Un tir dans la tête (Jaime Rosales, 2008)

18 mars 2009

Je n’avais pas l’habitude de parler ciné ici (j’en parle suffisament ailleurs) mais là je voulais mettre en exergue un film passionnant sorti cette semaine. Et pour une fois que je me suis donné la peine d’écrire quelque chose de correct je vous en fait profiter :

Tir dans la tête

Ce film s’inspire d’un fait divers survenu à Capbreton où un activiste de l’ETA a abattu deux policiers espagnols.
Quel film singulier ! Il est basé sur un concept fort. Filmé en téléobjectif, sans dialogues (on n’entend que des sons d’ambiance indistincts), sans trame narrative réelle. On suit uniquement le personnage principal, le « terroriste » dans sa vie quotidienne : prenant son petit-déjeuner (par la fenêtre), prenant un verre avec des amis, achetant des chewing-gums etc… Le personnage est comme observé, épié et nous, spectateurs, sommes les garants de ce regard.

Je trouve l’entreprise absolument passionnante. Parce que derrière ce concept hautement austère se cache à mon sens une vraie réfléxion sur l’image et sur la violence et même au delà j’irais jusqu’à dire sur le rôle de l’art dans la societé. En effet à travers ce regard neutre, interminable, non-sensique on décortique la possibilité visuelle de cette violence, de cet acte atroce. Le cinéaste nous invite à tenter de comprendre cette trajectoire qui mène à la violence par la seule vision du personnage. Il ne lui laissera pas la parole (chose que je trouve très belle, lui qui a rendu muet deux hommes innocents), ne lui donnera aucun rôle actantiel justifiant son acte, aucune bribe de violence préalable, rien qui puisse nous donner la satisfaction de comprendre. Contrairement à Elephant de Van Sant où il tentait maladroitement (même si j’adore le film) de trouver des boucs-émissaires (le nazisme, les jeux-vidéos) etc… à un acte barbare, ici on est dans la pure neutralité laissant le spectateur au prise avec l’impression de ce corps sur l’écran se mouvant et bougeant les lèvres pour s’exprimer. Et d’ailleurs c’est à un autre Elephant auquel j’ai pensé, celui d’Alan Clarke qui avait aussi cette espèce de tension neutre vers la violence gratuite.

Et je trouve magnifique dans sa mélancolie et sa fatalité constitutive. Car Jaime Rosales nous dit que face à la barbarie l’Art ne peut rien. Faire un film sur ce fait réél sans hypocrisie, sans tomber dans le schématisme c’est se détacher de toutes considérations politiques, sociales et humaines. La politique, le social et l’humain ne peuvent pas passer par la fiction, inopérante d’un point de vue de la verité. Jaime Rosales, desarmé (c’est un geste de cinéma d’une très belle humilité d’ailleurs), ne peut qu’observer en essayant de voir si dans un geste, un mouvement, dans cette masse qui bouge il n’y a pas l’explication physique de l’inhumanité la plus froide. La réponse est non et était connue d’avance mais on ne peut blâmer l’artiste d’avoir essayé de nous la faire voir, avec ses moyens à lui, dans toute sa sincerité d’homme. Mais malheureusement l’art ne défera jamais ce que l’horreur du réél a bâti.

Après c’est un film très difficile à noter car c’est il tient en tout point dans son concept et qui s’en trouve par là même diminué. J’ai passé tout le film en dehors, car il ne peut y avoir aucune implication émotionelle ou même intellectuelle. On est renvoyé à notre rôle scrutateur de témoin et l’expérience est très singulière. Donc je ne sais pas trop qu’en penser au final. Une superbe idée s’incarnant dans un film austère et ennuyeux (l’ennui fait partie de son projet). Mais c’est une telle proposition de cinéma qu’il serait dommage de la laisser passer.

4/6

Un petit rien

17 mars 2009

Aujourd’hui, alors que nous passions sur un pont, le chauffeur du métro a pris le micro pour indiquer à toute la rame qu’il y avait un superbe coucher de soleil derrière Notre Dame. Il y a eu à ce moment précis comme un petit miracle, une petite suspension du temps, où chacun a relevé la tête de son livre ou de son journal, où chacun est sorti de son intimité propre et a tout simplement regardé par la fenêtre, tendu comme tout les êtres qui l’entoure vers ce moment pictural éphémère que l’on attrapait tous au vol comme une bénédiction, le regard béat. Et avant de se replonger dans sa lecture ou dans ses pensées, on s’est regardés et on s’est souris, comme satisfait d’avoir vu quelque chose de beau. Alors, pendant un moment, je suis resté là, les larmes aux yeux (j’ai la larme facile) devant cet acte de partage spontané, gratuit, humain et magnifique.

Alors merci madame le chauffeur (si ça se trouve c’était Amélie Poulain)…

Sans se retourner il est parti. Sans bouger, je l’ai regardé partir.

