Handicapé du clavier

16 décembre 2008

Je sors d’un week-end je dois le reconnaître bien morose dont le point d’orgue aura été ce renversage dantesque d’un verre de boisson citronnée Leader Price sur mon beau clavier ergonomique Microsoft samedi soir à 1h du matin. Suite à un nettoyage sommaire, le clavier s’est averé totalement foutu, la moitié des touches ne répondant pas. Ce fut là une terrible tragédie. Premièrement car j’adore ce clavier, qu’il est ultra agréable à utiliser et que mes doigts étaient littéralement faits pour ses touches et deuxièmement parce que sans clavier on ne peut plus utiliser un ordinateur correctement. Impossible de taper une adresse, une recherche google, impossible de travailler (au moins j’ai une bonne excuse)… Donc hier matin, lundi, je me rends à la Fnac acheter un nouveau speciment forcément basique et incapable d’égaler l’érgonomie et la puissance de mon feu Microsoft. Je trouve mon « bonheur » pour 15 € et rentre chez moi content de mon achat et soulagé de pouvoir de nouveau être autonome (cette dépendance à l’informatique m’a d’ailleurs quelque peu effrayée). Et là je déballe le paquet et crac ! le clavier est cassé. Très agréable découverte qui me poussera à retourner au magasin poireauter trois quarts d’heure à leur SAV encombré pour qu’on me change (avec un petit rechignement) mon clavier. En pleine période de Noël c’est toujours agréable d’aller s’engouffrer dans un centre commercial hyper bondé… Enfin bref me voilà de nouveau operationnel.

Cette anecdote assez pitoyable sur l’état de mon matérialisme occidental primaire fut confronté de plein fouet par un bénévole de Handicap International qui m’a intercepté dans la rue pour me proposer de devenir donneur régulier. Après avoir déballé mes banalités déconcertantes sur ma situation financière « je travaille à mi-temps, je touche les assedics… » j’ai pris de mon temps pour l’écouter. Et j’ai réalisé à quel point tout ça, toutes les préoccupations que l’on peut avoir dans nos vies confortables se heurtent honteusement aux horreurs de ce monde. Aux bombes à sous-munitions qui jalonnent les champs du Vietnam et que les enfants prennent pour des citrons, à la poliomyélite qui, sans vaccin, entraîne encore des milliers d’amputation et de paraplégies, au Sida mal soigné et qui se répand plus vite que l’on n’ose l’imaginer… Enfin bref, ailleurs il y a des gens qui se battent pour survivre et d’autres gens qui se battent pour les aider à survivre et moi je suis obnubilé par un clavier d’ordinateur. Bon je vis dans la société qui m’a elevé, je suppose que ce n’est pas véritablement de ma faute mais j’ai honte quand même. Alors je me suis engagé à devenir donneur régulier. Non pas pour apaiser ma conscience vraiment pas. Ce serait le summum de l’indignité mais au contraire pour lancer vers eux, ces Hommes qui souffrent un grain de sable qui j’espère pourra aider un peu.

Voilà la seule chose positive que je retire de tout ça. J’ai mon nouveau clavier et je suis en colère parce qu’il m’est impossible de configurer la touche « courrier » pour arriver directement sur Hotmail. Tout est à sa place. Dans une hiérarchisation des problèmes de vie totalement incohérente et effrayante. Mais c’est ainsi, il faut s’y faire ou partir en Afrique, en Asie ou en Inde et mettre sa vie en jeu au service des autres et pas uniquement quelques euros dérisoires. Mais je n’en suis pas là et n’y serait probablement jamais même si ça me désole et m’attriste.

A part ça, presque une semaine après la note d’intention et le synopsis ne sont toujours pas « définitif ». Je n’arrête pas d’effacer, de recommencer, de rajouter, de me perdre etc… Je ne sais pas très bien si ce que j’écris fait sens ou pas et surtout si c’est vendeur pour le scénario. Les quelques mois à venir nous le dirons je pense.

Dernière petite chose, Entre la Lune et le Soleil a été sélectionné au Festival de Valloire en catégorie Off (juste une projo quoi). Rien de bien transcendant mais ça fait toujours plaisir. En outre il sera diffusé dans un bar de Paris en Janvier.

Et last but not least, Gin arrive dans deux jours !

