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Archive pour novembre 2008

Ca commence aujourd’hui

Vendredi 28 novembre 2008

 

Et bien ça y est j’ai effectué mes deux demi-journées de formation au Virgin et je dois dire que je suis plutôt satisfait de mon futur boulot. Je trouve assez gratifiant de voir quelqu’un arriver en face de toi te demander un film ou une série et de lui trouver, de lui remettre en main propre. Et souvent tu lis dans leurs yeux une étincelle d’excitation d’avoir trouvé leur graal de la journée. Et puis cela entraîne des discussions intéressantes sur le cinéma. Comme quand un fan de Van Damme et de Steven Seagal vient te demander les films desdits acteurs et qu’il a un avis très arrêté sur quels sont leur meilleurs performances. Il finira par partir avec l’équivalent de 100 € de daubes dans les mains mais le vendeur reste toujours objectif et tu n’as pas le droit de lui dire « n’achetez pas ça c’est de la merde, pourquoi vous n’achèteriez pas le joli coffret Jacques Demy ou l’intégrale Palettes qui, pour le même prix, vous stimuleraient intellectuellement un peu plus que Seagal et Van Damme en train de tatanner du terroriste ? ». Tu n’as pas le droit mais tu en as envie. Foutrement envie.

Enfin on verra ce week-end où apparemment le client se mue en gros connard pressé et irrespectueux.

 

Sinon ces deux journées de formation m’ont chacune permis de rencontrer des personnages légendaires du folklore français. Le premier fut Christian Morin, mister Roue de la Fortune et le second fut Vincent Lindon qui semblait ne plus avoir de problèmes de tics. C’est toujours assez surprenant de lever la tête et de voir à un mètre de toi un mec que tu connais à travers les films et de bafouiller un « bonjour » un peu contrit par la stupéfaction. Amusant. Le genre de choses qui apporte à une journée de boulot le petit grain de folie que tu raconteras à ta femme (si tu en as une) le soir devant le bon dîner qu’elle aura cuisiné pour toi pendant qu’elle te taille une pipe sous la table et que tu lis négligemment le journal qu’elle t’aura acheté.

 

Bon on va finir cet article peu inspiré par quelques pubs que j’ai trouvé sur cet excellent blog (à garder pour tout les amateurs d’images et de nouvelles technologies). De vrais petites merveilles qui répondent simplement d’elle même à cette sempiternelle question : la pub est-elle un art ?

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Dysimétrie Idéale

Lundi 24 novembre 2008

Découverte ce matin de cet étonnant court-métrage Papillon d’Amour de Nicolas Provost qui avec une idée simple (la découpe d’une image en deux et sa reproduction symétrique, comme lorsque l’on se place sur l’arrête d’un miroir) parvient à créer des formes et des mouvements d’une évocation poétique et d’une puissance extrêmement vigoureuse. La déformation de la figure humaine contient quelque chose de fondamentalement terrorisant car elle met en jeu l’intégrité physique de ce qui nous constitue pour atteindre cet état de monstruosité et je vois dans ces visages dédoublés et ces faces de cyclope la mise en exergue corporelle de la folie. Une sensation étrange et crispante de mal-être. Cela me fait penser aux photos déformées dans Ring de Nakata qui m’avaient tant effrayées. Il y a cette même peur viscérale et intangible face à un stimuli tout inconscient. Mais c’est contrebalancé par la danse aérienne des draperies, les formes papillonaires justement qui deviennent soudain de purs morceaux chorégraphiques et abstraits d’une beauté saisissante. Je n’aime pas trop la musique même si elle représente bien cette dichotomie entre une poétique sensible et une distorsion délétère. Le pouvoir de l’image (et du son ça va sans dire) me surprendra toujours.

 

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Le footage provient apparemment de Rashômon de Kurosawa que je n’avais pas reconnu alors que j’adore le film.

