Post-Coïtum Sadness

Je me sens misérable aujourd’hui. Sans vraiment de raisons, je ressens une tristesse latente dans chacun de mes gestes et dans mon effrayante inactivité. Je pense que le départ récent de Gin m’a fait plus de mal que je ne veux l’admettre. J’avais pourtant réussi à me convaincre que ma routine de célibataire saurait me satisfaire en son absence mais j’avais indubitablement tort. Mes escapades cinéphiles, mes lectures inopinées et ma propension à passer du temps devant cet écran d’ordinateur n’ont absolument pas réussi à combler le vide que son départ a occasionné.

Alors tout me revient en tête et la torture mentale recommence. Moi qui ait un travail alimentaire et qui ne parvient pas à avancer dans le ciné. Mon dernier film qui a été envoyé à près de trente festivals et qui n’a été sélectionné que dans un seul (en off en plus, pour boucher les trous, comme une sélection volontairement blessante), mon nouveau projet qui ne trouve toujours pas preneur (même si je sais qu’il est encore bien tôt pour baisser les bras). Bref, je commence à avoir cette triste impression que je ne vis pas la vie que je veux vivre. En même temps je ne sais pas si nous sommes beaucoup à vivre cette vie là. Cette vie en parfaite harmonie avec nos préceptes moraux et sociaux qui parvient quotidiennement à nous épanouir intellectuellement et physiquement, qui nous met en accord avec le monde, qui nous fait l’embrasser et devenir le monde. J’ai l’impression que cette vie là n’existe pas et que le paradis n’est un lieu géographique mais un point à atteindre à l’intérieur de l’être pour le déplier vers l’extérieur.

Bref je rentre dans la vie active et je me rends compte avec horreur de ces vicissitudes et de l’horrible dépendance que cette société moderne a instauré entre la production et la rémunération. Pour vivre il faut de l’argent et pour avoir de l’argent il faut travailler. Et travailler revient pour la majorité de la population a se rendre chaque jour ouvrable dans un lieu identique réaliser des actions n’ayant aucun rapport avec sa propre personne et sa subsistance pour recevoir à la fin du mois un salaire lui octroyant le droit de vivre dans la société. Ce cercle vicieux est proprement terrifiant tellement il semble ôter à l’homme la possibilité de se poser la question de savoir ce qu’il veut faire de sa vie. Cette question il peut se la poser les week-ends et les 5 semaines de congés payés par an. Le reste du temps il travaille et organise sa vie autour de ce travail ou en fonction de lui. Je me sens très naïf dans mes réflexions sur tout cela mais j’ai du mal à saisir comment le travail hors de soi, mécanique et impersonnel (que ce soit pour l’ouvrier, le médecin ou l’avocat) a pu devenir la charnière principale de la vie. On en vient même à espérer la retraite ! A se dire que l’on achètera cette maison à Cadix et que l’on y passera nos étés entre promenades au soleil et tinto de verano en terasse. On en vient à attendre la déchéance du corps pour pouvoir se réaliser pleinement et donner toute sa force à l’esprit, engourdi d’avoir dormi durant nos quarante années de cotisation ! Quelle sombre tristesse. Quelle sombre dénigrement de ce qui fait de nous des hommes.

J’ai bien conscience que j’échapperais à toute cette torture morale en devenant un cinéaste professionnel qui vit de son art mais dans un coin de mon crâne germe un nuage noir et bouillonnant s’approchant lentement du soleil de feu qui illumine mon âme.

Putain Gin, reviens vite, j’écris n’importe quoi quand tu n’es pas là…

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