Archive pour mars 2009

Reappearing man…

Samedi 28 mars 2009

Bien que l’histoire précédente se terminait sur une note amère mais conclusive, le sans-abri en a décidé autrement et est revenu. Après plusieurs jours d’absence il a réapparu et s’est posté à l’exact même endroit. Il y a reconstruit sa maison de cartons. Il avait de gros sacs blancs lorsque je l’ai aperçu et je pense qu’il a dû être aidé par le samu social et qu’il l’ont emmené dans un foyer. Mais il est revenu au point de départ. Au coin de cette rue quelconque, aux abords d’un boulevard bruyant. Les raisons qui le poussent à choisir cet espace de vie avec autant de conviction me bouleversent sans pourant que je les connaisse. J’imagine simplement qu’il a decidé qu’il fera de ce morceau de trottoir, son unique foyer. Que c’est ici et pas ailleurs. Que c’est son chez lui et pas celui d’un autre. Il est rentré à la maison. A moi maintenant de retenter une approche…

J’ai passé une très bonne soirée chez Mat, ça m’a fait beaucoup de bien de sortir un peu de Paris. Je commençais à oublier à quoi ressemblait un champ ou la lisière d’une forêt. Gin arrive dans quelques jours. Je ne fais que penser à ça, quand je me lève, quand je mange, quand je travaille. C’est une obsession assez terrible car à mesure que le moment de son arrivée approche la torture de l’attente se fait plus douloureuse.

Je continue l’envoi de mes dossiers. Une boîte de production m’a renvoyé tout un dossier complet (incluant même la lettre qui leur était adressé !) sans un mot d’explication. Ca fait moyennement plaisir mais bon je préfère des réponses négatives qu’un silence insupportable. Comme toujours je garde espoir. Et c’est bien connu, l’espoir fait vivre.

 

Vanishing man…

Lundi 23 mars 2009

Depuis que je me suis installé à Paris, j’avais remarqué à la sortie du métro Strasbourg Saint-Denis, un sans abri qui s’était installé là. Et maintenant que je travaille c’est tout les jours que je passe à ses côtés. Le soir il se constitue une cabane de cartons, qu’il retire tout les matins. Et chaque soir je le vois là, son visage encadré par ses murs de cartons, regardant la rue en fumant un cigarillo, impassible, ne remarquant pas les passants autour de lui, ne demandant rien. Je m’étais décidé à lui proposer quelque chose. Un paquet de cigarettes, un paquet de gâteaux, un sandwich n’importe quoi mais juste de quoi lui ramener quelque chose. Je crois qu’au fond de moi j’espèrais aussi pouvoir lui parler et, égoïstement, connaître son histoir. Evidemment, je ne l’ai pas fait immédiatement et j’avais toujours une bonne raison de ne pas l’aborder (trop froid, pas de monnaie, pas le temps, etc…) et ma timidité naturelle ne m’aidait pas franchement. Alors ça a duré ainsi pendant plusieurs semaines jusqu’à ce que la semaine dernière je me décide à lui donner 2€ dans un premier temps pour tenter de briser la glace. J’avais préparé la pièce, l’avait mise dans ma poche. En passant près de lui j’ai fait mine de la lui offrir spontanément en revenant sur mes pas, comme si par hasard je venais de découvrir cette pièce au fond de ma poche. Je lui tends donc la pièce avec un sourire et un bonjour. Et là sa réaction a été l’exacte contraire à ce que j’attendais. Il m’a regardé un moment comme un extra-terrestre, sans réaction, presque effrayé, comme si j’avais pénétré illégalement son espace privé. Puis il s’est saisi de la pièce brutalement, sans dire un mot, sans esquisser la moindre réaction. J’ai même eu l’impression qu’il avait pris la pièce dans l’unique but que je m’en aille et le laisse tranquille. Terriblement vexé, j’ai bafouillé un « bon courage » et m’en suis retourné, violemment échaudé par la rencontre.  Je ne lui en voulais pas à lui personellement, je ne pouvais pas me le permettre. Mais je crois qu’il n’y a rien de plus blessant que de vouloir rendre service et de se retrouver face à un mur même si en y réfléchissant bien, c’est un réflèxe absolument égoïste qui signifie que l’on attend en retour un remerciement, une reconaissance que l’on masquerait bien sûr par la fausse modestie qui sied à ce genre de situation. La vexation passée, je me jurais de ne pas l’abandonner et de ne pas le laisser pourrir ici. Même s’il ne semblait pas accueillir mon aide ridicule  avec beaucoup d’enthousiasme, elle lui serait de toute façon utile et je ne pouvais pas renoncer à l’aider un peu pour une vulgaire histoire d’amour propre. Je me proposais donc de lui redonner une pièce et par la même occasion de lui demander ce qui lui ferait plaisir. Mais ironiquement lorsque je suis sorti du métro il y a quelques jours, il avait disparu et sa cabane avec. Plus aucune trace de lui, c’est comme si il n’avait jamais été là. La rue n’a pas changé, rien n’a changé, son absence ne semble visible à personne. Et ma pièce qui est au fond de ma poche, toute chaude d’être nerveusement retournée dans ma main, imprimant sur ma peau l’âcre odeur du métal.