14 mars 2009

J’ai été fasciné par une histoire que m’a raconté récemment mon ami l’ingénieur concernant un de ses collègues de boulot. C’est un homme d’une trentaine d’année, technicien qualifié dans une grande entreprise multinationale, qui a la sécurité de l’emploi associé à un salaire confortable comparativement au SMIC mais qui ne parvient pas à se satisfaire de cette situation. Alors il a tout arrêté, tout plaqué comme on dit.  Et il est parti. Mais là où on pourrait penser qu’il s’en est allé faire le tour du monde en vélo ou a préparé un trek dans l’himalaya et bien pas du tout. Ce qui l’attire c’est une vie libérée de toute contrainte, de tout engagement alors il s’en va et vit, avec 1 € par jour, comme un clochard. Ses choix de prédilection sont apparemment l’Europe de l’est, les Balkans, où il se rend en stop en passant de squat en parcs municipaux allant au gré des rencontres et des expériences sans rien planifier. J’ai été littéralement transporté par une telle histoire car son parcours semble emprunter un chemin parfaitement contraire aux aspirations sociales du monde capitaliste dans lequel on vit. Et, sans le connaître, je l’ai immédiatement admiré dans un jusqu’au boutisme suicidaire (d’après les dires de mon ami, il s’était plusieurs fois retrouvé dans des situations dangereuses) en même temps que j’ai douté de sa réelle santé mentale. Et ce n’est pas un coup de tête car le processus de vie du jeune homme est visiblement de travailler quelques mois en France, voire une année et ensuite d’arrêter et de partir. Comme un cycle qu’il répète inlassablement, comme si cette vie à 1€ par jour (c’est une contrainte qu’il se fixe à lui-même au moment de son départ) dans les décors d’urbanité décrépie et glauque de Slovaquie et de Bulgarie (car il n’a aucune volonté touristique, il ne cherche pas les  « grandes villes », mais le coeur des pays) était sa véritable vocation, qu’elle était la condition sine qua none à son épanouissement personnel. J’ai immédiatement eu envie de le rencontrer et de faire un documentaire sur lui. De le suivre dans une de ses pérégrinations et de vivre comme lui le temps de le comprendre ou du moins d’entrevoir ce qu’il a découvert dans cette vie qui nous échappe tous. Car pour moi, le plus fascinant est là. Dans ce qu’il s’est saisi de quelque chose de ce monde et de l’humanité qui le peuple qui nous échappe tous. Qu’il possède un secret métaphysique remettant en cause l’ontologie même des vies que nous menons.

Et au delà de ça c’est le petit geste qui me passionne. Comment on peut se retrouver un soir, dans un pays inconnu (la question de la langue est également fascinante, ses voyages n’étant pas vraiment destinés aux rencontres sociales puisqu’à part un anglais approximatif, il ne peut se faire comprendre des autochtones) et chercher un endroit ou étendre son sac de couchage et dormir? A même le sol, sur le banc d’un  parc municipal, dans les ruines d’une usine à l’abandon, au fond d’un fossé. Comment le matin on peut se lever, plier bagage et repartir vers un autre banc, un autre fossé et d’autres ruines ? J’aimerais filmer ses gestes de vie, essayer de saisir dans son corps cette volonté extraordinaire qui l’incite à vivre comme l’on vit quand on y est forcé, quand on n’a plus le choix, quand la société n’a plus voulu de nous. Mais là c’est lui qui n’a plus voulu de la société. Il la réfute sans regret, sans romantisme, sans flamboyance. Il vit juste comme un bonze ascétique dont l’unique prosélytisme est sans doute de promouvoir la possibilité d’un bonheur autrement vécu et d’un épanouissement ne répondant pas à la grille constructiviste de plusieurs millénaires d’évolution.

J’ai le sentiment d’avoir beaucoup plus à apprendre d’un homme comme lui (et peut-être uniquement en le regardant) que d’un quelconque sage. Je me rappelle avec acuité ma fascination similaire lors de ma découverte de la théorie du bon sauvage de Jean-Jacques Rousseau. Très longtemps j’ai fantasmé sur ce retour au primitif, à ce détachement absolu de toute construction humaine, physique, morale ou culturelle. Il me paraissait déceler dans cette éventualité la possible révélation de l’humanité la plus pure et la plus sacrée dans cette fusion totale avec la nature où je me rêvais me végétaliser et voir ma peau devenir écorce, mon sang eau douce et mes cheveux feuilles vertes et orangées. Et je me rends compte que le récit de ce jeune homme m’a violemment rappelé cette période de ma vie, pleine d’idéaux qui aujourd’hui me paraissent obsolètes et stupidement romantiques. Je crois que ce jeune homme qui n’existe dans ma tête que comme une frêle silhouette a pourtant investi un champ dans mon imaginaire absolument gigantesque.

Alors je continuerais à me l’imaginer. A souffrir à sa place de la vie qu’il a choisi à défaut de pouvoir m’en réjouir avec lui, faute de ne pas posséder l’amulette magique me permettant de m’élever avec lui au dessus du monde.

