Vanishing man…

Depuis que je me suis installé à Paris, j’avais remarqué à la sortie du métro Strasbourg Saint-Denis, un sans abri qui s’était installé là. Et maintenant que je travaille c’est tout les jours que je passe à ses côtés. Le soir il se constitue une cabane de cartons, qu’il retire tout les matins. Et chaque soir je le vois là, son visage encadré par ses murs de cartons, regardant la rue en fumant un cigarillo, impassible, ne remarquant pas les passants autour de lui, ne demandant rien. Je m’étais décidé à lui proposer quelque chose. Un paquet de cigarettes, un paquet de gâteaux, un sandwich n’importe quoi mais juste de quoi lui ramener quelque chose. Je crois qu’au fond de moi j’espèrais aussi pouvoir lui parler et, égoïstement, connaître son histoir. Evidemment, je ne l’ai pas fait immédiatement et j’avais toujours une bonne raison de ne pas l’aborder (trop froid, pas de monnaie, pas le temps, etc…) et ma timidité naturelle ne m’aidait pas franchement. Alors ça a duré ainsi pendant plusieurs semaines jusqu’à ce que la semaine dernière je me décide à lui donner 2€ dans un premier temps pour tenter de briser la glace. J’avais préparé la pièce, l’avait mise dans ma poche. En passant près de lui j’ai fait mine de la lui offrir spontanément en revenant sur mes pas, comme si par hasard je venais de découvrir cette pièce au fond de ma poche. Je lui tends donc la pièce avec un sourire et un bonjour. Et là sa réaction a été l’exacte contraire à ce que j’attendais. Il m’a regardé un moment comme un extra-terrestre, sans réaction, presque effrayé, comme si j’avais pénétré illégalement son espace privé. Puis il s’est saisi de la pièce brutalement, sans dire un mot, sans esquisser la moindre réaction. J’ai même eu l’impression qu’il avait pris la pièce dans l’unique but que je m’en aille et le laisse tranquille. Terriblement vexé, j’ai bafouillé un « bon courage » et m’en suis retourné, violemment échaudé par la rencontre.  Je ne lui en voulais pas à lui personellement, je ne pouvais pas me le permettre. Mais je crois qu’il n’y a rien de plus blessant que de vouloir rendre service et de se retrouver face à un mur même si en y réfléchissant bien, c’est un réflèxe absolument égoïste qui signifie que l’on attend en retour un remerciement, une reconaissance que l’on masquerait bien sûr par la fausse modestie qui sied à ce genre de situation. La vexation passée, je me jurais de ne pas l’abandonner et de ne pas le laisser pourrir ici. Même s’il ne semblait pas accueillir mon aide ridicule  avec beaucoup d’enthousiasme, elle lui serait de toute façon utile et je ne pouvais pas renoncer à l’aider un peu pour une vulgaire histoire d’amour propre. Je me proposais donc de lui redonner une pièce et par la même occasion de lui demander ce qui lui ferait plaisir. Mais ironiquement lorsque je suis sorti du métro il y a quelques jours, il avait disparu et sa cabane avec. Plus aucune trace de lui, c’est comme si il n’avait jamais été là. La rue n’a pas changé, rien n’a changé, son absence ne semble visible à personne. Et ma pièce qui est au fond de ma poche, toute chaude d’être nerveusement retournée dans ma main, imprimant sur ma peau l’âcre odeur du métal.

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