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Archive pour décembre 2008

Handicapé du clavier

Mardi 16 décembre 2008

Je sors d’un week-end je dois le reconnaître bien morose dont le point d’orgue aura été ce renversage dantesque d’un verre de boisson citronnée Leader Price sur mon beau clavier ergonomique Microsoft samedi soir à 1h du matin. Suite à un nettoyage sommaire, le clavier s’est averé totalement foutu, la moitié des touches ne répondant pas. Ce fut là une terrible tragédie. Premièrement car j’adore ce clavier, qu’il est ultra agréable à utiliser et que mes doigts étaient littéralement faits pour ses touches et deuxièmement parce que sans clavier on ne peut plus utiliser un ordinateur correctement. Impossible de taper une adresse, une recherche google, impossible de travailler (au moins j’ai une bonne excuse)… Donc hier matin, lundi, je me rends à la Fnac acheter un nouveau speciment forcément basique et incapable d’égaler l’érgonomie et la puissance de mon feu Microsoft. Je trouve mon « bonheur » pour 15 € et rentre chez moi content de mon achat et soulagé de pouvoir de nouveau être autonome (cette dépendance à l’informatique m’a d’ailleurs quelque peu effrayée). Et là je déballe le paquet et crac ! le clavier est cassé. Très agréable découverte qui me poussera à retourner au magasin poireauter trois quarts d’heure à leur SAV encombré pour qu’on me change (avec un petit rechignement) mon clavier. En pleine période de Noël c’est toujours agréable d’aller s’engouffrer dans un centre commercial hyper bondé… Enfin bref me voilà de nouveau operationnel.

Cette anecdote assez pitoyable sur l’état de mon matérialisme occidental primaire fut confronté de plein fouet par un bénévole de Handicap International qui m’a intercepté dans la rue pour me proposer de devenir donneur régulier. Après avoir déballé mes banalités déconcertantes sur ma situation financière « je travaille à mi-temps, je touche les assedics… » j’ai pris de mon temps pour l’écouter. Et j’ai réalisé à quel point tout ça, toutes les préoccupations que l’on peut avoir dans nos vies confortables se heurtent honteusement aux horreurs de ce monde. Aux bombes à sous-munitions qui jalonnent les champs du Vietnam et que les enfants prennent pour des citrons, à la poliomyélite qui, sans vaccin, entraîne encore des milliers d’amputation et de paraplégies, au Sida mal soigné et qui se répand plus vite que l’on n’ose l’imaginer… Enfin bref, ailleurs il y a des gens qui se battent pour survivre et d’autres gens qui se battent pour les aider à survivre et moi je suis obnubilé par un clavier d’ordinateur. Bon je vis dans la société qui m’a elevé, je suppose que ce n’est pas véritablement de ma faute mais j’ai honte quand même. Alors je me suis engagé à devenir donneur régulier. Non pas pour apaiser ma conscience vraiment pas. Ce serait le summum de l’indignité mais au contraire pour lancer vers eux, ces Hommes qui souffrent un grain de sable qui j’espère pourra aider un peu.

Voilà la seule chose positive que je retire de tout ça. J’ai mon nouveau clavier et je suis en colère parce qu’il m’est impossible de configurer la touche « courrier » pour arriver directement sur Hotmail. Tout est à sa place. Dans une hiérarchisation des problèmes de vie totalement incohérente et effrayante. Mais c’est ainsi, il faut s’y faire ou partir en Afrique, en Asie ou en Inde et mettre sa vie en jeu au service des autres et pas uniquement quelques euros dérisoires. Mais je n’en suis pas là et n’y serait probablement jamais même si ça me désole et m’attriste.

A part ça, presque une semaine après la note d’intention et le synopsis ne sont toujours pas « définitif ». Je n’arrête pas d’effacer, de recommencer, de rajouter, de me perdre etc… Je ne sais pas très bien si ce que j’écris fait sens ou pas et surtout si c’est vendeur pour le scénario. Les quelques mois à venir nous le dirons je pense.