Le synopsis de la note d’intention

10 décembre 2008

Gin n’a pas tari d’éloges sur mon scénario ce qui, m’a ostensiblement redonné confiance dans le projet. Non pas que je l’avais perdu mais je crois que j’ai toujours besoin d’un support extérieur pour pouvoir m’assurer que je ne fais pas fausse route. Bon Gin n’est pas forcément la plus partiale des lectrices mais je connais sa sincérité donc je suis rassuré. J’ai également envoyé le scénario à un producteur potentiel mais de ce côté-là, je n’ai toujours aucune réponse.

 

Maintenant viens le moment le plus horrible du processus. Vendre son projet. Tout d’abord il faut écrire un synopsis et une note d’intention qui donne aux décideurs l’envie de lire le scénario. Et écrire ces deux petites choses (d’environ une page chacun) est un calvaire assez terrible. Car ce sont des textes absolument vitaux à l’existence du film (Ce qui est assez ironique puisqu’une fois le film engagé ces textes n’ont plus vraiment d’utilité). Sur la qualité de ces textes, on aura la chance d’être lu et peut-être d’avoir un rendez-vous et si on se met à rêver, d’avoir un contrat. Ce sont des échelons qu’il faut gravir un à un avec une sélection naturelle qui s’opère à chaque étape. Un peu comme la star ac’. Et ces textes sont la première étape, la prise de contact. Si on échoue là, rien n’est possible.

 

Alors il faut choisir chaque mot avec un soin tout particulier. Construire des phrases harmonieuses et sensées. Ne pas trop en faire mais en même temps ne pas être trop sommaire. La note d’intention doit expliquer le processus de création qui a mené à se scénario et le processus de création qui va porter le scénario en film. Il faut donc parvenir à justifier cette volonté de cinéma avec des mots. Cela ne peut pas venir des tripes, il faut que ça vienne du cerveau. J’ai un peu du mal à commencer, j’écris des choses qui me paraissent mauvaises ou mal dites, j’efface, je recommence. J’écris un paragraphe qui me semble ridicule. J’efface encore. Je recommence plus intelligemment. Mais je me perds et au bout de deux phrases me retrouve dans l’impasse de ne plus savoir quoi dire.

 

Enfin bref. C’est un exercice bien désagréable et pourtant inhérent à toute démarche cinématographique. Espérons que je parvienne à quelque chose de correct. J’aimerais que ce soit beau et touchant comme l’est le scénario (enfin pour moi). Mais c’est pas gagné.

Je mate ma voisine…

5 décembre 2008

 

 

 

 

Lorsque j’ai visité l’appartement dans lequel je suis actuellement nous étions deux. Et ça tombait bien puisqu’il y avait deux appartements identiques, côte à côte à louer. J’ai un peu discuté avec ma future voisine qui m’a dit être dessinatrice et avoir un contrat avec une maison d’édition pour une BD. J’étais assez impressionné, lui disant sans me démonter que j’étais réalisateur et que je cherchais un contrat avec une maison de production… Nous nous quittâmes ce jour là et depuis je n’ai plus eu aucun contact avec elle. Je n’étais même pas sûr qu’elle ait emménagée à côté tellement c’est toujours extrêmement silencieux. Or depuis quelques jours je me suis aperçu d’une chose. A chaque fois que je vais dans ma salle de bain, je peux voir par ma fenêtre le reflet de sa fenêtre dans la baie vitrée d’en face. Et à chaque fois je vois la même chose. Une petite lampe est posée sur un bureau et je vois sa tête penchée. Elle dessine. Et le plus terrible c’est que je la vois dessiner du matin jusqu’au soir. Que je rentre dans ma salle de bain à 9h ou à 17h c’est pareil. Quand un moment je ne vois plus la petite lampe allumée j’ai comme un soulagement intérieur indescriptible. Car la voir travailler à son art avec tellement de constance et de labeur me renvoie à ma propre inactivité et me plonge dans des abîmes de culpabilité. Encore une fois je ressasse la même chose mais c’est assez saisissant de voir comment la confrontation avec un autre artiste (terme générique) peut me miner le moral. Quelque part cela peut me pousser à travailler et à me dépasser mais sitôt que cette idée germe dans mon esprit, je suis affligé par ma propre logique de compétition. Tout ça pour dire à quel point ma névrose me poursuit jusque dans un reflet indistinct sur une baie vitrée. C’est une image qui me rappelle ce magnifique poème de Baudelaire, Les fenêtres. Une de mes sources d’inspiration pour le scénario que je suis en train d’écrire. Une des petites choses les plus belle qui soit. Je m’y reconnais tellement là-dedans que c’en est troublant. Je vous le livre juste en dessous.