La Vie mode d’emploi

9 mars 2009

J’ai terminé hier La Vie mode d’emploi de Georges Perec, ce « romans » un peu effrayant de prime abord par son concept et son volume. Il raconte l’histoire d’un immeuble parisien d’une rue imaginaire du XVIIème arrondissement. Comme si l’on avait coupé la façade, l’auteur s’attache à décrire avec minutie chaque pièce de l’édifice et d’en établir l’histoire materielle des objets ainsi que l’histoire des propriétaires et locataires. On ne suit donc pas l’histoire d’une personne mais d’une multitude de personnages (il serait fastidieux d’essayer de les dénombrer) et comme si ce n’était pas suffisant Perec n’hésite pas à raconter l’histoire de ce personnage présent dans cette peinture accroché au dessus du lit où de cet auteur de roman qu’un des personnages est en train de lire. C’est donc une espèce d’arborescence abyssale de récits et de vies en tout genre. Et tout cela raconté par un narrateur omniscient, sans aucun dialogue, juste raconté comme un inconnu rencontré au bar d’un troquet commencerait à te raconter des histoires. Absolument passionnant et impressionant.

Tout le projet du livre tient dans le projet fou d’un des personnages surnommé Bartlebooth (mon nouveau héros). Je ne le raconterais pas ici, ça n’a pas d’intérêt de déflorer le pilier central du roman mais c’est tout simplement magnifique et ça correspond à une certaine idée que je me fais de l’art et de la vie en général.

J’en parle très mal, je me rends compte que je n’ai pas grand chose à en dire d’un point de vue critique, car c’est un livre qui dépasse probablement tout cela et qui échappe même à l’accaparement critique. Il n’est que la somme et la synthèse de deux millénaires de littérature. Oui rien que ça, il nous offre un monde gigogne de mythologies quotidiennes et d’humanité transfiguré par les mots. Pour le coup, et c’est là que tient sa specificité en tant qu’objet littéraire (comme tout ce que j’ai lu de Perec d’ailleurs), c’est absolument inadaptable au cinéma. Bien sûr on pourrait en faire un film avec plusieurs personnages qui se croisent et s’entrecroisent mais on perdrait absolument TOUT l’intérêt du roman, car l’important ne sont pas les histoires en elle-mêmes mais bel et bien l’histoire qui se dégage de tout ceci, cet enchevêtrement complexe des objets, des vies, des époques. Le livre a été conçu selon la théorie (entre autre, il y eut plusieurs contraintes émanant de l’Oulipo) du polygraphe du cavalier derivé d’un problème d’echec où, partant d’une case désignée de l’échiquier, le cavalier doit parcourir les soixante-trois autres cases, sans jamais s’arrêter plus d’une fois dans la même, et sans en omettre une seule. Et dans le roman chaque case correspond à un chapitre. Voici à quoi ressemble d’ailleurs le trajet de l’auteur dans les pièces de son immeuble imaginaire :

Polygrpahie du cavalier ramené a La Vie mode d'emploi

Enfin voilà c’est dans l’abstraction totale de ces droites qui se croisent que se tient toute la richesse de ce roman somme, le roman d’une vie.

Georges Perec est une des mes grandes découvertes littéraires de ces dernières années (la dernière est Joseph Conrad et remonte à trois ou quatre ans). Je crois que si j’avais lu Un homme qui dort à 15 ans, il aurait changé ma vie mais même en l’ayant lu a 26, je peux dire que son incidence et l’incidence générale de l’oeuvre de cet auteur précieux et trop souvent réduit à son principe du lipogramme (suppression d’une ou plusieurs lettres au coeur d’un texte) où ses originalités stylistiques plutôt qu’à la richesse humble de l’oeuvre laissée derrière lui.

Tridi 13 Ventôse CCXVII

3 mars 2009

Le titre de ce petit billet correspond très précisément au jour d’aujourd’hui selon le calendrier républicain tel qu’il fut créé à la Révolution Française. C’est en regardant Austerlitz d’Abel Gance (film magnifique au demeurant) que je me suis intéressé soudain à cet épisode étrange du calendrier français. Ma culture inconsciente de tout cela était totalement parcellaire et minime. Je savais qu’il existait un calendrier parallèle  au calendrier dit « grégorien » mais j’en ignorais les détails. J’avais en mémoire cet événement historique du 18 Brumaire mais j’étais incapable de savoir à quoi il correspondait vraiment. C’est donc grâce au fidèle Wikipedia que j’ai pû approfondir ma connaissance de ce singulier changement qu’on voulu imposer les républicains. Dans cette période d’émancipation du peuple, où l’on a redigé la déclaration des droits de l’homme, on a même voulu révolutionner l’organisation des jours, des mois et des années dans un but d’atteindre une laïcité totale de l’état. Il est incroyable de voir qu’il y a à peine quelques années la question de la laïcité remontait à la surface pour des histoires de foulards sur la tête alors qu’il y a plus de 200 ans on a failli aller dans un mode de vie d’où la religion était totalement exclue de l’organisation sociale. Quel dommage que ce calendrier fut abandonnée ! Bien sûr nous y aurions perdu Noël (et tout les films de Noël qui vont avec… pas de Gremlins…), Pâques et la Toussaint mais nous aurions gagné ce sentiment d’avoir pu organiser nous-même le quotidien de nos vies, sans que Jésus décide si nous devons manger du poisson le vendredi et ne pas travailler le dimanche. Et j’aime à m’imaginer ce que ce serait devenu la vie quotidienne sous ce calendrier aux noms étranges, évoquant pour les mois un aspect climatique correspondant à la période de l’année (j’ai d’ailleurs découvert que Germinal était un mois du calendrier républicain), alors que le monde entier a depuis longtemps adopté le calendrier grégorien.  Il serait clairement impossible dans la globalisation d’aujourd’hui de faire coexister les deux (le calendrier républicain compte des semaines de dix jours – par contre il n’est pas précisé combien de jours de « week-ends » étaient prévus…) mais je rêve d’un monde parallèle où l’on célébrerait le jour des épinards (oui car chaque jour de l’année a été affublé d’un nom de légume, de plante ou d’animal en remplacement du nom des saints), le jour de la pistache, du silex, le pâquerette, de l’écrevisse… Personellement je suis né le jour du laurier-thym, la classe.