Au Hasard Balthazar

Lundi 24 novembre 2008

Je sors d’un week-end plutôt chargé où je réalise avec un certain plaisir que je n’en ai absolument maîtrisé aucune composante. Je précise. Vendredi a été une soirée où j’ai été invité par le fidèle C. mais où je ne connaissais personne. Ce fut donc une soirée de rencontres et, l’alcool aidant, finalement extrêmement sociale et divertissante. A cette soirée je rencontre L. qui grâce à son CE a des places de théâtre gratuite et justement il cherche quelqu’un pour l’accompagner dimanche après-midi, voir une obscure pièce de Shakespeare, très rarement montée, Coriolan qui dure près de 4 heures. Les fêtards présents étant peu enclins à aller découvrir cette oeuvre méconnue d’un autre pourtant majeur, je me porte volontaire et gagne l’enchère sans lutte aucune. Je me retrouve donc cet après-midi à aller voir une pièce de théâtre dont j’ignorais l’existence vendredi (il s’avérera que la pièce n’a pas été passionnante, c’est le Shakespeare plus politique que lyrique et tragique, intéressant bien qu’un peu théorique et froid). Entre temps je me suis rendu samedi soir à un dîner organisé par un des membres d’un des forums de cinéma que je fréquente. On se retrouve tous au restaurant (spécialisé dans la Flammeküche, Flammeküche en entrée, Flammeküche en plat principal, Flammeküche en dessert) et l’on confronte pour la première fois l’image réelle avec l’image virtuelle et tout ce que ça comporte comme moments embarrassants où l’on peine à cacher sa surprise face à une personne que l’on imaginait différente. Et puis la chose assez déstabilisante c’est ce que ces nouvelles personnes connaissent des choses sur toi que tu ne te souviens même pas avoir rendu public. Beaucoup m’ont dit « ah c’est toi qui étais en Espagne et qui vient de s’installer sur Paris ? ». L’impression singulière que des étrangers te connaissent déjà. Après des présentations chaotiques où je me présentais uniquement sous ma forme 01 (« Art Core, enchanté ») on s’assoit enfin et doucement, tranquillement on commence à parler. Cinéma bien sûr mais quel merveilleux vecteur social. Aucun blanc, aucune gêne. Juste du cinéma. Et c’est inépuisable.

Coriolan

 

 

A ma gauche une encyclopédie vivante du cinéma classique américain et français mais qui me dit s’être arrêté après Star Wars (on est donc incompatibles). Donc lui je ne sais pas s’il était dans un show étalage mais il sortait des noms de films, de réalisateurs et surtout (c’était sa botte secrète) d’acteurs de seconds rôles parfaitement inconnus (enfin pas pour lui à priori) qui m’ont fait sentir comme un spermatozoïde nageant très vite pour pénétrer le premier ovaire qui se présente à lui. Il était fort parce qu’il m’a fait penser à un IMDB vivant puisque d’un film il passait à un autre film du réalisateur puis enchaînait sur un film avec le même second rôle puis on passait en revue un autre film de la même compagnie avant d’envisager des films du même genre fait à la même époque. C’était fort et surtout incroyablement continu et régulier. Alors bien sûr dès qu’un film que j’avais vu était évoqué je sautais euphoriquement en travers de la table en beuglant maladroitement un avis totalement décousu sur le film en question avant de me rasseoir un peu honteux. On se tournait vers moi un instant dans un silence gêné puis la discussion reprenait, m’ignorant de nouveau me laissant moi et ma goutte de sueur me caresser la colonne vertébrale.

Capitaine Flam

 

A ma droite, un mec qui, déjà sur le forum, avait pas mal attiré mon attention vu son attirance manifeste pour le cinéma tchèque et des balkans. Très content de me retrouver à côté de lui, je dois dire qu’il m’a aussi complètement laissé sur le cul avec sa culture phénoménale de tout ce qui concernait la musique de film. Il connaissait le compositeur de n’importe quel film et était capable en quelques mots d’en faire immédiatement une analyse : « légèrement atonale avec une belle utilisation des cuivres ». Bref une bonne grosse brutasse dans son genre. Et il était sincèrement passionnant. Il a fallu que je lâche « Philip Glass » (musicien que j’aime bien notamment pour son travail sur les Qatsi de Reggio) pour que s’entame une discussion qui a bien duré presque une heure (je regardais d’ailleurs avec tristesse sa Flammeküche refroidir et sécher dans son assiette, il était trop passionné pour pouvoir manger en même temps qu’il parlait). Absolument fascinant et passionnant, d’autant qu’il y avait dans ses deux personnes une passion que l’on sentait absolument totale. Je dirais même une passion dévorante qui faisait trembler leurs voix, leur faisait arrêter toute chose tangible dès qu’ils évoquaient ces œuvres qui ont changé leurs vies. Je les sentais sincèrement au bord d’une folie en circuit fermé. Comme à la porte d’une dépendance totale et exclusive au cinéma. Assez flippant finalement car je crois ne pas être foncièrement différent d’eux, mais que je ne m’étais jamais aperçu de cette extrémité dans la forme que peut prendre l’expression de cette drogue vers laquelle, chaque jour, je cherche mon paradis artificiel (je relis Baudelaire dernièrement, un peu par hasard, un peu par nécessité).