Allez let’s cut the crap and go back to work !

Charles Baudelaire, Les fenêtres in Le Spleen de Paris :
« Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.
Par-delà des vagues de toits, j’aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.
Si c’eût été un pauvre vieux homme, j’aurais refait la sienne tout aussi aisément.
Et je me couche, fier d’avoir vécu et souffert dans d’autres que moi-même.
Peut-être me direz-vous: « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie? » Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis? »

 

L’ironie de la pluie

4 décembre 2008

Je me suis levé ce matin avec la motivation nécessaire pour prendre mon petit-déjeuner, sortir et aller courir aux Buttes-Chaumont. A mon avis, une telle décision est assez courageuse et j’en étais le premier fier et orgueilleux. Or il m’a suffit de tirer mon rideau pour que toute cette belle petite entreprise qui, c’était certain, allait donner à cette journée la parfaite matière constitutive, pour me faire couper dans mon élan par une grosse claque du destin. Il pleut. Tout simplement. Et s’il pleut je ne peux pas courir. Techniquement si, je pourrais courir mais déjà que je me force car c’est loin d’être une activité que j’apprécie alors si en plus je dois la pratiquer mouillé et frigorifié non merci. Donc me voilà là, comme un con, avec mes vêtements de sport au milieu de mon appartement à ne plus savoir que faire.

 

Je viens donc écrire ici cette tragédie terrible qui va certainement avoir des conséquences dramatiques sur cette journée. Il est incroyable de voir à quel point lorsque l’on a tout son temps il est beaucoup plus facile de le perdre par manque de volonté organisationnelle que lorsque l’on travaille où la valeur du temps libre force immédiatement à l’action. Bref je ressasse toujours un peu les mêmes obsessions et cette même culpabilité face à mon inactivité latente et ma difficulté à rester concentré plus de trente minutes. J’ai souvent en tête l’image d’une pièce carré en béton avec une table et une chaise. Un espèce de cachot dans lequel on me jetterais huit heures par jour et qui me forcerait à travailler faute d’autres choses à faire. La première fois que j’ai eu cette image c’était au lycée. C’est dire si j’ai toujours les mêmes préoccupations. Je crois qu’il faut que je m’y fasse et que j’accepte ce que je suis au lieu de me blâmer en permanence ce qui finit par s’avérer totalement contre-productif. Mais je suis dur avec moi-même et je crois que je le serais toujours. C’est un moyen pour moi de garder un certain contrôle de ce que je suis. Il y a le Greg laborieux et combatif et le Greg passif et mou que je déteste infiniment parfois.

 

Mais tant que le premier gagne sur le second ça va, j’ai encore de l’estime pour moi. Enfin bref. Il pleut toujours. Je vais essayer de travailler. Essayer. Travailler. La lutte entre les deux parties de moi-même s’engage. J’ignore encore laquelle va gagner.

Tell me what. I don’t like mondays

2 décembre 2008

La caricature parfaite de la scène d’ouverture d’un film sur un loser qui se lève un lundi matin avec toutes les emmerdes du monde. Je me suis fait réveiller par la vibration de mon téléphone qui m’annonce une facture de téléphone de 100 € alors que ça fait un mois que je n’appelle personne. En lisant le SMS je m’aperçois avec une absolue horreur qu’on est le 1er décembre alors que j’étais persuadé qu’on était le 30 novembre. Le problème est que certains des festivals pour lesquels j’ai postulé et dont les enveloppes attendent sagement sur ma table basse d’être postées avaient leur deadline le 30 novembre… J’allume mon ordinateur et un e-mail courtois m’annonce que mon film n’a pas été sélectionné pour un festival. Je ne sais pas ce qui est arrivé mais je me suis juste senti totalement misérable et pathétique et cette sensation a traîné en moi toute la journée laissant une trace profonde et désagréable sur mon moral. Après avoir traîné plus ou moins et regardé un film qui aurait dû me faire rire mais qui n’a pas rempli son contrat (40 ans toujours puceau) j’ai quand même réussi à terminer ces enveloppes pour les festivals et j’ai pû aller à la poste pour envoyer tout ça (j’ai inclus ceux dont la deadline est passé, je suis un naïf). Cela a été et sera le seul moment positif et constructif de cette journée qui ne demande qu’à se terminer et à tomber dans l’oubli.