 

Tridi 13 Ventôse CCXVII 519px-Calendrier-republicain-debucourt2

Enfin bref, je trouve que c’est une impulsion géniale d’avoir voulu s’affranchir de tout ces siècles d’hégémonie culturelle religieuse (même si je  ne nie pas tout ce qu’elle a pu apporter à l’art, l’architecture, la litterature etc…) pour littéralement faire table rase de tout ça. C’est assez beau dans l’idée et quand je vois qu’aujourd’hui les efforts à fournir pour que les choses bougent un minimum, j’ai de gros doutes sur l’évolution sociale de notre époque. Alors voilà en guise de geste politique, je viens de rejoindre un groupe Facebook (je ne pensais pas qu’il en existait déjà un et j’étais prêt pour le créér moi-même), acte puissant et signifiant et dorénavant je militerais pour le retour du calendrier républicain ! C’est un acquis de la révolution que l’on a malheureusement laissé s’échapper, il n’est pas trop tard pour en reprendre possession  ! Allez tous avec moi bordel ! (Je sais que ça plaira à Gin, avec son athéisme primaire…)

 

Bon à part ça, je suis plutôt content de mon « week-end », puisque les premiers dossiers partiront demain matin. Donc gros soulagement de pouvoir enfin lancer le bébé. Advienne que pourra.

Rien à dire

2 mars 2009

Bon et bien ce qui devait arriver est arrivé. Je n’ai plus rien à écrire. Enrôlé dans l’aliénant système des 35 heures mon quotidien ne me laisse plus le temps de trouver de la matière à venir étaler ici. Et ce n’est pas par manque de temps mais plutôt par fainéantise et par manque de disponibilité intellectuelle. C’est là à ce moment précis que s’opère ce basculement tant redouté vers la douceur agréable du laisser-aller où le travail et la détente et la dialectique qui les rend inhérents l’un à l’autre sont les uniques préoccupations de l’employé. Il est très facile de tomber dans cette satisfaction de l’immédiateté, condamné à être frustrante et porteuse d’immenses regrets sur le long-terme. C’est pourquoi je me torture et ne me laisse pas tranquille en essayant toujours d’aller chercher au fond de moi ce qui va véritablement avoir un sens pour moi. Essayer de ramener toujours sa vie à la surface. Ou du moins essayer de le faire. Sinon elle s’enfonce et s’enfonce et finit par se ratiociner comme la pousse abandonnée et rabougrie d’un arbuste privé de soleil.

Et mine de rien venir écrire ici est un geste qui est une étape de ce processus. Car cela me fait prendre conscience des choses. Par l’écriture je mets à plat ce qui me tourment et ça ne reste pas des pensées diluées dans les cumulonimbus orageux de mon cerveau. Mais bien sûr que l’acte le plus signifiant de ce manifeste anti-routine est bien sûr l’avancement de mes projets ciné et la ferveur avec laquelle je m’y consacre. Je suis toujours sur l’écriture du Chevalier Errant sans Monture où un problème assez précis me bloque depuis quelques jours. J’espère pouvoir terminer cela aujourd’hui et demain (mes jours de congés) et pouvoir enfin envoyer le premier dossier à une boîte de production.

Bonus anecdote : Hier un client est venu et est resté devant un des écrans du magasin, celui qui diffusait La Momie 3, durant près de deux heures. Là, debout, sans bouger, au milieu de la foule pressée et vulgaire du dimanche il a regardé le film du début à la fin, sans le son. Au générique il est parti comme on part d’une séance de cinéma. C’est une image qui m’a paru terriblement triste. L’affichage de cette solitude stérile et désoeuvrée un dimanche après-midi dans un grand magasin sonnait comme un appel à l’aide, un SOS amitié lancé au milieu de l’humanité qui y est restée sourde.