 

C’est donc un week-end rempli d’activités que je n’ai pas décidé avec des gens que je ne connaissais pas du tout. Et c’est assez encourageant de voir comment la relation sociale peut se tisser rapidement et de manière spontanée. Que ce soit avec des mecs bossant dans la finance ou des cinéphiles complètement allumés. Ca me fait doublement plaisir, moi qui vient d’emménager tout seul dans une des plus grandes villes du monde. Je crois que j’ai besoin de ça.

 

Je suis geekopositif…

Jeudi 20 novembre 2008

Depuis la première fois que j’habite seul j’ai ressenti ce soir cette terreur insidieuse et lancinante qui a germé dans mon ventre devant l’ennui et la vacuité ouverts devant moi. C’est comme un sentiment d’épouvante terrible motivé par rien. Par un trop plein de rien. Et ça ne m’était absolument jamais arrivé en deux ans de vie commune. Parce que ce rien ne peut tout simplement pas être. Face à l’autre il ne peut avoir de rien. Il peut y avoir de l’ennui certes mais pas cet abysse sans fond dans lequel je m’enfonce. Car face à moi il y a un être humain. Et que ça m’aidera toujours a rester à la surface. Gin me manque terriblement. Ce soir je me suis senti totalement vide et incapable de faire quoi que ce soit. Voir un film ? Trop d’effort cérébral. Lire ? Encore pire. Incapable de prendre une décision j’errais de pages Internet en pages Internet cliquant d’un doigt de plus en plus mollasson et désintéressé sur les différents liens hypertextes peuplant l’écran me disant que la meilleure option a un tel état de désoeuvrement métaphysique (oui j’aime l’emphase) était sans nul doute d’aller se coucher. C’est alors que je vois Gin, se connecter à MSN mais alors que je me fais une joie de sauter sur l’occasion et de l’accueillir d’un euphorique Holi Hola (formule qui m’a procuré environ deux secondes de fierté) elle me rétorque immédiatement un « Bébé MSN s’est connecté tout seul, je suis occupé là désolé » me laissant sans voix. On se fait quand même quelques papouilles smileysques avant de se quitter. Et moi de retourner dans ma solitude glacée et effroyable. Je continue ma litanie de clics profanes et égarés et c’est là qu’inopinément est venu mon salut. Mon égarement virtuel m’a conduit ici www.cubeecraft.com, un site, vous le verrez qui propose ni plus ni moins que de réaliser ses propres petites figurines de nos personnages favoris avec uniquement l’aide d’une imprimante, d’un cutter et de beaucoup de patience. Toute personne normalement constituée ne vas pas passer deux heures de sa vie à découper plier et insérer (putain elle va rentrer dans le trou cette languette de merde !!!!) des morceaux de papier ensemble pour aboutir à une figurine cuboïde ridicule. Moi si.

 

Je faisas défiler les différents personnages quand je tombe sur Ayanami Rei, personnage féminin de la série animée Evangelion et autant le dire tout de suite mon fantasme absolue dans le domaine Japanime pendant très longtemps (avant de finalement lui préférer Totoro). Elle est d’abord très belle avec ses cheveux bleus. Que ce soit en tenue de combat ou en uniforme de lycéenne, elle est juste complètement craquante. Mais ce qui m’avait surtout séduit chez elle c’est sa façon d’être. Cette indifférence totale face à la vie et en même temps cette combativité extrême et redoutable. Un personnage fascinant et passionnant. Mais là n’est pas vraiment la question me direz-vous. Je décide donc de me faire Ayanami Rei. J’imprime le plan et suis d’abord un peu surpris de ne découvrir aucun mode d’emploi. C’est donc du total freestyle. Je commence à découper avec un ciseau mais il s’avère rapidement que c’est bien trop compliqué. Le cutter est bien plus pratique. Ensuite vient le pliage et enfin l’assemblage (mais bordel de merde pourquoi qu’y veut pas rentrer la putain de languette dans le putain de trou de sa mère la pute les têtes de mort !!!!) . Et après une bonne heure (mais une vraie heure  !) vous avez une figurine toute bancale et pas finie mais infiniment belle puisque vous l’avez faite. Bon si je souffle dessus elle s’écroule.