Récemment je pense beaucoup à ce projet de long-métrage que j’ai en tête racontant l’histoire d’un jeune homme qui rêve de devenir réalisateur. Mon histoire. Chaque jour j’y rajoute des scènes copiées de ma propre vie. J’aimerais le faire maintenant dans cette humeur que j’ai et cette incertitude totale quant à la réussite ou non de ce projet. Car si un jour j’ai l’opportunité de le faire ce sera avec les yeux d’un homme qui a réussi et ce sera forcément biaisé. Or, maintenant assis dans cet appartement de 14 m2 j’ai l’impression que ma quête inassouvi contient en elle tout sa tragédie et sa puissance symbolique de choix de vie. Si un jour ce film se fait, j’aimerais le terminer dans le doute. Va-t-il réussir ou non ? Je ne le sais pas maintenant. Je n’en ai pas la moindre idée. Réussiras-t-il à faire du cinéma ? Réussirais-je à devenir réalisateur ? Putain de question qui m’hante chaque jour de ma putain de vie depuis un peu trop longtemps. Se poser la question c’est envisager l’échec. Je me suis souvent dit ça dans un mouvement de déni proprement ridicule et naïf. Comme quand on pense que quelqu’un meurt on s’en blâme horriblement de peur que la pensée puisse causer effectivement son décès.

Je remue du noir avec tout ça. Le fait qu’inconsciemment ce soit ce scénario là qui me revienne le plus souvent en tête en ce moment, alors même que rien de concret n’a jamais été écrit (à peine un feuillet avec deux trois idées de scènes), montre bien dans quel état d’esprit je me situe. Mais bon cette déprime latente n’est jamais très tenace. J’ai la chance d’avoir un naturel optimiste et de toujours regarder demain avec envie et excitation alors ça va.

Mon boulot s’est bien déroulé. J’ai à peine l’impression de travailler. On peut trouver ça un peu prétentieux mais c’est vrai. Ca coule tout seul. Le temps passe vite et c’est souvent assez agréable.

J’écoute Sigur Ros maintenant. Incroyable dans quel état de mélancolie peut me mettre certaines de leurs chansons. Putain c’est puissant !

 

 

Ca commence aujourd’hui

28 novembre 2008

 

Et bien ça y est j’ai effectué mes deux demi-journées de formation au Virgin et je dois dire que je suis plutôt satisfait de mon futur boulot. Je trouve assez gratifiant de voir quelqu’un arriver en face de toi te demander un film ou une série et de lui trouver, de lui remettre en main propre. Et souvent tu lis dans leurs yeux une étincelle d’excitation d’avoir trouvé leur graal de la journée. Et puis cela entraîne des discussions intéressantes sur le cinéma. Comme quand un fan de Van Damme et de Steven Seagal vient te demander les films desdits acteurs et qu’il a un avis très arrêté sur quels sont leur meilleurs performances. Il finira par partir avec l’équivalent de 100 € de daubes dans les mains mais le vendeur reste toujours objectif et tu n’as pas le droit de lui dire « n’achetez pas ça c’est de la merde, pourquoi vous n’achèteriez pas le joli coffret Jacques Demy ou l’intégrale Palettes qui, pour le même prix, vous stimuleraient intellectuellement un peu plus que Seagal et Van Damme en train de tatanner du terroriste ? ». Tu n’as pas le droit mais tu en as envie. Foutrement envie.

Enfin on verra ce week-end où apparemment le client se mue en gros connard pressé et irrespectueux.

 

Sinon ces deux journées de formation m’ont chacune permis de rencontrer des personnages légendaires du folklore français. Le premier fut Christian Morin, mister Roue de la Fortune et le second fut Vincent Lindon qui semblait ne plus avoir de problèmes de tics. C’est toujours assez surprenant de lever la tête et de voir à un mètre de toi un mec que tu connais à travers les films et de bafouiller un « bonjour » un peu contrit par la stupéfaction. Amusant. Le genre de choses qui apporte à une journée de boulot le petit grain de folie que tu raconteras à ta femme (si tu en as une) le soir devant le bon dîner qu’elle aura cuisiné pour toi pendant qu’elle te taille une pipe sous la table et que tu lis négligemment le journal qu’elle t’aura acheté.