Courbatures

27 février 2009

Hier soir a eu lieu mon troisième cours d’Art du Déplacement. Et je dois dire que je ne m’attendais pas à un entraînement aussi violent. Après une bonne heure et demie de travail de fond intensif fait de course à pied enrichie d’exercices divers tels une course à l’envers sur les pointes et des passages sur des corniches, on passe aux exercices techniques de passages et de déplacement proprement dit. On commence sur une table de ping pong en pierre où l’en partant du coin, l’on doit pivoter sur son bras en passant par dessus et parvenir à faire un 180° et retomber exactement d’où l’on est parti. Très amusant mais beaucoup plus technique que je ne l’aurais imaginé. Je ne parviens toujours pas à l’effectuer parfaitement d’ailleurs. Sinon on fait des roulades sur la table et des passages en chat (on pose les mains à plat et les jambes viennent se poser vers les mains, comme un félin). Et c’est lors d’un de ses mouvements que je me suis un peu claqué le bras. J’ai voulu y aller trop fort et j’ai payé le prix fort. Mais bon j’ai pu terminer et finalement ça a été. Aujourd’hui mon corps n’est globalement qu’un gros tas de douleurs avec les multiples courbatures qui le traversent.

A part ça, je suis reparti dans l’écriture du Chevalier Errant sans Monture. Je pensais que le scénario était bouclé et que j’étais parvenu à une espèce de satisfaction globale dans laquelle je ne pouvais plus rien apporter. Or après avoir passé presque un mois sans y toucher, je l’ai relu et je me suis rendu compte de quelques défauts. C’est assez ironique d’avoir ce recul là maintenant. Comme si c’était la preuve qu’un scénario n’est jamais « parfait » qu’il est toujours constamment en mouvement. Qu’il est inhérent au moment. Enfin bref je suis reparti pour fignoler quelques éléments et c’est particulièrement difficile parce que c’est vraiment de petites touches à apporter, très légères et qu’il faut savoir les placer pour ne pas dégrader le travail déjà accompli. C’est comme un château de carte sur lequel il faut mettre les dernières cartes. Enfin maintenant puisqu’il est possible que dans quelques temps, le château m’apparaisse de nouveau comme incomplet.

 Bonus Anecdote : Hier au boulot j’ai rencontré Frank Vestiel, réalisateur d’Eden Log (film de SF avec Clovis Cornillac), on a discuté un petit moment, il m’a expliqué qu’il était parti aux Etats-Unis deux mois pour essayer de bosser avec les studios mais que finalement c’était pas son truc. Le mec était vraiment très sympa et la cerise sur le gâteau c’est qu’il m’a demandé mon avis sur Telepolis le magnifique film d’Esteban Sapir (dans mon top 3 de l’année dernière) et que je l’ai convaincu de le prendre (en plus l’édition MK2 est franchement magnifique). Mine de rien ça m’a vraiment fait plaisir. C’est comme l’autre jour où j’ai convaincu un homme de s’acheter un bipack Masumura contenant le définitif Blind Beast et Tatouage (un peu moins bon mais ça reste dans le haut du panier).

The X-File

24 février 2009

Alors m’y voilà. Mon jours de congé est arrivé et je dois m’y remettre. Me replonger dans ce processus long du dossier à envoyer aux producteurs. Ecrire une lettre d’introduction qui explique ma démarche. Ne pas avoir de condescendance, éviter toute grandiloquence ridicule. S’exprimer avec des termes simples. Parvenir à ce qu’ils lisent la lettre en entier. Parvenir ensuite à ce qu’ils lisent le synopsis et la note d’intention pour avoir peut-être une chance de les attirer pour lire le scénario, ce qui est un peu la victoire finale. C’est vraiment tout un cheminement par étape, par échelon qui paraît infranchissable mais qu’il faut pourtant se borner à faire le mieux possible, en bon professionnel. Je ne suis justement pas certain d’être le plus à même de communiquer sur mon propre travail.

Je voulais envoyer les premiers dossiers demain mais je n’arrive pas à mettre mes deux derniers films sur un seul et même DVD. Le genre de blocage technique dont je n’ai vraiment pas besoin en ce moment.

J’ai regardé les courts-métrages sélectionnés aux Césars et le résultat m’a vraiment abattu. Je n’ai rien vu d’absolument horrible que j’ai viscéralement détesté, mais à l’opposé, je n’ai rien vu d’enthousiasmant, de nouveau, de frais. Petite revue de détail :

- Skhizein de Jérémy Clapin. Film d’animation plutôt sympa où un homme percuté par un météorite se voit contraint à vivre à 91 centimètres de lui-même (il faut voir le film pour comprendre). J’ai bien aimé le mélange des différentes techniques d’animation (de la 2D, de la 3D, du stop-motion, intégration de photos etc…) et le ton mélancolique du film. Mais en même temps je ne peux m’empêcher de le trouver un peu gadget. Mais peut-être le meilleur de la sélection. 4/6

- Les Miettes de Pierre Pinaud. Un film qui cherche à reproduire l’esthétique muette et qui raconte l’histoire d’une ouvrière dont l’usine où elle travaille s’enfuit (!). J’ai toujours trouvé affreusement stérile la volonté fétichiste de certains jeunes cinéastes de vouloir à tout prix reproduire l’esthétique d’une certaine époque du cinéma où ladite esthétique n’était que la conséquence des contingences techniques qui étaient disponibles aux auteurs. A quoi ça sert ? Si ce n’est pour nourrir cette esthétique là de quelque chose de personnel et de dérangeant, de retravailler à posteriori une histoire du cinéma, ça peut devenir intéressant (Maddin ou même le Eraserhead de Lynch). Mais là j’ai trouvé ça totalement con. Une espèce de poésie de bazar (on paie ses courses avec des miettes) couplée à une direction artistique d’une pauvreté totale. Je ne vois pas comment un tel film peut se retrouver aux Césars, donc être considéré comme ce qui s’est fait de mieux durant cette année. C’est très triste je trouve de promouvoir ce film qui ne fait que regarder derrière avec un sourire niais nostalgique alors qu’au contraire, le court-métrage c’est vraiment l’espace où l’on tente d’aller vers le haut. Bref une totale aberration pour moi. 1/6