 

Pour toi public : Bisou têtête

Un rouage ajouté au système capitaliste.

Mardi 18 novembre 2008

Ils viennent de m’appeler et j’ai le boulot. Ce n’est plus un CDI comme ils me l’avaient dit mais un CDD de deux mois. C’est pas plus mal pour moi puisque je n’ai pas forcément envie d’y passer ma vie mais j’espère quand même pouvoir le renouveler. Enfin bref je suis plutôt content d’être parvenu à trouver un emploi aussi rapidement et surtout ce job là en particulier. Car parmi tout ce qui était possible c’est un peu ce que je voulais le plus. Être vendeur de DVD ça me permet de rester dans le domaine du cinéma même si on est à des années lumière de ce à quoi j’aspire. Mais bon ce sera agréable de travailler entouré de produits que je connais et qui me plaisent. Ce ne peut être qu’un plaisir.

 

Maintenant reste à voir le côté vendeur que je n’ai absolument pas et qui d’ailleurs pourrait grandement me servir pour ma véritable carrière professionnelle. Savoir approcher les gens, leur proposer quelque chose. Essayer de les convaincre, de les pousser doucement insidieusement vers l’achat (la partie la plus détestable du job). Il va falloir que j’apprenne tout ça. Et c’est sincèrement excitant et challenging.

 

Voilà, ça me rassure parce que la semaine commençait assez mal avec beaucoup trop de glandage et pas assez de boulot. J’ai sincèrement du mal à m’y mettre. Je ne me l’explique pas vraiment mais je me culpabilise en permanence ce qui m’empêche d’être serein. Je suis tiraillé comme Baudelaire entre le Spleen et l’Idéal.

 

Sauf que j’ai pas encore écris mes Fleurs du Mal.

Lundi ou l’eternel recommencement.

Lundi 17 novembre 2008

Bon ça y est on est lundi matin. Le lundi je me mets toujours pleins d’objectifs pour la semaine à venir. Des choses à commencer, d’autres à terminer, la plupart, simplement à continuer. Et je ressens presque toujours une excitation sous-jacente à l’idée de tous les possibles qui s’offrent à moi. Et précisement cette semaine je fonde beaucoup d’espoir sur ma volonté et mon sens des priorités pour me mettre sérieusement au travail. Ecriture, distribution du précédent, édition d’un DVD digne de ce nom pour l’équipe et les potes, c’est maintenant qu’il faut que je me sorte les doigts du cul comme on dit.

 

Mais je suis motivé donc pour l’instant tout va bien. Aujourd’hui j’attends la réponse pour le travail au Virgin. L’entretien s’est bien passé mais j’ignore tout de leur décision finale. De toute façon comme je n’ai pas eu les Assedics je ne sais toujours pas si ces 1000 € était une erreur ou un geste généreux (et totalement gratuit) de leur part, donc je suis toujours dans l’indécision et la peur de prendre la mauvaise décision.

 

Au fait j’ai découvert avec beaucoup d’amusement que le croupier qui m’a séparé de 190 € ne travaillait pas seul mais faisait partie d’une franchise. J’ai rencontré 4 de ses collègues aux abords des puces de Montreuil. Exactement la même chose. Les cartons, les trois pastilles et les mêmes cons qui se font plumer. J’ai regardé un moment (j’hésitais quand même à me faire confiance) et j’ai vu avec un plaisir coupable quelques personnes perdre quelques billets. Et malgré leurs supplications pour me faire jouer j’ai laissé mon argent dans mon portefeuille.

 

Pas folle la guêpe !

Putain de sa mère !