 

Bon on va finir cet article peu inspiré par quelques pubs que j’ai trouvé sur cet excellent blog (à garder pour tout les amateurs d’images et de nouvelles technologies). De vrais petites merveilles qui répondent simplement d’elle même à cette sempiternelle question : la pub est-elle un art ?

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Dysimétrie Idéale

24 novembre 2008

Découverte ce matin de cet étonnant court-métrage Papillon d’Amour de Nicolas Provost qui avec une idée simple (la découpe d’une image en deux et sa reproduction symétrique, comme lorsque l’on se place sur l’arrête d’un miroir) parvient à créer des formes et des mouvements d’une évocation poétique et d’une puissance extrêmement vigoureuse. La déformation de la figure humaine contient quelque chose de fondamentalement terrorisant car elle met en jeu l’intégrité physique de ce qui nous constitue pour atteindre cet état de monstruosité et je vois dans ces visages dédoublés et ces faces de cyclope la mise en exergue corporelle de la folie. Une sensation étrange et crispante de mal-être. Cela me fait penser aux photos déformées dans Ring de Nakata qui m’avaient tant effrayées. Il y a cette même peur viscérale et intangible face à un stimuli tout inconscient. Mais c’est contrebalancé par la danse aérienne des draperies, les formes papillonaires justement qui deviennent soudain de purs morceaux chorégraphiques et abstraits d’une beauté saisissante. Je n’aime pas trop la musique même si elle représente bien cette dichotomie entre une poétique sensible et une distorsion délétère. Le pouvoir de l’image (et du son ça va sans dire) me surprendra toujours.

 

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Le footage provient apparemment de Rashômon de Kurosawa que je n’avais pas reconnu alors que j’adore le film.

Au Hasard Balthazar

24 novembre 2008

Je sors d’un week-end plutôt chargé où je réalise avec un certain plaisir que je n’en ai absolument maîtrisé aucune composante. Je précise. Vendredi a été une soirée où j’ai été invité par le fidèle C. mais où je ne connaissais personne. Ce fut donc une soirée de rencontres et, l’alcool aidant, finalement extrêmement sociale et divertissante. A cette soirée je rencontre L. qui grâce à son CE a des places de théâtre gratuite et justement il cherche quelqu’un pour l’accompagner dimanche après-midi, voir une obscure pièce de Shakespeare, très rarement montée, Coriolan qui dure près de 4 heures. Les fêtards présents étant peu enclins à aller découvrir cette oeuvre méconnue d’un autre pourtant majeur, je me porte volontaire et gagne l’enchère sans lutte aucune. Je me retrouve donc cet après-midi à aller voir une pièce de théâtre dont j’ignorais l’existence vendredi (il s’avérera que la pièce n’a pas été passionnante, c’est le Shakespeare plus politique que lyrique et tragique, intéressant bien qu’un peu théorique et froid). Entre temps je me suis rendu samedi soir à un dîner organisé par un des membres d’un des forums de cinéma que je fréquente. On se retrouve tous au restaurant (spécialisé dans la Flammeküche, Flammeküche en entrée, Flammeküche en plat principal, Flammeküche en dessert) et l’on confronte pour la première fois l’image réelle avec l’image virtuelle et tout ce que ça comporte comme moments embarrassants où l’on peine à cacher sa surprise face à une personne que l’on imaginait différente. Et puis la chose assez déstabilisante c’est ce que ces nouvelles personnes connaissent des choses sur toi que tu ne te souviens même pas avoir rendu public. Beaucoup m’ont dit « ah c’est toi qui étais en Espagne et qui vient de s’installer sur Paris ? ». L’impression singulière que des étrangers te connaissent déjà. Après des présentations chaotiques où je me présentais uniquement sous ma forme 01 (« Art Core, enchanté ») on s’assoit enfin et doucement, tranquillement on commence à parler. Cinéma bien sûr mais quel merveilleux vecteur social. Aucun blanc, aucune gêne. Juste du cinéma. Et c’est inépuisable.