Un tir dans la tête (Jaime Rosales, 2008)

Mercredi 18 mars 2009

Je n’avais pas l’habitude de parler ciné ici (j’en parle suffisament ailleurs) mais là je voulais mettre en exergue un film passionnant sorti cette semaine. Et pour une fois que je me suis donné la peine d’écrire quelque chose de correct je vous en fait profiter :

Tir dans la tête

Ce film s’inspire d’un fait divers survenu à Capbreton où un activiste de l’ETA a abattu deux policiers espagnols.
Quel film singulier ! Il est basé sur un concept fort. Filmé en téléobjectif, sans dialogues (on n’entend que des sons d’ambiance indistincts), sans trame narrative réelle. On suit uniquement le personnage principal, le « terroriste » dans sa vie quotidienne : prenant son petit-déjeuner (par la fenêtre), prenant un verre avec des amis, achetant des chewing-gums etc… Le personnage est comme observé, épié et nous, spectateurs, sommes les garants de ce regard.

Je trouve l’entreprise absolument passionnante. Parce que derrière ce concept hautement austère se cache à mon sens une vraie réfléxion sur l’image et sur la violence et même au delà j’irais jusqu’à dire sur le rôle de l’art dans la societé. En effet à travers ce regard neutre, interminable, non-sensique on décortique la possibilité visuelle de cette violence, de cet acte atroce. Le cinéaste nous invite à tenter de comprendre cette trajectoire qui mène à la violence par la seule vision du personnage. Il ne lui laissera pas la parole (chose que je trouve très belle, lui qui a rendu muet deux hommes innocents), ne lui donnera aucun rôle actantiel justifiant son acte, aucune bribe de violence préalable, rien qui puisse nous donner la satisfaction de comprendre. Contrairement à Elephant de Van Sant où il tentait maladroitement (même si j’adore le film) de trouver des boucs-émissaires (le nazisme, les jeux-vidéos) etc… à un acte barbare, ici on est dans la pure neutralité laissant le spectateur au prise avec l’impression de ce corps sur l’écran se mouvant et bougeant les lèvres pour s’exprimer. Et d’ailleurs c’est à un autre Elephant auquel j’ai pensé, celui d’Alan Clarke qui avait aussi cette espèce de tension neutre vers la violence gratuite.

Et je trouve magnifique dans sa mélancolie et sa fatalité constitutive. Car Jaime Rosales nous dit que face à la barbarie l’Art ne peut rien. Faire un film sur ce fait réél sans hypocrisie, sans tomber dans le schématisme c’est se détacher de toutes considérations politiques, sociales et humaines. La politique, le social et l’humain ne peuvent pas passer par la fiction, inopérante d’un point de vue de la verité. Jaime Rosales, desarmé (c’est un geste de cinéma d’une très belle humilité d’ailleurs), ne peut qu’observer en essayant de voir si dans un geste, un mouvement, dans cette masse qui bouge il n’y a pas l’explication physique de l’inhumanité la plus froide. La réponse est non et était connue d’avance mais on ne peut blâmer l’artiste d’avoir essayé de nous la faire voir, avec ses moyens à lui, dans toute sa sincerité d’homme. Mais malheureusement l’art ne défera jamais ce que l’horreur du réél a bâti.