Vendredi 14 novembre 2008

Il y a des jours comme ça où tout arrive d’un coup et on se retrouve tout perdu, sans trop savoir quoi faire. Je me suis fait réveiller par le mec de Virgin Megastore qui devait me rappeler depuis un mois et dont j’avais perdu tout espoir. Il me donne rendez-vous cet après-midi à 17h. Donc je me lève tout joie, plein de confiance et d’énergie. J’avais également décidé de régulariser ma situation Assedic et de notifier mon changement d’adresse. C’est là que je m’aperçois avec une horreur délicieuse qu’ils m’ont payé quasiment 1000 € pour le mois d’octobre (somme virée hier sur mon compte) ! Je suis censé toucher 30€ par jour mais je pensais que c’était sur la base de jours ouvrables et non sur tout les jours. Donc apparement je vais toucher ces 1000 € pendant 7 mois ce qui est absolument parfait. Je peux même faire des économies ! Et là vient le gros problème. Je ne peux pas travailler sinon je perds mes avantages (à moins de gagner moins de 70 % du salaire brute que je touchais avant). Donc entre toucher 1000 € par mois en ayant 100 % de mon temps pour mes projets d’écriture et de développement jusqu’en avril ou travailler à mi-temps pour être payé moitié moins et perdre mes avantages le choix semble évident. Mais premièrement je ne devrais pas être indemnisé autant. J’avais un job à mi-temps auparavant et je gagnais dans les 600 € donc y’a t-il une erreur ? Vont-ils me demander de les rembourser dans trois mois ? Deuxièmement si je refuse ce job à Virgin je le perds pour toujours, je ne pense pas avoir une deuxième opportunité. Et c’est un job qui me plairait bien (vendre des DVD). Bon je ne suis pas encore engagé mais là je suis totalement perdu. Et ce que j’aime avec les Assedic c’est qu’ils ont un serveur vocal totalement automatisé pour tout type de questions mais qu’il est impossible d’avoir un conseiller au téléphone. C’est impossible d’avoir des précisions.
Bon là tout de suite maintenant j’ai un peu envie de m’arracher les cheveux. Je suis vraiment, sincèrement perdu. Je pense me rendre à l’entretien mais s’il me propose une embauche que faire ? Lui dire d’attendre qu’il faut que je vois avec les Assedic si je perds pas mes droits ? Lui dire oui tout de suite et gagner 500 € en bossant plutôt que 1000 € en étant libre ? Arg… Putain d’argent de merde !

L’Art j’en sais rien… (calembour)

Mardi 11 novembre 2008

Mon installation à Paris a été plus douce que je ne l’imaginais. Le déménagement s’est bien passé et mes parents ont été d’une aide salvatrice. Quand ils sont repartis vendredi matin, je me suis senti véritablement étrange. C’était la première fois que je ressentais cet espèce de vide intersidéral dont je n’apercevais pas le fond. Non pas que mes parents allaient me manquer et que l’éloignement de ma famille me ferait souffrir, j’ai depuis longtemps vécu loin de chez eux, mais plutôt cette sensation de vacuité soudaine et totale qui s’est emparée de moi m’a plongé dans une tétanie dont j’ai eu du mal à me défaire. Seul dans mon petit 14 mètres carré, je ne comprenais plus très bien pourquoi j’étais là, ce que je devais y faire et comment commencer. Je n’ai pas eu (ce que j’espérais) cette folle excitation d’une vie indépendante et totalement free style qui pourtant commençait à me manquer mais au contraire, j’avais devant moi un éventail de possible trop grand et inaccessible que j’ai vu se ratiociner jusqu’au néant. Le zéro et l’infini ne font qu’un. Après deux ans de vie de couple je crois avoir oublié les réflexes naturels, les systématismes quotidiens et une organisation du temps qui ne se construit pas en fonction du temps de l’autre. C’est incroyable comme je n’arrivais plus à me souvenir comment était ma vie lorsque je vivais seul. Qu’est-ce que je faisais de mes journées ? Comment je me faisais à manger ? Est-ce que j’avais un rythme sain (couché à heure raisonnable, trois repas par jour etc…) ? Est-ce que j’étais heureux ? Ces deux ans de vie en couple ont annihilé toute cette vie là, il y a eu formatage et réinstallation du système qui ne me laissait plus la possibilité de revenir en arrière.