Coriolan

 

 

A ma gauche une encyclopédie vivante du cinéma classique américain et français mais qui me dit s’être arrêté après Star Wars (on est donc incompatibles). Donc lui je ne sais pas s’il était dans un show étalage mais il sortait des noms de films, de réalisateurs et surtout (c’était sa botte secrète) d’acteurs de seconds rôles parfaitement inconnus (enfin pas pour lui à priori) qui m’ont fait sentir comme un spermatozoïde nageant très vite pour pénétrer le premier ovaire qui se présente à lui. Il était fort parce qu’il m’a fait penser à un IMDB vivant puisque d’un film il passait à un autre film du réalisateur puis enchaînait sur un film avec le même second rôle puis on passait en revue un autre film de la même compagnie avant d’envisager des films du même genre fait à la même époque. C’était fort et surtout incroyablement continu et régulier. Alors bien sûr dès qu’un film que j’avais vu était évoqué je sautais euphoriquement en travers de la table en beuglant maladroitement un avis totalement décousu sur le film en question avant de me rasseoir un peu honteux. On se tournait vers moi un instant dans un silence gêné puis la discussion reprenait, m’ignorant de nouveau me laissant moi et ma goutte de sueur me caresser la colonne vertébrale.

Capitaine Flam

 

A ma droite, un mec qui, déjà sur le forum, avait pas mal attiré mon attention vu son attirance manifeste pour le cinéma tchèque et des balkans. Très content de me retrouver à côté de lui, je dois dire qu’il m’a aussi complètement laissé sur le cul avec sa culture phénoménale de tout ce qui concernait la musique de film. Il connaissait le compositeur de n’importe quel film et était capable en quelques mots d’en faire immédiatement une analyse : « légèrement atonale avec une belle utilisation des cuivres ». Bref une bonne grosse brutasse dans son genre. Et il était sincèrement passionnant. Il a fallu que je lâche « Philip Glass » (musicien que j’aime bien notamment pour son travail sur les Qatsi de Reggio) pour que s’entame une discussion qui a bien duré presque une heure (je regardais d’ailleurs avec tristesse sa Flammeküche refroidir et sécher dans son assiette, il était trop passionné pour pouvoir manger en même temps qu’il parlait). Absolument fascinant et passionnant, d’autant qu’il y avait dans ses deux personnes une passion que l’on sentait absolument totale. Je dirais même une passion dévorante qui faisait trembler leurs voix, leur faisait arrêter toute chose tangible dès qu’ils évoquaient ces œuvres qui ont changé leurs vies. Je les sentais sincèrement au bord d’une folie en circuit fermé. Comme à la porte d’une dépendance totale et exclusive au cinéma. Assez flippant finalement car je crois ne pas être foncièrement différent d’eux, mais que je ne m’étais jamais aperçu de cette extrémité dans la forme que peut prendre l’expression de cette drogue vers laquelle, chaque jour, je cherche mon paradis artificiel (je relis Baudelaire dernièrement, un peu par hasard, un peu par nécessité).

 

C’est donc un week-end rempli d’activités que je n’ai pas décidé avec des gens que je ne connaissais pas du tout. Et c’est assez encourageant de voir comment la relation sociale peut se tisser rapidement et de manière spontanée. Que ce soit avec des mecs bossant dans la finance ou des cinéphiles complètement allumés. Ca me fait doublement plaisir, moi qui vient d’emménager tout seul dans une des plus grandes villes du monde. Je crois que j’ai besoin de ça.

 