- Les Paradis Perdus de Hélier Cisterne. Ca commence dans le quartier latin durant les émeutes de mai 68 puis on se retrouve dans une réunion de travestis en pleine campagne. Un film très surprenant dans son écriture qui emmène toujours à l’opposé du programme qui semble le guider. C’est plutôt agréable mais quand vient la fin on se dit que c’était quand même un peu stérile. Il manque un vrai propos, une vraie ligne directrice. Je ne sais pas si le film cherche à dire quelque chose (à la volonté puérile d’ouverture soixante huitarde s’oppose un esprit finalement très puritain et petit-bourgeois) ou s’il est simplement ludique. Excellents acteurs je dois dire, ce qui est assez rare. 3/6

- Une Leçon Particulière Jean-Pierre Chevènement. On dirait un exercice d’école. Une leçon de français à domicile. Tension sexuelle entre l’adolescent en rut et la jeune enseignante qui ne se rend compte de rien. Mouais. C’est vraiment, vraiment très léger. De tout les côtés d’ailleurs. Que ce soit la mise-en-scène, l’écriture, le jeu, il n’y a pas grand chose à se mettre sous la dents. Ca a dû être tourné en une journée, montée en deux et basta. Je sais que ce genre de considérations n’a pas à rentrer en ligne de compte dans l’appréciation du produit fini mais encore une fois quand on voit le nombre de courts-métrages réalisés en France chaque année, c’est un peu l’hallucination de voir ce film se retrouver aux Césars. Pour moi c’est un mystère total. 1/6

- Taxi Wala de Lola Frederich. Une femme ne parlant pas très bien français rentre dans un taxi mais est incapable de se souvenir où elle habite et refuse de sortir de l’habitacle de la voiture. Putain comme je déteste ce genre de film. Ça ne raconte absolument rien, c’est moche, c’est un film basé sur une idée. Il n’y a rien d’autre. Alors c’est quoi, une espèce de métaphore des immigrés perdus en France, que l’on essaie d’aider mais qui finisse par se perdre et si diluer dans la foule ? Je sais pas, je ne comprends absolument rien au propos du film. Le personnage est insupportable (est-ce une malade mentale ?). On sent que l’auteur cherche à développer quelque chose de touchant entre le chauffeur de taxi et sa cliente mais dès le début ça me semble biaisé et faux. Je n’y crois pas. Enfin bref, une fois de plus, je suis très surpris de retrouver ce film aux Césars tellement je le trouve vide et caricatural avec son sujet vaguement social que l’on ne va pas traiter frontalement pour éviter le didactisme. Bref coup de gueule contre ce film là : 0/6 (le pire c’est qu’il me semble tailler pour gagner).

Ce sont les 5 retenus mais sur le DVD édité par DVD Pocket il y avait les 12 présélectionnés. Alors déjà il y avait trois films au delà des 50 minutes (ça s’appelle des moyens-métrages les mecs) que j’ai boycotté et puis on a eu droit à ça :

- Tony Zoreil de de Valentin Potier. Le court-métrage le plus con que j’ai jamais vu je crois. Un enfant naît avec des oreilles démesurées parce que dans sa famille ils ont tous des oreilles démesurées. Quand il a 25 ans il est seul, renfermé sur lui-même à cause de son handicap et aimerait bien faire de la musique. Il rencontre alors une fille avec des grandes oreilles aussi et ils tombent amoureux. Mais le problème c’est que des Nazis s’introduisent chez lui et lui mettent de force des cadenas aux oreilles. La fille découvrant ça, se barre, trop choquée (me demandez pas pourquoi, je cherche encore)… Mais qu’est-ce que c’est con, c’est pas drôle, c’est pas touchant, c’est juste surréaliste de connerie et d’un romantisme de fond de caniveau avec ses péripéties totalement connes et ses dialogues complètement cons. Detestation totale du produit fini. Putain mais sérieux les mecs nettoyez vous la merde que vous avez dans les yeux avant de sélectionner des films comme ça. 0/6

- La Copie de Coralie de Nicolas Engel. J’avais vu ce film à Cannes et j’avais été traumatisé par la nullité du truc. Un film où tout les dialogues sont mi-chantés, mi-parlés par des acteurs neurasthéniques (pauvre Riaboukine). Le résultat est horriblement effrayant. L’impression de voir un défilé de zombies. En plus c’est pas réalisé (genre le mec il pose sa caméra là parce qu’il y a de la place), l’histoire est très bête et la petite idée poètique du film pas du tout exploitée. Une horreur absolue ce truc. Et c’est aux Césars. Tout va bien. 0/6