 

Donc j’étais là dans cet appartement/chambre à me demander comment j’allais pouvoir occuper les quelques 16 heures que constituent une journée. J’irais au cinéma certes mais modérément. Il faut que j’écrive également mais bon il faut me laisser le temps de m’adapter, je ne peux m’y mettre immédiatement. Donc je me retrouve avec un trop plein de temps libre dont je ne sais que faire. Petit à petit je commence à l’utiliser, à voir la potentialité qu’il contient mais cela prend son temps et je sais que ça ne sera pas immédiat. La seule certitude absolue que m’a apporté ce premier week-end de solitude c’est la nécessité physique du travail. J’ai besoin de travailler. N’importe où, n’importe quoi mais mettre mon corps en mouvement, lui donner un objectif autre que de s’asseoir devant un écran. J’ai une fois de plus la violente nostalgie de Pomona, travail pénible s’il en est mais où le corps exultait dans toute sa puissance jusqu’au soir où une fatigue singulière et unique, que je n’ai ressenti depuis, l’enveloppait dans un linge de coton moelleux et lui offrait un relâchement total et gratifiant. Je sais que le jour où je retravaillerais je serais le premier à m’en plaindre mais je sais aussi, que ça m’est devenu nécessaire pour me sentir bien.

 

Mon installation ici, toute douce qu’elle fut, a été cependant marquée par un événement que je ne qualifierais pas d’étrange sinon de surréaliste. C’était samedi matin. Je me suis rendu au magasin Tati de Barbès, espèce de bazar géant où l’on trouve de tout pour des prix dérisoires. Après y avoir fait mes achats pratiques (un balai, des pantoufles, un pantalon) je me promenait tranquillement en remontant vers Pigalle. Soudain je croise sur ma droite un homme qui joue à faire tourner trois petites soucoupes noires sur deux gros cartons. En dessous de l’une des soucoupes une pastille blanche. L’homme, jeune, lunettes noires, tient dans sa main une liasse de billet où domine le orange des billets de 50 €, parsemée ça et là du vert des 100 €. Les paris sont ouverts. Il suffit de mettre son doigt sur la soucoupe où l’on pense qu’il y a la pastille, de mettre la mise et d’en empocher le double. Je regarde sincèrement fasciné de voir ce stand de jeu clandestin en plein milieu de la rue, m’étonnant de la véracité d’une telle chose vue dans les films. Atour du croupier, une jeune femme et un homme d’une cinquantaine d’année jouent, les yeux rivés sur les pastilles qui se mélangent, passent l’une sur l’autre, se retournent et s’emmêlent. Je les vois sortir de leurs poches des billets de 50 ou 100 €, jouer, gagner, perdre à une vitesse dépassant l’entendement. Je reste un moment sans bouger à regarder le spectacle et je réalise que je trouve la pastille blanche à chaque fois. Que potentiellement j’ai déjà gagné. Mû par un étrange phénomène physique, moi qui ne suis absolument pas joueur, je sors mon portefeuille et sort 20 €. Le croupier me dit qu’il faut mettre 50 € minimum, argent que je n’ai pas sur moi. Je sors donc un deuxième billet de 20 dans l’espoir qu’il accepte ma mise. Conciliant, il prend mes billets et commence à faire tourner les soucoupes. Quand les trois soucoupes s’arrêtent je pointe immédiatement celle qui a la pastille blanche sans aucune once d’hésitation. Il la retourne et bien évidemment, je perds. Un peu sonné je cherche à comprendre. Comment, premièrement, ai-je été aussi con pour jouer 40 € comme ça dans la rue et comment, deuxièmement, ai-je pu perdre alors que l’instant d’avant je faisais un sans faute ? Avant que j’ai pu reprendre mes esprits le croupier, ramasse soudain ses soucoupes et se barre en courant ayant visiblement aperçu la police. Dégoûté, je me dirige vers le métro, tentant d’avaler ma stupide défaite quand le quinquagénaire joueur me rattrape et me dit d’attendre « qu’il va revenir« . Je lui explique que j’ai suffisamment perdu d’argent. Que de toutes façons je n’ai plus rien dans mon portefeuille et que c’est pas pour moi ces trucs là. On parle un moment, il me dit qu’il est commerçant dans le coin, qu’il est joueur, que tout ça l’amuse. Le mec est marrant, il a la gouaille et un détachement par rapport à tout ça que j’admire sincèrement. Alors qu’on parle on aperçoit le tourne la soucoupe et elle désespérément noire. Le choc que me procure cette sinistre déconvenue est assez inimaginable. Bouché bée, au milieu de la rue, avec mes sacs Tati contenant des pantoufles et surtout un balai encombrant et ridicule, j’ai l’impression que tout ça n’est pas vraiment réel, que je rêve. Une espèce de rage terrible contre moi-même se met à gronder et je ne peux décemment pas partir comme ça. Je retourne donc au distributeur où, grâce à Dieu, ma pauvreté ne me laisse retirer que 50 €. Je fais dans ma tête des calculs improbables sur la façon que je vais avoir de récupérer mon argent, la mise à mettre. Pensant me refaire j’arrive très confiant devant le croupier avec mes derniers 50 € sur lesquels je fonde absolument tout mes espoirs. Une fois de plus je laisse quelques rounds d’observation pendant lesquels mon ami quinqua perd puis gagne alternativement quelques centaines d’euros et où la jeune fille du début, l’air un peu camée mais les poches bien garnies, joue dans une exaltation extrême mais toujours avec le sourire comme si tout ça n’avait aucune importance. Et moi, pour la troisième fois, je jette mon dévolu sur une petite soucoupe noire, celle du milieu. L’espèce de tension que j’ai ressenti entre le moment où je l’ai pointé du doigt et où il l’a retourné avait quelque chose d’incroyable, c’était quasiment une question de vie ou de mort. Evidemment je perds. Point de pastille blanche. Que dalle. Je ne me vois pas dans un miroir mais je me sens d’une pâleur quasi transparente. Dans ma tête ronfle un énorme bourdonnement qui me donne l’impression de ne pas être vraiment là. Mes yeux regardent dans le vide. Je sors de ma torpeur quand une fois de plus le croupier part en courant enfilant dans sa poche sa liasse de billets dans laquelle se perde mes 190 €. Mon ami quinqua me dit de ne pas rester là, « on sait jamais« . Alors je m’insère dans la foule chaotique du trottoir et me dirige tel un zombie vers le métro. Il me dit qu’il a perdu 140 € mais qu’il s’en fout, qu’il est joueur. Ces paroles anodines me résonnent violemment dans la tête. Je le quitte un peu vaseux et m’enfonce dans le métro bondé, absent de moi-même.