Dernière petite chose, Entre la Lune et le Soleil a été sélectionné au Festival de Valloire en catégorie Off (juste une projo quoi). Rien de bien transcendant mais ça fait toujours plaisir. En outre il sera diffusé dans un bar de Paris en Janvier.

Et last but not least, Gin arrive dans deux jours !

Le synopsis de la note d’intention

Mercredi 10 décembre 2008

Gin n’a pas tari d’éloges sur mon scénario ce qui, m’a ostensiblement redonné confiance dans le projet. Non pas que je l’avais perdu mais je crois que j’ai toujours besoin d’un support extérieur pour pouvoir m’assurer que je ne fais pas fausse route. Bon Gin n’est pas forcément la plus partiale des lectrices mais je connais sa sincérité donc je suis rassuré. J’ai également envoyé le scénario à un producteur potentiel mais de ce côté-là, je n’ai toujours aucune réponse.

 

Maintenant viens le moment le plus horrible du processus. Vendre son projet. Tout d’abord il faut écrire un synopsis et une note d’intention qui donne aux décideurs l’envie de lire le scénario. Et écrire ces deux petites choses (d’environ une page chacun) est un calvaire assez terrible. Car ce sont des textes absolument vitaux à l’existence du film (Ce qui est assez ironique puisqu’une fois le film engagé ces textes n’ont plus vraiment d’utilité). Sur la qualité de ces textes, on aura la chance d’être lu et peut-être d’avoir un rendez-vous et si on se met à rêver, d’avoir un contrat. Ce sont des échelons qu’il faut gravir un à un avec une sélection naturelle qui s’opère à chaque étape. Un peu comme la star ac’. Et ces textes sont la première étape, la prise de contact. Si on échoue là, rien n’est possible.

 

Alors il faut choisir chaque mot avec un soin tout particulier. Construire des phrases harmonieuses et sensées. Ne pas trop en faire mais en même temps ne pas être trop sommaire. La note d’intention doit expliquer le processus de création qui a mené à se scénario et le processus de création qui va porter le scénario en film. Il faut donc parvenir à justifier cette volonté de cinéma avec des mots. Cela ne peut pas venir des tripes, il faut que ça vienne du cerveau. J’ai un peu du mal à commencer, j’écris des choses qui me paraissent mauvaises ou mal dites, j’efface, je recommence. J’écris un paragraphe qui me semble ridicule. J’efface encore. Je recommence plus intelligemment. Mais je me perds et au bout de deux phrases me retrouve dans l’impasse de ne plus savoir quoi dire.

 

Enfin bref. C’est un exercice bien désagréable et pourtant inhérent à toute démarche cinématographique. Espérons que je parvienne à quelque chose de correct. J’aimerais que ce soit beau et touchant comme l’est le scénario (enfin pour moi). Mais c’est pas gagné.

Je mate ma voisine…

Vendredi 5 décembre 2008

 

 

 

 

