Fascination

Je viens de découvrir ce site de bande-dessinée interactive et je suis assez bluffé : http://www.prisedetete.net/

C’est étonnant comme on peut être créatif avec aussi peu de choses. Des formes simples, idéogrammatiques, à peine dessinées si je puis dire mais organisées d’une telle manière que leur lecture en est perpétuellement ludique. Car l’auteur utilise adapte son travail au média qu’il explore. Ainsi il parvient à donner un sens à la bande-dessinée interactive. Ce n’est pas simplement une dénomination basiquement plaquée sur un concept mais une vraie concordance effective entre l’art de la bande-dessinée et l’interactivité du lecteur face à son ordinateur. Et en outre de la qualité intrinsèque de l’oeuvre proposée sa cohérence structurelle constitutive suffit à la rendre fondamentalement intéressante. Car son auteur a parfaitement conscience des deux pendants de son travail, celui de bande-dessinée et celui de son adaptation au média Internet. Et cette réflexion qui m’a frappé en découvrant cela doit se transvaser vers la théorie créative cinématographique et rencontrer des problématiques qui me sont plus directement propres. En effet, je découvre beaucoup de films récemment qui n’ont pas conscience de leur spécificité d’oeuvre de cinéma, qui ne réfléchissent pas leur matière comme une matière cinématographique mais plutôt comme une simple étoffe narrative uniquement nécessaire à recouvrir le squelette du scénario. Alors cela crée des films parfois réussis dans leur volonté didactique de raconter quelque chose, il ne faut pas le nier. On peut apprécier trivialement une bonne histoire, aimer en connaître les tenants et les aboutissants en se convaincant de feigner la surprise mais on peut également décider de ne pas être rassasié de cette procession de corps narratifs vides se déplaçant en formation sérrée la tête penchée vers le sol dans une démarche de somnambule s’engouffrant dans un tombeau dont ils ne ressortiront jamais. On peut décider de remonter cette longue marche funèbre pour essayer d’en trouver la source, le coeur duquel il sera permis d’explorer d’autres routes, d’autres possibilités.

 

C’est ce qui fait le plus défaut au cinéma contemporain. Ce manque de tentatives, avortées ou non peu importe après tout. J’ai l’humble conviction que c’est ce que j’essaie de faire avec mes petits films. Essayer d’adapter mon propos à mon médium. En partant tout simplement toujours du ressenti cinéma. C’est mon processus créateur. Je ferme les yeux et imagine ce qui pourrait représenter un plan fort, un enchaînement émouvant, un mouvement de caméra évocateur et signifiant, une scène ambivalente, une illustration sonore qui prend aux tripes etc… Et c’est à partir de là, de ces micros morceaux de films fantasmés que je commence à composer le reste, à lier entre eux les différents moments que j’ai imaginé. Je ne sais pas si c’est une bonne méthode de travail, je ne la préconise pas nécessairement mais je met simplement le doigt sur le fait qu’elle est adaptée à tout point de vue au médium cinéma. Qu’elle part de la source même de ce qui le constitue pour s’en éloigner et mieux y revenir. Je dis ça sans prétention aucune, sans ostentation mais j’ai le sentiment que bon nombre d’auteurs ont la démarche inverse et leurs films en sont la plus pure démonstration. Un processus qui part orbitalement du cinéma pour y tourner autour et n’y revenir qu’incidemment presque par accident, par oubli, par hasard.

J’aimerais voir plus de films ayant la capacité de réinventer leur propre système en permanence. Ce sont les films que j’aimerais voir plus souvent. Des oeuvres capables de déclencher de vrais élans passionnés sans retenus ni modération ce qui ne m’est pas arrivé depuis longtemps (à part pour le dernier Peter Jackson dont j’ai haï absolument chaque parcelle, chaque seconde – mais je ne peux lui reprocher d’avoir voulu tenter de faire un film assez original dans sa forme).

Deuxième petit dessin de Mathieu M. :

Fascination hom2.th

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