 

Sans vraiment exagérer cet évènement m’a littéralement traumatisé. J’ai toujours la prétention de connaître la valeur de l’argent. Cela vient de mon éducation. Mon père m’a appris très tôt ce que représentait 10 francs, 100 francs et comment l’argent était difficile à gagner. Or je venais, en l’espace de quelques minutes, de jeter à la poubelle toute cette éthique qui m’a toujours guidée dans la gestion financière de ma vie et plus profondément dans la conception même du travail et de la valeur des choses. Je venais de me trahir moi-même et surtout de le trahir lui. Et ça m’était insupportable. Je repensais sans arrêt à ce que m’avait dit le commerçant, qu’il s’en fout, qu’il est joueur. Ce profond détachement par rapport à l’argent me fascinait et je l’enviais véritablement. Mais l’instant d’après je pensais à la vie d’un smicard qui gagne ses 1000 € par mois et dont je venais de perdre quasiment une semaine de travail pour rien et ça me mettait dans une colère sinistre.

 

Au delà du fait que je vais devoir vivre avec 190 € en moins et que mon compte a dû être renfloué par des comptes annexes que je m’étais juré de ne toucher qu’en cas de nécessité absolue, quelle ironie, c’est véritablement un conflit moral quasiment philosophique qui s’est posé à moi. J’ai réalisé à quel point l’argent était devenu impérieux dans ma vie. A quel point chaque euro, cette valeur numéraire parfaitement abstraite constituait quelque chose d’important alors qu’effectivement son abstraite valeur ne devrait en aucun cas supplanter ce qui constitue les fondements de la vie humaine. Mais j’ai passé le week-end à m’imaginer ce que j’aurais pu m’offrir avec 190 € dans un pur esprit consumériste et possessif totalement vain. En même temps je dis ça parce que j’ai la chance d’avoir un peu d’argent à côté qui a pu immédiatement boucher le trou mais je me rends compte comment l’argent nous tient tous par les couilles et c’est assez répugnant d’imaginer que dans le top 3 des aspirations des gens, « gagner beaucoup d’argent » doit monter ou descendre entre « l’amour, la famille » et « la santé ». J’aimerais bien retrouver le con qui a inventé ce concept et lui montrer jusqu’où on en est arrivé. Il paraît que tout a commencé le jour où un type a tracé un carré sur le sol pour délimiter sa propriété.