Après c’est un film très difficile à noter car c’est il tient en tout point dans son concept et qui s’en trouve par là même diminué. J’ai passé tout le film en dehors, car il ne peut y avoir aucune implication émotionelle ou même intellectuelle. On est renvoyé à notre rôle scrutateur de témoin et l’expérience est très singulière. Donc je ne sais pas trop qu’en penser au final. Une superbe idée s’incarnant dans un film austère et ennuyeux (l’ennui fait partie de son projet). Mais c’est une telle proposition de cinéma qu’il serait dommage de la laisser passer.

4/6

Un petit rien

Mardi 17 mars 2009

Aujourd’hui, alors que nous passions sur un pont, le chauffeur du métro a pris le micro pour indiquer à toute la rame qu’il y avait un superbe coucher de soleil derrière Notre Dame. Il y a eu à ce moment précis comme un petit miracle, une petite suspension du temps, où chacun a relevé la tête de son livre ou de son journal, où chacun est sorti de son intimité propre et a tout simplement regardé par la fenêtre, tendu comme tout les êtres qui l’entoure vers ce moment pictural éphémère que l’on attrapait tous au vol comme une bénédiction, le regard béat. Et avant de se replonger dans sa lecture ou dans ses pensées, on s’est regardés et on s’est souris, comme satisfait d’avoir vu quelque chose de beau. Alors, pendant un moment, je suis resté là, les larmes aux yeux (j’ai la larme facile) devant cet acte de partage spontané, gratuit, humain et magnifique.

Alors merci madame le chauffeur (si ça se trouve c’était Amélie Poulain)…

Sans se retourner il est parti. Sans bouger, je l’ai regardé partir.

Samedi 14 mars 2009

J’ai été fasciné par une histoire que m’a raconté récemment mon ami l’ingénieur concernant un de ses collègues de boulot. C’est un homme d’une trentaine d’année, technicien qualifié dans une grande entreprise multinationale, qui a la sécurité de l’emploi associé à un salaire confortable comparativement au SMIC mais qui ne parvient pas à se satisfaire de cette situation. Alors il a tout arrêté, tout plaqué comme on dit.  Et il est parti. Mais là où on pourrait penser qu’il s’en est allé faire le tour du monde en vélo ou a préparé un trek dans l’himalaya et bien pas du tout. Ce qui l’attire c’est une vie libérée de toute contrainte, de tout engagement alors il s’en va et vit, avec 1 € par jour, comme un clochard. Ses choix de prédilection sont apparemment l’Europe de l’est, les Balkans, où il se rend en stop en passant de squat en parcs municipaux allant au gré des rencontres et des expériences sans rien planifier. J’ai été littéralement transporté par une telle histoire car son parcours semble emprunter un chemin parfaitement contraire aux aspirations sociales du monde capitaliste dans lequel on vit. Et, sans le connaître, je l’ai immédiatement admiré dans un jusqu’au boutisme suicidaire (d’après les dires de mon ami, il s’était plusieurs fois retrouvé dans des situations dangereuses) en même temps que j’ai douté de sa réelle santé mentale. Et ce n’est pas un coup de tête car le processus de vie du jeune homme est visiblement de travailler quelques mois en France, voire une année et ensuite d’arrêter et de partir. Comme un cycle qu’il répète inlassablement, comme si cette vie à 1€ par jour (c’est une contrainte qu’il se fixe à lui-même au moment de son départ) dans les décors d’urbanité décrépie et glauque de Slovaquie et de Bulgarie (car il n’a aucune volonté touristique, il ne cherche pas les  « grandes villes », mais le coeur des pays) était sa véritable vocation, qu’elle était la condition sine qua none à son épanouissement personnel. J’ai immédiatement eu envie de le rencontrer et de faire un documentaire sur lui. De le suivre dans une de ses pérégrinations et de vivre comme lui le temps de le comprendre ou du moins d’entrevoir ce qu’il a découvert dans cette vie qui nous échappe tous. Car pour moi, le plus fascinant est là. Dans ce qu’il s’est saisi de quelque chose de ce monde et de l’humanité qui le peuple qui nous échappe tous. Qu’il possède un secret métaphysique remettant en cause l’ontologie même des vies que nous menons.

