trouver un appartement, un boulot et de réussir à faire les films dont je rêve. Sans ça, je repars tout de suite chez mes parents. Et puis je ne peux pas me plaindre. Logé chez un pote qui ne me met aucune pression pour que je parte, je ne me sens pas chaque matin le couteau sous la gorge.

J’en ai d’ailleurs profité pour profiter de la richesse de cinéma que peut offrir Paris et je dois dire que je suis totalement impressionné. Car en plus d’avoir à disposition absolument tout ce qui sort, les reprises et des films sortis il y a plusieurs mois, tout est accessible avec la sacro-sainte carte UGC illimité MK2. Car la liste des cinémas indépendants partenaires de la carte est impressionnante et finalement pour à peine 20 € par mois un parisien peut voir absolument TOUT ce qu‘il veut. En plus je suis tombé amoureux du quartier de Saint Michel, vers la Sorbonne où il y a pas mal de cinéma. Ma seule frustration vient de la maigreur des sorties actuelles. J’ai trop vu de films à Cannes qui sortent en ce moment alors je n’ai plus grand chose à voir… Et oui c’est un grand drame de ma vie.

Un autre grand drame, pour revenir à cette histoire d’appartement et que Gin à 10 jours de vacances à compter du 24 octobre et que je ne peux l’assurer d’avoir un appartement à cette date là. Dans le cas où je n’ai toujours pas de logement ici, il va falloir que l’on se retrouve chez mes parents et comment dire… ça va me faire horriblement chier et elle encore plus. J’adore mes parents mais ce n’est pas chez eux que je rêve de la rencontre romantique et passionnée avec mon amour que j’aurais quitté un mois auparavant. Donc ça me pose un véritable problème. Si j’échoue je sais que je vais me sentir coupable de ne pas avoir su préparer pour nous deux une rencontre intime et fusionnelle qui n’appartiendrait qu‘à nous. Pourtant elle ne m’en voudra pas, elle connait la situation mais ma fierté d’homme amoureux voulant tout faire pour rendre heureuse sa femme en prendra un coup dans l’aile. Nous verrons bien. Ce soir je devrais avoir des réponses.

Sinon j’ai de plus en plus envie de films. D’écrire, de réaliser, tout ça me manque. J’ai besoin d’être en mode créatif pour me sentir bien et utile. Cette vie décousue et sans attache me laisse totalement insatisfait. Dès que j’ai un appart et que je me pose, j’écris et je me bouge.

Je repense à mon survival que j’ai envie d’avancer. Quand je vois des demi-merdes comme Eden Lake je me dis qu‘apporter quelque chose de neuf dans le survival est possible et que je tiens quelque chose d’assez inédit. Je veux vraiment aller au bout de ce projet. Au moins au bout du scénario.

Enfin bref je m’égare. J’ai trop de choses dans la tête. J’espère ce soir avoir un endroit où stocker tout ça, parce que cette absence de foyer me donne le sentiment d’avoir une vie bordélique et sans cohérence, chose que je ne supporte absolument pas, grand maniaque que je suis.

Je risque de repasser demain, joyeux ou déprimé selon la réponse des deux agences dont j’attends les appels avec une impatience de damné.

Dilemme de bourgeois

7 octobre 2008

Voilà aujourd’hui j’ai eu l’opportunité de mettre fin à cette recherche d’un logement à plein-temps. Une gentille agent immobilier m’a dit que si j’étais intéréssé par l’appartement que l’on était en train de visiter, elle pouvait me le réserver et faire passer mon dossier au propriétaire qui, sans doute, vu que mes parents sont garants, serait d’accord. Malheureusement j’ai eu la connerie énorme de lui dire que j’attendais des réponses pour d’autres appartements qui me plaisaient plus et qui sont moins chers. Réponses que j’aurais demain. Donc j’aurais très bien pu réserver celui là en attendant d’avoir les autres réponses (qui sont très certainement négatives) mais non il faut croire que je suis trop con. Et mon pauvre Cyriaque va devoir me supporter encore quelques jours je pense…

 

J’ai trouvé cette situation paradoxale car moi qui me proclame à moi-même depuis le début « tu prendras ce que tu trouves » (dans le cadre de certaines limites que je me suis fixé) me voilà, faisant mon difficile entre trois appartements. Il est vrai qu’hier j’en ai visité deux qui m’ont fort plu dans leur disposition et leur aménagement dont un intégralement en bois, ressemblant à la cabine d’un bateau avec un lit en mezzanine qui me paraît assez génial et d’un prix très modique. Enfin bref aujourd’hui j’avais dans mes mains la clef de toute cette situation mais j’ai préféré avoir des ambitions quitte à me retrouver demain sans plus aucun espoir et à devoir tout recommencer. J’ai passé tout le chemin du retour à subir l’engueulade musclée entre les deux hémisphères de ma personne. L’hémisphère pratique qui me disait de rappeler l’agent immédiatement pour lui dire que je réservais ce dernier appartement au demeurant très bien et l’autre hémisphère, plus bobo, me disant d’attendre la réponse des deux autres avec un espoir ténu et fébrile.