 

Alors je ne dirais pas que je suis content de cette expérience parce que putain il va falloir réparer les dégâts et faire pas mal de concessions durant les mois à venir mais je crois qu’au final elle aura été empiriquement bénéfique et formatrice. Dans tout les cas, je risque de m’en souvenir longtemps comme de l’élément fondateur de mon arrivée à Paris.

 

Il va sans dire que si mon père lit ça, il me décapite. Et j’ai dit à Gin que j’avais perdu 150 €, pas eu le courage de tout lui avouer. Si elle passe par là, qu’elle pardonne cette faiblesse un peu honteuse.

 

Bon il ne faut pas que je m’étonne si personne ne me lit, vu la longueur de mes textes… Mais bon je ne vais pas me mettre à faire des compromis ici aussi !

 

 

Enfin bref, je suis pas joueur mais je m’en fous…

L’irrésistible attirance du vide

Mercredi 5 novembre 2008

 

 

 

 

 

 

 

Demain je pars m’installer à Paris. Ca y’est. Ca fait quand même plusieurs années que ça me trotte dans la tête et que c’est un objectif « à long terme » et je passe enfin le pas. C’est assez étrange d’arriver à cette étape qui, il y a quelques temps, me paraissait comme définitive alors qu’aujourd’hui elle se révèle clairement comme la genèse de ma vie future et le pas introductif dans ma vie « adulte ». C’est assez horrible dit comme ça. Mais j’ai indéniablement ce sentiment que demain j’arrête d’être ce jeune homme tranquille qui prend le temps de vivre. Que demain commence le combat, celui qui décidera de ma vie ou de ma mort artistiquement parlant. J’ai donc peur. Car l’échec n’est pas envisageable. Mais il est potentiel. Je garde espoir comme toujours car sinon j’arrêterais tout mais la peur m’étreint et je commence à ressentir l’étrange présence du temps courant derrière moi et me caressant les talons. Je ne vais pas me relancer dans la description vaine et sentencieuse des mes aspirations cinématographiques et de leurs fondamentales nécessités dans ma vie, cependant je constate chaque jour plus leurs impérieuses manifestations hurlant pour sortir de mon être. Ne pas les accomplir, leur donner leur pleine expansion hors de leurs concepts serait un crime éthique contre moi-même. Hors je suis le premier à savoir que cela ne dépend pas (uniquement) de moi.

Pour les proches l’au revoir n’est que temporaire et enjoué. La petitesse de mon futur logement prête à sourire et de toute façon on se reverra à Noël. Pour moi c’est tout autre chose, ces au revoir ferme la porte de mon adolescence, de ma jeunesse, de mon insouciance. Ils sont les éléments conclusifs de toute une partie de ma vie. Dorénavant plus rien ne sera pareil. J’avais l’habitude d’avoir plutôt confiance en moi. Dernièrement j’ai semble-t-il un peu perdu de ma superbe et de mon assurance. Or c’est maintenant que je vais en avoir le plus besoin. Bad timing.

Tout n’est pas perdu, mon père m’a acheté un pâté en croûte et un saucisson brioché. Et puis je commence une orgie de cinéma dans deux jours donc je ne me plains pas. Je vais sûrement faire le boulimique durant quelques semaines et aller voir tout ce qui sort ou presque tellement j’ai cette pulsion (mon éternel et déchirant dilemme entre cinéphile et cinéaste) de voir et de découvrir de nouvelles choses.

J’ai pas fini le scénar que je voulais finir avant de repartir. A vrai dire je l’ai à peine commencé… Mais les idées sont là donc ça devrait venir rapidement.

 

 

Gin me manque énormément. Parfois j’ai juste envie de la rendre heureuse. De travailler n’importe où pour lui offrir la vie dont elle a toujours rêvé. De la voir sourire chaque matin, chaque midi, chaque soir. Elle est sans doute là la vraie réussite.

 

 

See you in Paris.