Lorsque j’ai visité l’appartement dans lequel je suis actuellement nous étions deux. Et ça tombait bien puisqu’il y avait deux appartements identiques, côte à côte à louer. J’ai un peu discuté avec ma future voisine qui m’a dit être dessinatrice et avoir un contrat avec une maison d’édition pour une BD. J’étais assez impressionné, lui disant sans me démonter que j’étais réalisateur et que je cherchais un contrat avec une maison de production… Nous nous quittâmes ce jour là et depuis je n’ai plus eu aucun contact avec elle. Je n’étais même pas sûr qu’elle ait emménagée à côté tellement c’est toujours extrêmement silencieux. Or depuis quelques jours je me suis aperçu d’une chose. A chaque fois que je vais dans ma salle de bain, je peux voir par ma fenêtre le reflet de sa fenêtre dans la baie vitrée d’en face. Et à chaque fois je vois la même chose. Une petite lampe est posée sur un bureau et je vois sa tête penchée. Elle dessine. Et le plus terrible c’est que je la vois dessiner du matin jusqu’au soir. Que je rentre dans ma salle de bain à 9h ou à 17h c’est pareil. Quand un moment je ne vois plus la petite lampe allumée j’ai comme un soulagement intérieur indescriptible. Car la voir travailler à son art avec tellement de constance et de labeur me renvoie à ma propre inactivité et me plonge dans des abîmes de culpabilité. Encore une fois je ressasse la même chose mais c’est assez saisissant de voir comment la confrontation avec un autre artiste (terme générique) peut me miner le moral. Quelque part cela peut me pousser à travailler et à me dépasser mais sitôt que cette idée germe dans mon esprit, je suis affligé par ma propre logique de compétition. Tout ça pour dire à quel point ma névrose me poursuit jusque dans un reflet indistinct sur une baie vitrée. C’est une image qui me rappelle ce magnifique poème de Baudelaire, Les fenêtres. Une de mes sources d’inspiration pour le scénario que je suis en train d’écrire. Une des petites choses les plus belle qui soit. Je m’y reconnais tellement là-dedans que c’en est troublant. Je vous le livre juste en dessous.

Allez let’s cut the crap and go back to work !

Charles Baudelaire, Les fenêtres in Le Spleen de Paris :
« Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.
Par-delà des vagues de toits, j’aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.
Si c’eût été un pauvre vieux homme, j’aurais refait la sienne tout aussi aisément.
Et je me couche, fier d’avoir vécu et souffert dans d’autres que moi-même.
Peut-être me direz-vous: « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie? » Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis? »

 

L’ironie de la pluie

Jeudi 4 décembre 2008

Je me suis levé ce matin avec la motivation nécessaire pour prendre mon petit-déjeuner, sortir et aller courir aux Buttes-Chaumont. A mon avis, une telle décision est assez courageuse et j’en étais le premier fier et orgueilleux. Or il m’a suffit de tirer mon rideau pour que toute cette belle petite entreprise qui, c’était certain, allait donner à cette journée la parfaite matière constitutive, pour me faire couper dans mon élan par une grosse claque du destin. Il pleut. Tout simplement. Et s’il pleut je ne peux pas courir. Techniquement si, je pourrais courir mais déjà que je me force car c’est loin d’être une activité que j’apprécie alors si en plus je dois la pratiquer mouillé et frigorifié non merci. Donc me voilà là, comme un con, avec mes vêtements de sport au milieu de mon appartement à ne plus savoir que faire.

 

Je viens donc écrire ici cette tragédie terrible qui va certainement avoir des conséquences dramatiques sur cette journée. Il est incroyable de voir à quel point lorsque l’on a tout son temps il est beaucoup plus facile de le perdre par manque de volonté organisationnelle que lorsque l’on travaille où la valeur du temps libre force immédiatement à l’action. Bref je ressasse toujours un peu les mêmes obsessions et cette même culpabilité face à mon inactivité latente et ma difficulté à rester concentré plus de trente minutes. J’ai souvent en tête l’image d’une pièce carré en béton avec une table et une chaise. Un espèce de cachot dans lequel on me jetterais huit heures par jour et qui me forcerait à travailler faute d’autres choses à faire. La première fois que j’ai eu cette image c’était au lycée. C’est dire si j’ai toujours les mêmes préoccupations. Je crois qu’il faut que je m’y fasse et que j’accepte ce que je suis au lieu de me blâmer en permanence ce qui finit par s’avérer totalement contre-productif. Mais je suis dur avec moi-même et je crois que je le serais toujours. C’est un moyen pour moi de garder un certain contrôle de ce que je suis. Il y a le Greg laborieux et combatif et le Greg passif et mou que je déteste infiniment parfois.