Et au delà de ça c’est le petit geste qui me passionne. Comment on peut se retrouver un soir, dans un pays inconnu (la question de la langue est également fascinante, ses voyages n’étant pas vraiment destinés aux rencontres sociales puisqu’à part un anglais approximatif, il ne peut se faire comprendre des autochtones) et chercher un endroit ou étendre son sac de couchage et dormir? A même le sol, sur le banc d’un  parc municipal, dans les ruines d’une usine à l’abandon, au fond d’un fossé. Comment le matin on peut se lever, plier bagage et repartir vers un autre banc, un autre fossé et d’autres ruines ? J’aimerais filmer ses gestes de vie, essayer de saisir dans son corps cette volonté extraordinaire qui l’incite à vivre comme l’on vit quand on y est forcé, quand on n’a plus le choix, quand la société n’a plus voulu de nous. Mais là c’est lui qui n’a plus voulu de la société. Il la réfute sans regret, sans romantisme, sans flamboyance. Il vit juste comme un bonze ascétique dont l’unique prosélytisme est sans doute de promouvoir la possibilité d’un bonheur autrement vécu et d’un épanouissement ne répondant pas à la grille constructiviste de plusieurs millénaires d’évolution.

J’ai le sentiment d’avoir beaucoup plus à apprendre d’un homme comme lui (et peut-être uniquement en le regardant) que d’un quelconque sage. Je me rappelle avec acuité ma fascination similaire lors de ma découverte de la théorie du bon sauvage de Jean-Jacques Rousseau. Très longtemps j’ai fantasmé sur ce retour au primitif, à ce détachement absolu de toute construction humaine, physique, morale ou culturelle. Il me paraissait déceler dans cette éventualité la possible révélation de l’humanité la plus pure et la plus sacrée dans cette fusion totale avec la nature où je me rêvais me végétaliser et voir ma peau devenir écorce, mon sang eau douce et mes cheveux feuilles vertes et orangées. Et je me rends compte que le récit de ce jeune homme m’a violemment rappelé cette période de ma vie, pleine d’idéaux qui aujourd’hui me paraissent obsolètes et stupidement romantiques. Je crois que ce jeune homme qui n’existe dans ma tête que comme une frêle silhouette a pourtant investi un champ dans mon imaginaire absolument gigantesque.

Alors je continuerais à me l’imaginer. A souffrir à sa place de la vie qu’il a choisi à défaut de pouvoir m’en réjouir avec lui, faute de ne pas posséder l’amulette magique me permettant de m’élever avec lui au dessus du monde.

La Vie mode d’emploi

Lundi 9 mars 2009

J’ai terminé hier La Vie mode d’emploi de Georges Perec, ce « romans » un peu effrayant de prime abord par son concept et son volume. Il raconte l’histoire d’un immeuble parisien d’une rue imaginaire du XVIIème arrondissement. Comme si l’on avait coupé la façade, l’auteur s’attache à décrire avec minutie chaque pièce de l’édifice et d’en établir l’histoire materielle des objets ainsi que l’histoire des propriétaires et locataires. On ne suit donc pas l’histoire d’une personne mais d’une multitude de personnages (il serait fastidieux d’essayer de les dénombrer) et comme si ce n’était pas suffisant Perec n’hésite pas à raconter l’histoire de ce personnage présent dans cette peinture accroché au dessus du lit où de cet auteur de roman qu’un des personnages est en train de lire. C’est donc une espèce d’arborescence abyssale de récits et de vies en tout genre. Et tout cela raconté par un narrateur omniscient, sans aucun dialogue, juste raconté comme un inconnu rencontré au bar d’un troquet commencerait à te raconter des histoires. Absolument passionnant et impressionant.

Tout le projet du livre tient dans le projet fou d’un des personnages surnommé Bartlebooth (mon nouveau héros). Je ne le raconterais pas ici, ça n’a pas d’intérêt de déflorer le pilier central du roman mais c’est tout simplement magnifique et ça correspond à une certaine idée que je me fais de l’art et de la vie en général.