- 200 000 fantômes de Jean-Gabriel Périot. Film expérimental dont l’idée est de se faire succéder à l’image des milliers de photos de la mairie d’Hiroshima les unes à la suite des autres à un rythme très rapide. Et le concept c’est de garder au centre de l’image, le bâtiment toujours à la même place et ayant toujours la même taille, peu importe la dimension de la photographie originale. Il faut le voir pour bien comprendre mais le résultat est saisissant. On passe par plusieurs époques, la guerre et la destruction bien évidemment. J’aime comme on ne s’attarde sur aucune photo en particulier, la photo de vacances a le même statut que le photo de propagande. L’idée est vraiment bonne et le résultat passionnant même si sur dix minutes, il faut bien le dire,  on finit par s’emmerder. En salle en plus je pense que ça m’aurait donné la migraine voire la crise d’épilepsie. Dommage de pas l’avoir retenu dans les cinq derniers, je trouve que le contrepoint était vraiment intéréssant. 3/6

Il est donc assez étonnant de ne pas voir de film dépasser le 4/6 alors que l’on est censé être dans le haut du panier. Après j’ai toujours eu assez peu d’affinités avec les cérémonies et leurs sélections. Je m’y sens le plus souvent assez étranger. Mais bon je m’attendais quand même à plus d’audaces, plus de drôleries, plus de singularité. Mais sur tout ces films, il n’y en a vraiment aucun où après l’avoir vu, je dirais que j’attends avec impatience le prochain essai de son auteur. Vraiment aucun. D’ailleurs ça m’étonne pas de ne presque jamais voir un lauréat du césar du court-métrage percer finalement dans le long. Vu leurs choix, je trouve ça finalement assez logique. Enfin bref, bonne chance quand même à eux et j’espère que le film d’animation gagnera !

Back on track !

22 février 2009

Cette fois ça devrait être bon, j’ai récupéré mon PC. Au cas où il retombe en panne, vous retrouverez mon corps étendu sur les voies du métro ligne 9 métro République tranché en deux au niveau de la ceinture. J’aurais laissé un mot sur mon bureau où j’expliquerais en détail les détails de ma succession. J’aurais pris soin auparavant de me sectionner le pénis à l’aide d’un épluche-légume de supermarché et l’aurait emballé dans une triple couche de sopalin scellé par de la bande-adhésive large de couleur marron. Ledit pénis aura été envoyé par la poste à une adresse mystère parmi celles de mes amis. De l’autre côté, chacun de mes testicules aura été cuisiné en salade niçoise (oignons, carottes, poivrons, laitue, maïs) qui sera dans la partie congélation du réfrigérateur. Penser à la consommer ou la reconditionner sous trois jours pour lui assurer toute sa fraîcheur. En outre j’ajouterais dans un statut facebook une phrase énigmatique qui laissera ahuris tout les contacts qui viendraient à la lire et qui hantera inutilement les nuits agitées des personnes qui avaient pour moi une sincère inclination amicale (ou autre).

Trêve de conneries. Maintenant que je suis de nouveau opérationnel, il va pas falloir s’assoir sur ses lauriers. J’ai tout ces dossiers dont il faut absolument que je m’occupe. J’ai peut-être déjà une piste pour un acteur mais c’est beaucoup trop tôt pour en parler. De toute manière je ne l’ai même pas encore contacté. C’est juste que je pense avoir la possibilité de l’approcher ce qui est déjà pas mal. Reste à le convaincre.

Enfin bref, me voilà d’attaque pour me lancer dans cette double vie active. Je m’en sens capable et plein d’entrain alors pourquoi pas ?

J’ai commencé à regarder hier les courts-métrages nominés pour les Césars 2009 et je dois dire que je suis plutôt rassuré par le niveau loin d’être exceptionnel de ce que j’ai pu voir. J’y reviendrais certainement plus longuement dans les jours à venir.

J’espère être plus souvent présent ici aussi, non pas que je cherche à satisfaire les attentes de quiconque. Mais que je me rends compte que je prends beaucoup de plaisir à sortir un peu de moi-même pour matérialiser certaines pensées en mots.

Bonus anecdote : Aujourd’hui un client vient me voir et me demande si le DVD Réussir son Code 2009 est bien (question déjà totalement absurde). Je lui réponds avec une courtoisie décontractée : « Si vous avez prévu de passer votre code en 2009, il sera parfaitement adapté aux questions qui vous seront posé durant l’examen ». Et le client, penaud de me répondre innocemment : « Oui mais moi j’ai commencé le code en 2004″… A ce rythme là il aura le permis en  2015.