 

Mais tant que le premier gagne sur le second ça va, j’ai encore de l’estime pour moi. Enfin bref. Il pleut toujours. Je vais essayer de travailler. Essayer. Travailler. La lutte entre les deux parties de moi-même s’engage. J’ignore encore laquelle va gagner.

Tell me what. I don’t like mondays

Mardi 2 décembre 2008

La caricature parfaite de la scène d’ouverture d’un film sur un loser qui se lève un lundi matin avec toutes les emmerdes du monde. Je me suis fait réveiller par la vibration de mon téléphone qui m’annonce une facture de téléphone de 100 € alors que ça fait un mois que je n’appelle personne. En lisant le SMS je m’aperçois avec une absolue horreur qu’on est le 1er décembre alors que j’étais persuadé qu’on était le 30 novembre. Le problème est que certains des festivals pour lesquels j’ai postulé et dont les enveloppes attendent sagement sur ma table basse d’être postées avaient leur deadline le 30 novembre… J’allume mon ordinateur et un e-mail courtois m’annonce que mon film n’a pas été sélectionné pour un festival. Je ne sais pas ce qui est arrivé mais je me suis juste senti totalement misérable et pathétique et cette sensation a traîné en moi toute la journée laissant une trace profonde et désagréable sur mon moral. Après avoir traîné plus ou moins et regardé un film qui aurait dû me faire rire mais qui n’a pas rempli son contrat (40 ans toujours puceau) j’ai quand même réussi à terminer ces enveloppes pour les festivals et j’ai pû aller à la poste pour envoyer tout ça (j’ai inclus ceux dont la deadline est passé, je suis un naïf). Cela a été et sera le seul moment positif et constructif de cette journée qui ne demande qu’à se terminer et à tomber dans l’oubli.

Récemment je pense beaucoup à ce projet de long-métrage que j’ai en tête racontant l’histoire d’un jeune homme qui rêve de devenir réalisateur. Mon histoire. Chaque jour j’y rajoute des scènes copiées de ma propre vie. J’aimerais le faire maintenant dans cette humeur que j’ai et cette incertitude totale quant à la réussite ou non de ce projet. Car si un jour j’ai l’opportunité de le faire ce sera avec les yeux d’un homme qui a réussi et ce sera forcément biaisé. Or, maintenant assis dans cet appartement de 14 m2 j’ai l’impression que ma quête inassouvi contient en elle tout sa tragédie et sa puissance symbolique de choix de vie. Si un jour ce film se fait, j’aimerais le terminer dans le doute. Va-t-il réussir ou non ? Je ne le sais pas maintenant. Je n’en ai pas la moindre idée. Réussiras-t-il à faire du cinéma ? Réussirais-je à devenir réalisateur ? Putain de question qui m’hante chaque jour de ma putain de vie depuis un peu trop longtemps. Se poser la question c’est envisager l’échec. Je me suis souvent dit ça dans un mouvement de déni proprement ridicule et naïf. Comme quand on pense que quelqu’un meurt on s’en blâme horriblement de peur que la pensée puisse causer effectivement son décès.

Je remue du noir avec tout ça. Le fait qu’inconsciemment ce soit ce scénario là qui me revienne le plus souvent en tête en ce moment, alors même que rien de concret n’a jamais été écrit (à peine un feuillet avec deux trois idées de scènes), montre bien dans quel état d’esprit je me situe. Mais bon cette déprime latente n’est jamais très tenace. J’ai la chance d’avoir un naturel optimiste et de toujours regarder demain avec envie et excitation alors ça va.

Mon boulot s’est bien déroulé. J’ai à peine l’impression de travailler. On peut trouver ça un peu prétentieux mais c’est vrai. Ca coule tout seul. Le temps passe vite et c’est souvent assez agréable.

J’écoute Sigur Ros maintenant. Incroyable dans quel état de mélancolie peut me mettre certaines de leurs chansons. Putain c’est puissant !