J’en parle très mal, je me rends compte que je n’ai pas grand chose à en dire d’un point de vue critique, car c’est un livre qui dépasse probablement tout cela et qui échappe même à l’accaparement critique. Il n’est que la somme et la synthèse de deux millénaires de littérature. Oui rien que ça, il nous offre un monde gigogne de mythologies quotidiennes et d’humanité transfiguré par les mots. Pour le coup, et c’est là que tient sa specificité en tant qu’objet littéraire (comme tout ce que j’ai lu de Perec d’ailleurs), c’est absolument inadaptable au cinéma. Bien sûr on pourrait en faire un film avec plusieurs personnages qui se croisent et s’entrecroisent mais on perdrait absolument TOUT l’intérêt du roman, car l’important ne sont pas les histoires en elle-mêmes mais bel et bien l’histoire qui se dégage de tout ceci, cet enchevêtrement complexe des objets, des vies, des époques. Le livre a été conçu selon la théorie (entre autre, il y eut plusieurs contraintes émanant de l’Oulipo) du polygraphe du cavalier derivé d’un problème d’echec où, partant d’une case désignée de l’échiquier, le cavalier doit parcourir les soixante-trois autres cases, sans jamais s’arrêter plus d’une fois dans la même, et sans en omettre une seule. Et dans le roman chaque case correspond à un chapitre. Voici à quoi ressemble d’ailleurs le trajet de l’auteur dans les pièces de son immeuble imaginaire :

Polygrpahie du cavalier ramené a La Vie mode d'emploi

Enfin voilà c’est dans l’abstraction totale de ces droites qui se croisent que se tient toute la richesse de ce roman somme, le roman d’une vie.

Georges Perec est une des mes grandes découvertes littéraires de ces dernières années (la dernière est Joseph Conrad et remonte à trois ou quatre ans). Je crois que si j’avais lu Un homme qui dort à 15 ans, il aurait changé ma vie mais même en l’ayant lu a 26, je peux dire que son incidence et l’incidence générale de l’oeuvre de cet auteur précieux et trop souvent réduit à son principe du lipogramme (suppression d’une ou plusieurs lettres au coeur d’un texte) où ses originalités stylistiques plutôt qu’à la richesse humble de l’oeuvre laissée derrière lui.

Tridi 13 Ventôse CCXVII

Mardi 3 mars 2009

Le titre de ce petit billet correspond très précisément au jour d’aujourd’hui selon le calendrier républicain tel qu’il fut créé à la Révolution Française. C’est en regardant Austerlitz d’Abel Gance (film magnifique au demeurant) que je me suis intéressé soudain à cet épisode étrange du calendrier français. Ma culture inconsciente de tout cela était totalement parcellaire et minime. Je savais qu’il existait un calendrier parallèle  au calendrier dit « grégorien » mais j’en ignorais les détails. J’avais en mémoire cet événement historique du 18 Brumaire mais j’étais incapable de savoir à quoi il correspondait vraiment. C’est donc grâce au fidèle Wikipedia que j’ai pû approfondir ma connaissance de ce singulier changement qu’on voulu imposer les républicains. Dans cette période d’émancipation du peuple, où l’on a redigé la déclaration des droits de l’homme, on a même voulu révolutionner l’organisation des jours, des mois et des années dans un but d’atteindre une laïcité totale de l’état. Il est incroyable de voir qu’il y a à peine quelques années la question de la laïcité remontait à la surface pour des histoires de foulards sur la tête alors qu’il y a plus de 200 ans on a failli aller dans un mode de vie d’où la religion était totalement exclue de l’organisation sociale. Quel dommage que ce calendrier fut abandonnée ! Bien sûr nous y aurions perdu Noël (et tout les films de Noël qui vont avec… pas de Gremlins…), Pâques et la Toussaint mais nous aurions gagné ce sentiment d’avoir pu organiser nous-même le quotidien de nos vies, sans que Jésus décide si nous devons manger du poisson le vendredi et ne pas travailler le dimanche. Et j’aime à m’imaginer ce que ce serait devenu la vie quotidienne sous ce calendrier aux noms étranges, évoquant pour les mois un aspect climatique correspondant à la période de l’année (j’ai d’ailleurs découvert que Germinal était un mois du calendrier républicain), alors que le monde entier a depuis longtemps adopté le calendrier grégorien.  Il serait clairement impossible dans la globalisation d’aujourd’hui de faire coexister les deux (le calendrier républicain compte des semaines de dix jours – par contre il n’est pas précisé combien de jours de « week-ends » étaient prévus…) mais je rêve d’un monde parallèle où l’on célébrerait le jour des épinards (oui car chaque jour de l’année a été affublé d’un nom de légume, de plante ou d’animal en remplacement du nom des saints), le jour de la pistache, du silex, le pâquerette, de l’écrevisse… Personellement je suis né le jour du laurier-thym, la classe.