Je suis geekopositif…

20 novembre 2008

Depuis la première fois que j’habite seul j’ai ressenti ce soir cette terreur insidieuse et lancinante qui a germé dans mon ventre devant l’ennui et la vacuité ouverts devant moi. C’est comme un sentiment d’épouvante terrible motivé par rien. Par un trop plein de rien. Et ça ne m’était absolument jamais arrivé en deux ans de vie commune. Parce que ce rien ne peut tout simplement pas être. Face à l’autre il ne peut avoir de rien. Il peut y avoir de l’ennui certes mais pas cet abysse sans fond dans lequel je m’enfonce. Car face à moi il y a un être humain. Et que ça m’aidera toujours a rester à la surface. Gin me manque terriblement. Ce soir je me suis senti totalement vide et incapable de faire quoi que ce soit. Voir un film ? Trop d’effort cérébral. Lire ? Encore pire. Incapable de prendre une décision j’errais de pages Internet en pages Internet cliquant d’un doigt de plus en plus mollasson et désintéressé sur les différents liens hypertextes peuplant l’écran me disant que la meilleure option a un tel état de désoeuvrement métaphysique (oui j’aime l’emphase) était sans nul doute d’aller se coucher. C’est alors que je vois Gin, se connecter à MSN mais alors que je me fais une joie de sauter sur l’occasion et de l’accueillir d’un euphorique Holi Hola (formule qui m’a procuré environ deux secondes de fierté) elle me rétorque immédiatement un « Bébé MSN s’est connecté tout seul, je suis occupé là désolé » me laissant sans voix. On se fait quand même quelques papouilles smileysques avant de se quitter. Et moi de retourner dans ma solitude glacée et effroyable. Je continue ma litanie de clics profanes et égarés et c’est là qu’inopinément est venu mon salut. Mon égarement virtuel m’a conduit ici www.cubeecraft.com, un site, vous le verrez qui propose ni plus ni moins que de réaliser ses propres petites figurines de nos personnages favoris avec uniquement l’aide d’une imprimante, d’un cutter et de beaucoup de patience. Toute personne normalement constituée ne vas pas passer deux heures de sa vie à découper plier et insérer (putain elle va rentrer dans le trou cette languette de merde !!!!) des morceaux de papier ensemble pour aboutir à une figurine cuboïde ridicule. Moi si.

 

Je faisas défiler les différents personnages quand je tombe sur Ayanami Rei, personnage féminin de la série animée Evangelion et autant le dire tout de suite mon fantasme absolue dans le domaine Japanime pendant très longtemps (avant de finalement lui préférer Totoro). Elle est d’abord très belle avec ses cheveux bleus. Que ce soit en tenue de combat ou en uniforme de lycéenne, elle est juste complètement craquante. Mais ce qui m’avait surtout séduit chez elle c’est sa façon d’être. Cette indifférence totale face à la vie et en même temps cette combativité extrême et redoutable. Un personnage fascinant et passionnant. Mais là n’est pas vraiment la question me direz-vous. Je décide donc de me faire Ayanami Rei. J’imprime le plan et suis d’abord un peu surpris de ne découvrir aucun mode d’emploi. C’est donc du total freestyle. Je commence à découper avec un ciseau mais il s’avère rapidement que c’est bien trop compliqué. Le cutter est bien plus pratique. Ensuite vient le pliage et enfin l’assemblage (mais bordel de merde pourquoi qu’y veut pas rentrer la putain de languette dans le putain de trou de sa mère la pute les têtes de mort !!!!) . Et après une bonne heure (mais une vraie heure  !) vous avez une figurine toute bancale et pas finie mais infiniment belle puisque vous l’avez faite. Bon si je souffle dessus elle s’écroule.

 

Pour toi public : Bisou têtête

Un rouage ajouté au système capitaliste.

18 novembre 2008

Ils viennent de m’appeler et j’ai le boulot. Ce n’est plus un CDI comme ils me l’avaient dit mais un CDD de deux mois. C’est pas plus mal pour moi puisque je n’ai pas forcément envie d’y passer ma vie mais j’espère quand même pouvoir le renouveler. Enfin bref je suis plutôt content d’être parvenu à trouver un emploi aussi rapidement et surtout ce job là en particulier. Car parmi tout ce qui était possible c’est un peu ce que je voulais le plus. Être vendeur de DVD ça me permet de rester dans le domaine du cinéma même si on est à des années lumière de ce à quoi j’aspire. Mais bon ce sera agréable de travailler entouré de produits que je connais et qui me plaisent. Ce ne peut être qu’un plaisir.

 

Maintenant reste à voir le côté vendeur que je n’ai absolument pas et qui d’ailleurs pourrait grandement me servir pour ma véritable carrière professionnelle. Savoir approcher les gens, leur proposer quelque chose. Essayer de les convaincre, de les pousser doucement insidieusement vers l’achat (la partie la plus détestable du job). Il va falloir que j’apprenne tout ça. Et c’est sincèrement excitant et challenging.

 

Voilà, ça me rassure parce que la semaine commençait assez mal avec beaucoup trop de glandage et pas assez de boulot. J’ai sincèrement du mal à m’y mettre. Je ne me l’explique pas vraiment mais je me culpabilise en permanence ce qui m’empêche d’être serein. Je suis tiraillé comme Baudelaire entre le Spleen et l’Idéal.

 

Sauf que j’ai pas encore écris mes Fleurs du Mal.

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