 

Bref, je me rends compte que je ne me connais pas si bien et que mes certitudes d’hier deviennent mes doutes d’aujourd’hui.  Je ne sais pas ce que je veux, si ce n’est que je veux le meilleur.

Le cinéma permanent de la réalité

6 octobre 2008

J’ai eu l’occasion de passer cette dernière semaine une bonne partie de mon temps dans le métro parisien. Ayant décidé d’y mettre à profit mon temps et de lire plutôt que de rester le regard dans le vague durant le trajet j’ai pris le seul livre que j’ai à ma disposition à Paris, une étude forte intéréssante mais quelque peu fastidieuse sur les marginaux parisiens du XIVème et du XVème Siècle. C’est que le sujet me passionne et tout les détails de cette vie de bohème au coeur du Moyen-Age me remplit d’une mythologie assez superbe. J’aimerais faire un film très réaliste, presque vériste à la Le Petit Voleur le chef-d’oeuvre d’Eric Zonca où l’on suit une petite frappe s’initier aux choses de la truanderie et de la marginalité mais de le transposer au Moyen-Age. Il y aurait moyen de faire quelque chose de tendu, de poisseux et de beau en même temps. Voilà un projet de plus qui s’aligne à la fin de la queue des innombrables projets dont je rêve. Mais voilà l’ouvrage en question du bien nommé Bronislaw Geremek finissait par me fatiguer. Le métro n’étant certainement pas l’endroit le plus indiqué pour pouvoir tirer le meilleur parti d’un essai historique de la sorte. Alors depuis quelques jours j’ai peu à peu levé les yeux des pages du livre pour regarder les gens. Depuis toujours les gens m’ont passionné mais je suppose que la situation particulière qui est actuellement la mienne (je loge chez un ami dans l’attente de trouver un appartement, activité qui m’occupe à plein temps depuis une semaine) m’en ont fait me détourner et au contraire développer une forme de mysanthropie générale dans cette ville qui semble ne pas trop vouloir de moi. Cependant depuis que j’abandonne les forfaits de mes brigands moyennageux ils m’aparaissent de nouveau porteur d’une richesse et d’une beauté incroyable. J’aime à observer comment chacun s’enferme dans son fort intérieur pour au mieux passer ce trajet qui n’est que du temps offert au quotidien. Comment certains croisent les bras sur leurs poitrines, ou d’autres se contentent de regarder dans le vague. Comment certains passent trente minutes à triturer leur portable. Ceux qui lisent. Ceux qui font des sudoku. Ceux qui lisent mais finalement ils s’avèrent les spécimens les moins intéréssants. Dans ces cas là je fais tout pour savoir ce qu’ils lisent pour savoir si ce que j’avais imaginé qu’ils pourraient lire (genre de littérature) en fonction de leurs tenues vestimentaires était correct (la plupart du temps je me suis planté).

 

Et donc là dans cet enchevêtrement improbable d’êtres humains qui sont en mouvance permanence s’organise quelque chose d’assez fascinant. Comme si de tout ces destins individuels que je croise l’espace de cinq minutes finissait par faire sens ensemble et ressembler à quelque chose de cohérent, une toile, un réseau d’humanité qui apparaît non pas comme une accumulation, un empilage mais comme un tout. Un flux unique et ininterrompue de vie, qui défile devant moi. Comme un film sans début ni fin. Et me penser faire partie du film que regarde ma voisine où la personne en face de moi me donne un sentiment de privilège et d’une certaine manière la sensation d’appartenance à un groupe. Bref j’y trouve les meilleurs moments de réconforts de cette vie assez morne entre des appartements vides qui seront potentiellement mes lieux de vie mais qui ne le deviennent jamais.

 

L’Andalousie me manque plus que tout. Les odeurs, les gens, les sons, l’espagnol, le climat et surtout cette atmosphère, cette légérté qui m’envahissait à chaque fois que je sortais dans la rue. Sensation que je n’ai jamais ressenti ailleurs. J’y vois ni plus ni moins qu’une certaine essence de la vie. Et m’en éloigner délibérement me fait plus mal que je ne l’imaginais. J’aime trop cette terre, elle est en moi dans mon sang. Dans ce qui m’unit à une fille de là-bas, ma gaditana chérie qui porte sur elle, en elle ce bien-être andalou.

 

Te hecho de menos tierra de mi sangre. Volveré a ti  cuando la vida me habra dado todo lo que necesito para ser feliz. Y vendré a morir bajo de tu sol que me quemarà el alma.

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