 

Tridi 13 Ventôse CCXVII 519px-Calendrier-republicain-debucourt2

Enfin bref, je trouve que c’est une impulsion géniale d’avoir voulu s’affranchir de tout ces siècles d’hégémonie culturelle religieuse (même si je  ne nie pas tout ce qu’elle a pu apporter à l’art, l’architecture, la litterature etc…) pour littéralement faire table rase de tout ça. C’est assez beau dans l’idée et quand je vois qu’aujourd’hui les efforts à fournir pour que les choses bougent un minimum, j’ai de gros doutes sur l’évolution sociale de notre époque. Alors voilà en guise de geste politique, je viens de rejoindre un groupe Facebook (je ne pensais pas qu’il en existait déjà un et j’étais prêt pour le créér moi-même), acte puissant et signifiant et dorénavant je militerais pour le retour du calendrier républicain ! C’est un acquis de la révolution que l’on a malheureusement laissé s’échapper, il n’est pas trop tard pour en reprendre possession  ! Allez tous avec moi bordel ! (Je sais que ça plaira à Gin, avec son athéisme primaire…)

 

Bon à part ça, je suis plutôt content de mon « week-end », puisque les premiers dossiers partiront demain matin. Donc gros soulagement de pouvoir enfin lancer le bébé. Advienne que pourra.

Rien à dire

Lundi 2 mars 2009

Bon et bien ce qui devait arriver est arrivé. Je n’ai plus rien à écrire. Enrôlé dans l’aliénant système des 35 heures mon quotidien ne me laisse plus le temps de trouver de la matière à venir étaler ici. Et ce n’est pas par manque de temps mais plutôt par fainéantise et par manque de disponibilité intellectuelle. C’est là à ce moment précis que s’opère ce basculement tant redouté vers la douceur agréable du laisser-aller où le travail et la détente et la dialectique qui les rend inhérents l’un à l’autre sont les uniques préoccupations de l’employé. Il est très facile de tomber dans cette satisfaction de l’immédiateté, condamné à être frustrante et porteuse d’immenses regrets sur le long-terme. C’est pourquoi je me torture et ne me laisse pas tranquille en essayant toujours d’aller chercher au fond de moi ce qui va véritablement avoir un sens pour moi. Essayer de ramener toujours sa vie à la surface. Ou du moins essayer de le faire. Sinon elle s’enfonce et s’enfonce et finit par se ratiociner comme la pousse abandonnée et rabougrie d’un arbuste privé de soleil.

Et mine de rien venir écrire ici est un geste qui est une étape de ce processus. Car cela me fait prendre conscience des choses. Par l’écriture je mets à plat ce qui me tourment et ça ne reste pas des pensées diluées dans les cumulonimbus orageux de mon cerveau. Mais bien sûr que l’acte le plus signifiant de ce manifeste anti-routine est bien sûr l’avancement de mes projets ciné et la ferveur avec laquelle je m’y consacre. Je suis toujours sur l’écriture du Chevalier Errant sans Monture où un problème assez précis me bloque depuis quelques jours. J’espère pouvoir terminer cela aujourd’hui et demain (mes jours de congés) et pouvoir enfin envoyer le premier dossier à une boîte de production.

Bonus anecdote : Hier un client est venu et est resté devant un des écrans du magasin, celui qui diffusait La Momie 3, durant près de deux heures. Là, debout, sans bouger, au milieu de la foule pressée et vulgaire du dimanche il a regardé le film du début à la fin, sans le son. Au générique il est parti comme on part d’une séance de cinéma. C’est une image qui m’a paru terriblement triste. L’affichage de cette solitude stérile et désoeuvrée un dimanche après-midi dans un grand magasin sonnait comme un appel à l’aide, un SOS amitié lancé au milieu de l’humanité qui y est restée sourde.