 

L’Alim’Akebil

18 février 2009

Coup de théâtre retentissant dans l’affaire de l’ordinateur et du changement de la fameuse carte (sa) mère (la pute). Je reçois lundi l’appel d’un technicien à la voix molle et au ton mal assurée, m’annonçant avec fierté la découverte de la panne initiale de la bête : l’alim. L’alimentation quoi. Ce qui donne de l’électricité à la machine. Il me dit qu’elle est trop petite pour assouvir les besoins d’une telle carte-mère et qui c’est ce qui à sans doute causé la perte de la deuxième carte-mère. La nouvelle réparation me coûterait donc 49 €. Je lui demande donc si le changement de la première carte-mère était vraiment nécessaire puisque elle n’était pas en cause dans la panne. Et là le technicien de sa voix traînante et molle comme un camembert oublié dans une glacière en plein soleil un 15 août sur une aire d’autoroute aux abords de Fréjus de me répondre : « euh je crois qu’il y avait un problème, enfin il me semble »… Razzie award de la pire réponse d’un professionnel à un client. Donc il me demande de repayer 49€ tout en ignorant fondamentalement si les 170€ déjà versé étaient vraiment utile. J’ai poussé ma gueulante dans mon bon droit et il me dit qu’il doit en parler à son collègue absent aujourd’hui et qu’il m’appellerait dès le lendemain matin pour me dire ce qu’ils peuvent faire pour m’arranger… Il est 13 heures et bien évidemment personne ne m’a appelé. Tout ça devient ridicule. Et mon épanchement ici bas dans ces détails sordides en est peut-être l’étendard le plus pathétique.

Sinon la semaine dernière j’ai pu assister à mon premier cours d’Art du Déplacement animé par un fondateur des Yamakasi. Le mec est très sympa et j’ai été surpris par le sérieux de l’entraînement. Contrairement à ce que je pouvais penser on n’a pas sauté partout comme des demeurés en faisant n’importe quoi. Mais on a passé une heure et demie à travailler des élements très précis dans le but d’un développement musculaire très ciblé. Beaucoup d’exercices simples, au sol, mais finalement très efficaces (les courbatures multiples et inédites – tiens j’ai mal dans la main) pour nous préparer à la suite. La dernière demi-heure a été consacré à un premier mouvement de l’Art du Déplacement, le demi tour. En mettant un main sur une marche et l’autre sur la marche supérieure d’un grand escalier, nous avons appris à passer le corps entre nos bras sans toucher le sol pour nous retourner. Enfin bref j’ai beaucoup aimé, c’est moins immédiatement jouissif que je ne l’aurais imaginé mais le travail de fond proposé est semble-t-il fondamental pour pouvoir s’amuser par la suite. Deuxième entraînement demain et je suis déjà à bloc ! Bien content d’avoir enfin trouvé « mon » sport. J’espère garder le même enthousiasme. Et j’espère aussi que les horaires de mon boulot ne vont pas venir tout gâcher…

Enfin je tiens à raconter une drôle d’anecdote assez étonnante. Je me promenais il y a quelques jours, une semaine peut-être, boulevard Saint-Michel et j’avais croisé un homme d’une soixantaine d’année ayant un espèce de cancer de la peau lui ayant ravagé le visage surtout le nez qui ne ressemblait plus vraiment à un nez mais plutôt à un morceau de chair rongé par les mites. Cette image m’avait profondément troublé et je crois même, à ma grande honte, m’être retourné subrepticement sur mon passage pour pouvoir mieux l’observer. Hier je me retrouve par hasard au cinéma (après la déconvenue qui s’abattit sur moi en découvrant que le film que je projetais de voir n’était pas de Jean Renoir mais de Jo Bénazéraff) devant un documentaire sorti la semaine dernière, Gerboise Bleue, narrant l’histoire méconnue des essais nucléaires français effectués en Algérie au début des années 60 et des conséquences que les retombées radioactives ont eues sur les militaires présents à ce moment là (dont certains ont été utilisé comme véritables cobayes) et les populations locales. Moralement admirable le documentaire est par contre assez abominable d’un point cinématographique, certains reportages télés étant, de loin, bien plus intéréssants. Mais là n’est pas la question. Durant la projection un des militaires ayant été exposé aux radiations apparaît pour raconter son histoire. Et il s’avère qu’il s’agit de l’homme que j’avais croisé ce jour là sur le boulevard. Je le reconnus immédiatement. Ma tristesse le concernant fut donc largement décuplée comme si je le connaissais et son histoire m’apparut directement plus proche, car j’avais d’abord découvert les ravages provoqués par la maladie avant d’en connaître la cause. Et cette cause est tellement honteuse et ignoble que ça m’a paru terriblement tragique. Enfin bref cela a donné à cette séance de cinéma quelque chose de particulier assez indéfinissable.

Voilà tout. Demain je devrais signer mon contrat. Mon vrai contrat. Le définitif. Je ne doute plus le concernant puisque le travail continue de me plaire. Mais j’ai également de plus en plus envie de me remettre au boulot et de préparer Le Chevalier errant sans monture. Je veux faire ce film. Faire quelque chose de beau et le faire avec toutes mes forces et ma passion.

Je suis de plus en plus hanté par ce tatouage que je projette de me faire. J’ai demandé à Gin qu’elle m’en dessine le schéma. Elle a beaucoup d’idées. Je le ferais très prochainement je pense, peu importe combien ça me coûtera. Je veux inscrire cette chose dans ma peau pour ne pas pouvoir l’oublier. Pour m’interdire de l’oublier.

Gin est à Cadix à l’heure actuelle. Sans moi. Inutile de dire combien je suis affreusement déçu de ne pas y être…

 

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